Gilson, loc. cil
minée par les alternances cosmiques. Elle n’a ni une place ni un équivalent au sein de l’Être pur dont, seule, l’âme individuelle parvient à se nourrir^. On peut, sans la contredire, modérer cette conclusion par les textes où Socrate affirme son espoir de s’en aller vers des « dieux bons » et des « compagnons Le « système » de Platon n’est rigoureux, n’est « ferrrié » à aucun endroit^, et moins qu’ailleurs en des
1. Il est remarquable que le culte des morts, dans les Lois, n’est envisagé que dans le cadre de la Cité et de la tradition, et ne donne lieu à aucune théorie, même prudente, d’une solidarité des citoyens dans l’au-delà. Par sa mort, le citoyen quitte la communauté et « ne peut plus compter sur l’assistance de personne » (XII, 959 b). Quant aux chefs d’Etat « héroïsés » (P. Boyance, Le Culte des Muses chez les philosophes grecs, Paris, 1937, pp. 269 sqq. ; cf: Reverdin, La Rel. dans la Cité plat., Paris, 1945, pp. 125 sqq.), il faut noter que le texte des Lois (XII, 947 b-e), par opposition, par exemple, à Ltép., VI, 540 b-a ou V, 468 e sq., évite toute affirmation sur la destinée transterrestre des gouvernants, introduit les signes extérieurs de la « canonisation » avec une extrême prudence (en sorte que l’autorisation de la Pythie, ne paraît plus nécessaire, comme dans la .République, sauf en ce qui concerne la présence des prêtres et des prêtresses dans le cortège funèbre), n’enseigne pas d’autre communauté des morts héroïsés que celle du sépulcre commun ; autrement dit, ce texte ne spécule pas sur les « récompenses » [Rép., 608 c 2, 614 a 1 ; Phéd., 114 c 9) que ces morts recevront de la part des dieux, mais fixe les « honneurs (Rép., V, 468 e 1 ; Lois, VII, 802 a 2 ; XII, 947 e 5) que devront leur rendre les survivants. L’institution de l’héroïsation ne veut pas donner un enseignement sur la destinée des morts, mais créer une tradition où se perpétue, aux yeux des citoyens, et survive dans la Cité l’exemple des morts. Instituée à l’intention de ceux qui restent, l’héroïsation n’ajoute rien à la destinée des défunts ; pas plus qu’elle'ne prétend préjuger le verdict du Tribunal des Enfers, elle ne suppose, hors du cadre de la Cité, quelque communion des héros. — Cf. aussi p. 145, n. 1.
2. Phéd., 63 b-c, 69 a, d-e ; à rapprocher de Polit., 272 c (voir plus haut p. 82) et des textes qui situent le séjour des philosophes aux îles des bienheureux (Gorg., 526 c, Rép., VII, 540 b).