‹ La religion de PlatonChapitre 23 sur 164 · Phéd., 99 e sqq · texte numérisé non relu

Phéd., 99 e sqq

mince et épais, ou du vin dont la douceur semble âcre au palais du malade^. De telles expériences ne sont pas inutiles : elles peuvent donner Téveil au futur philosophe. Mais la plupart des hommes ne sont guère embarrassés par ces expériences, trop familières, comme leur sont familières les sciences qui, depuis longtemps, ont réussi à réduire ces contradictions : sciences de la mesure, du calcul, de la pesée^. En des sujets que nous ignorons et que nous ne prétendons pas savpir, nous nous soumettons volontiers aux savants compétents®. Ils nous dispensent d’être savants nous-mêmes, leur savoir contribue à assurer la cohérence du monde et nous permet d’y vivre en confiance.

Mais il est des contradictions qui nous engagent tout entiers, parce qu’elles éclatent en des points où personne ne peut accepter de s’être trompé : il y va de notre intérêt et de notre valeur. Ici, nous ne pouvons plus, convaincus d’erreur, changer d’opinion, tout en restant nous-mêmes ; noüs sommes étroitement solidaires des convictions qui nous traduisent nous-mêmes. Les Dialogues disent indifféremment : réfuter la thèse de Thrasymaque ou : réfuter Thrasymaque^. Placer le bonheur et la vertu dans l’intérêt du plus fort, ce n’est pas une thèse de Thrasymaque, c’est Thrasymaque lui-même et, quand la thèse est réfutée, c’est lui-même qui est touché en ses racines ; ce n’est pas seulement la thèse, c’est Thrasymaque qui est convaincu de fausseté.

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