‹ La religion de PlatonChapitre 43 sur 164 · Soph., 254 a · texte numérisé non relu

Soph., 254 a

LA CONNAISSANCE DES FORMES

est expressément rapportée à l’avenir ; elle se présente comme une annonce, comme une promesse. La connaissance parfaite, « le but en vue duquel » nous conduisons toutes nos recherches, le Phédon^ en place l’accomplissement dans l’au-delà. Seule, l’âme séparée du corps et délivrée des servitudes de la Caverne connaîtra, verra les Formes face à face. Le philosophe devra assumer ces servitudes et, pas plus qu’il ne lui est permis d’anticiper, par la mort volontaire, sa délivrance, pas plus il ne devra anticiper ni croire advenue l’initiation parfaite. C’est peut-être pour cela que le platonisme est une méthode plutôt qu’une doctrine ou, plus exactement, la recherche inlassable d’une doctrine que l’on croit et sait fondée immuablement sur la réalité, mais qui nous est toujours « proposée » plutôt que « donnée » et qu’il ne nous appartient pas de fixer. C’est ainsi que chaque dialogue achevé parvient au « principe suffisant », et pourtant la « mesure » des entretiens dialectiques est « la vie entière »2. L’ascension vers le Bien et la vision qui la couronne sont « suffisantes », dans chaque cas, pour nous faire résoudre le problème particulier, d’ordre théorique ou pratique, d’où nous sommes partis. Mais elles ne sont jamais « suffisantes » en soi, et n’ont pas besoin de l’être, parce que, dans aucune redescente, nous ne sommes obligés de résoudre tous les problèmes possibles. Tandis que le Démiurge embrasse, dans une seule vision parfaite, le Bien et le système des Formes, et crée, par un acte unique et

1. Phéd.y 67 b 8-9, texte exactement parallèle à Banquet, 210 e 5-6. Remarquer aussi l’idée d’ « espérance » dans Bép., 517 b 6 (496 e 3, cf. Phéd., 114 c 8).

Page 1