‹ La religion de PlatonChapitre 28 sur 164 · Polit, 274 c-d · texte numérisé non relu

Polit, 274 c-d

de nous-mêmes, à détourner toutes les ferveurs du Moi vers la Divinité, où nous recevons le signe sensible que la dialectique, avec son renversement des valeurs, n’est pas une « sotte confiance — C’est que le pessimisme ne peut jamais, sans inconséquence, aller jusqu’au bout de lui-même®. Si l’éducation, la politique, la religion sont tombées aux mains d’ignares, d’inspirés, d’imposteurs, il existe, en d’autres matières, des techniciens compétents. S’il est des méchants en grand nombre, il n’en faut pas moins reconnaître qu’il existe des hommes de bien, si peu nombreux qu’on veuille les supposer^. Si l’amour de soi nous est inné à tel point que nos velléités morales font figure de tendances « acquises » et impuissantes®, l’expérience de l’amour nous découvre une aspiration toute différente et tout aussi « naturelle ». Il y a donc, dans notre monde même, non de la stabilité, peutêtre, mais des tendances vers une stabilité et des tendances vers une réalité puisque noùs les éprouvons comme des attirances. Le menuisier qui « imprime » la forme de la navette aux matériaux, l’amoureux qui rend un culte à l’aimé, deux bouts de bois qui « aspirent à être comme » l’Égal en soi rendent tous témoignage® d’une réalité supérieure qui existe du fait même qu’elle s’impose comme modèle.

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