Bép^t nu 40e I Phèdre, 248 e, e
CONCLT^STON
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commode de s’y tailler des morceaux de son choix, et il ne faut pas être de mauvaise foi pour y découvrir, tour à tour, le rationalisme et le mysticisme, le libéralisme et l’orthodoxie, l’anticléricalisme et l’inquisition^ la démocratie et la dictature, la philosophie et la religion. N’accusons pas trop vite les épigones, parmi lesquels pas un n’apparaît comme un successeur authentique, d’avoir attenté à l’unité du platonisme. Il était sans doute difficile de maintenir l’intégrité d’une pensée pour laquelle tout objet n’est qu’un « appui », et qui ne reconnaît à aucune a redescente » une valeur définitive ni, surtout, autonome. S’il est si difficile d’écrire un système de Platon, ce n’est pas parce que les éléments d’un tel système feraient défaut, ni, davantage, parce qu’ils ne s’accorderaient pas entre eux, autant que l’univers le permet. C’est, tout au contraire, parce que ces éléments, en nombre surabondant, s’harmonisent si intimement et si secrètement, les uns par rapport aux autres, et tous par rapport à l’Un, qu’on ne saurait, sans arbitraire, ni les envisager, chacun, séparément ni assigner à chacun une place fixe ; il faudrait l’Intelligence du Bien, mesure de toutes choses, pour déterminer d’une façon rigoureuse les valeurs dérivées et pour situer toutes choses par rapport à la Juste Mesure. Le système de Platon, c’est chacun des platoniciens (déclarés ou inavoués) qui en a écrit une partie, et il est clair que ces parties ne s’accordent plus entre elles. Si ces philosophes ont pu expliciter, accentuer et prolonger diverses « tendances » de la pensée de Platon, l’historien, lui, n’a ni le devoir ni le droit d*en faire autant, Car ce qui caractérise un penseur et même, plus généralement, un homme,
c’est non seulement ce vers quoi il « tend », mais encore ce à quoi il résiste.
Nous avons cité, parmi les alternatives auxquelles on peut soumettre la pensée platonicienne, philosophie ou religion. Au terme de cette enquête, il semble bien que cette alternative n’a guère plus de sens que les autres. « L’antithèse entre le Dieu des philosophes et le Dieu des poètes », « l’opposition de V Un-Bien et du Démiurge y>^ posent et, peut-être, résolvent un problème, mais non pas, croyons-nous, dans l’esprit de Platon. L’intelligence, la ferveur, le respect dévient et s’égarent dès qu’ils font route séparée ; Platon n’admet aucune faculté, aucune tendance, qui ne soit supportée et contenue par une autre. C’est parce qu’il cherche à concilier et à unifier toutes choses en Dieu que la religion, pour Platon, ne peut se disjoindre de la philosophie.
Cette interprétation pourra être contestée et l’on pourrait chercher dans les Dialogues une religion séparée (à peu près ce que M. J. Moreau appellerait un « platonisme... tronqué »2). Mais, sur ce nouveau plan, les difficultés d’équilibre et de conciliation réapparaissent. Cette religion, en quoi consisterait-elle au juste ? Aucune des distinctions faites à l’intérieur du phénomène religieux ne paraît valable. L’opposition entre la religion personnelle et la religion établie (James) n’eût guère paru légitime à Platon. L’auteur des Lois, il est vrai, est obligé de constater ce divorce, mais il tente de mettre d’accord, avec le consentement de la raison, la piété et la tradition. — La religion
1. Brunschvicg, Le Progrès de la Conscience, t. I, pp. 30, 36.