‹ La religion de PlatonChapitre 154 sur 164 · Rép., VIII, 540 b · texte numérisé non relu

Rép., VIII, 540 b

culer, en s’appuyant sur la tradition et en appuyant la tradition sur des lois qui la renforcent, la prolongent, la recréent, l’instant inévitable de la décadence.

L’âme, d’essence intelligible, devra et pourra retrouver sa condition d’origine. La Cité, dont la cause matérielle est dans les besoins, dans l’impuissance des individus à se suffire eux-mêmes, dans la Nécessité aveugle^, ne semble pas avoir d’emploi dans l’audelà. Il n’y a pas, chez Platon, l’équivalent de la « Cité de Dieu ». Le seul progrès digne de ce nom est celui de l’âme individuelle. La Cité devra bien, dans la mesure du possible, vivre comme un seul homme et unifier le corps des citoyens par une seule âme^. Mais ce qui est préfiguré là, ce n’est pas une communauté qui puisse, libérée des égoïsmes particuliers, se transporter, pure, dans la vie transterrestre ; c’est l’unité et l’union intérieure de l’âme, de l’âme pacifiée, harmonisée en elle-même et qui sera placée, pure, en face de la Réalité pure^. Selon saint Augustin, l’admiration que les spectateurs éprouvent à l’égard d’un acteur établit entre eux une sympathie réciproque^ : « L’amour pour un objet engendre spontanément une société formée de tous ceux dont les amours coïncident en lui et exclusive de tous ceux qui s’en détournent®.» Transposée dans la pensée platonicienne, cette comparaison signifierait que pour

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