‹ La religion de PlatonChapitre 24 sur 164 · Crat.f 430 d 1 ; Laeh,, 193 d ll*e 4 ; Gorg., 482 a-c · texte numérisé non relu

Crat.f 430 d 1 ; Laeh,, 193 d ll*e 4 ; Gorg., 482 a-c

LA POSITION DES FORMES

D’où proviennent ces contradictions ? Est-ce simplement l’impérialisme cynique du sophiste qui ne s’accorde pas avec l’enseignement du moraliste ? Non pas, puisque Socrate, au départ, ne soutient aucune thèse. D’ailleurs, pourquoi Thrasymaque serait-il réfuté du seul fait que Socrate désapprouve ses convictions ? Il ne faut nullement l’intervention du philosophe pour nous apprendre qu’il n’est pas de terrain plus fertile en contradictions que les valeurs. Et l’on voit aussi que deux opinions qui s’affrontent ne suffisent pas pour nous donner l’éveil. Nous tenons si fort à nos convictions (qui sont nôtres et, à vrai dire, qui sont nous-mêmes) que toute conviction opposée doit encore nous confirmer davantage dans les nôtres. Tous les moyens nous sont bons pour prouver, aux autres et à nous-mêmes, que nous sommes dans le vrai. Si les arguments font défaut, d’autres moyens se présentent, plus efficaces : le ridicule jeté sur l’adversaire^, les injures^ et, entre nations, la giîerre^, « ultime raison ». Il y a une grande sagesse dans ce recours aux armes quand les arguments viennent à manquer ; une grande sagesse et une grande sincérité. Il devient alors lumineusement évident que, s’agissant des valeurs, ce ne sont jamais deux thèses qui s’opposent, mais deux existences qui, avec leurs thèses, soutiennent leur droit de vivre, et de vivre comme elles l’entendent. Si l’adversaire a raison, si je reconnais qu’il a raison, ce ne sont plus ses arguments qui me réfutent ni ses armes qui me

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