Banquet, 206 c fin sq
l’amour du beau
que à Socrate qu'en futur maître d'Athènes il n'aura que faire de la justice et des autres vertus, qu'il lui suffira de se laisser guider par son seul intérêt et que le bien (l'utile) est fort différent du beau, — Socrate lui demande : « Que penses-tu du courage ? A quelle condition y renoncerais-tu ? » et le jeune utilitariste, sans réfléchir : « Plutôt être mort que lâche^. » Il existe donc un Beau qui est bon, un bonheur qui n’est pas de possession ni de jouissance, mais de production et de sacrifice. Platon appelle amour le sentiment qui inspire ces élans généreux. Qu'ils surgissent en nous spontanément ou qu'ils naissent à la vue d'un être aimé, toujours ils nous portent au delà de nousmêmes, vers un absolu que nous devinons ou que nous voyons transcrit dans les traits de l'être aimé. Dans la génération physique, dans le sacrifice pour nos proches ou pour la patrie, dans la production poétique, dans l'activité politique, Platon reconnaît le même élan essentiel dont la forme la plus haute est l'amour philosophique atteignant jusqu’au Beau en soi : « C'est alors seulement que l’homme, voyant le Beau avec l'organe approprié^, obtient d’enfanter non des images de vertu, puisque ce n'est pas à une image qu'il s'est uni, mais la vertu réelle, puisqu'il s'est uni au réel ; or à celui qui enfante la vertu réelle et qui la nourrit, il appartient de gagner l'affection des dieux et, si jamais elle est accordée à un homme, l’immortalité®. »
Ainsi se résolvent toutes les apories du désir du