‹ La religion de PlatonChapitre 27 sur 164 · Gorg., 454 b sqq · texte numérisé non relu

Gorg., 454 b sqq

LA POSITION DES FORMES

Cette contradiction éveille ceux qui sont doués d'une bonne nature et les invite à porter leurs regards sur la réalité des Formes, dont ils ont déjà reconnu et proclamé les exigences. Employant encore les mêmes mots, ils ne les rapportent plus qu'aux Formes qui seules réalisent pleinement et sans contradiction ce que ces mots signifient. Reconnaissant que nous faisons (( tout le contraire de ce qu'il faudrait nous ne chercherons plus désormais la vérité que dans les Formes, et notre moindre vouloir acceptera d’épouser la volonté des Formes.

Le fond de cette expérience bouleversante est l’insatisfaction à l’égard du monde où nous vivons et de nous qui y vivons. Mais pourquoi dépasser le pessimisme profond de cette expérience, en posant les Formes où se doit réaliser tout ce qui nous manque et qui manque aux choses d’ici ? — Platon ne peut s'appuyer sur aucune révélation au sens plein du terme. Les mythes, sur ce point, sont des procédés de persuasion dont le sage use à l’adresse des autres comme de lui-même ; ils expriment (et, à la rigueur, confirment) plutôt qu’ils ne fondent la foi dans les Formes^. A moins d’appeler révélation ces exigences qui s’imposent à nous, ces affirmations auxquelles nous contraint, non notre intérêt, mais la vérité même. A moins d’appeler révélation l’activité, obéissant k des normes stables, des démiurges mortels et où Platon trouve le témoignage de la bienveillance divine®. A moins, surtout, d’appeler révélation l'expérience de l'amour où nous apprenons à nous déprendre

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