Bép., V, 450 b fin
total, Tensemble de TUnivers visible, nous sommes astreints, après d’imparfaites visions sans cesse renouvelées, à des redescentes partielles et qu’il nous faut répéter constamment.
Ni la vision de Dieu ni la théologie^ ne sont à la disposition, ou même à la portée de l’homme. Plus particulièrement, l’utilisation du mythe n’implique jamais, chez Platon, une intention théologique, au sens où l’on a pu appeler la théologie « la négation de
1. Sur LoiSy X, cf. p. 138 sq. — Dans Rép., II, la théologia (379 a) est cette partie de la mgthologia poétique (ibid,, 382 d 1) qui représente les dieux (380 c 7, 383 a 3, 386 al), les autres ont pour objet les démons, les héros, les habitants de l’Hadès (III, 392 a). Les deux modèles (379 a, 380 c, 383 a), qui inspireront lOi théologia, sont dérivés de deux exigences (auxquelles seules on pourrait attribuer un caractère « théologique », non à cette théologia, même épurée, des poètes) qu’on peut résumer ainsi : Dieu (noter le singulier) est bon et immuable (379 b, 381 b-c). Ce sont là des « exigences essentielles », des assomptions faites, non pour dogmatiser, mais pour diriger les poètes. Elles reviennent dans le Timée (29 e 1, 42 e 5-6), et pourtant « découvrir l’auteur et le père de cet Univers, c’est un grand exploit, et quand on l’a découvert, il est impossible de le divulguer à tous » (28 c, trad. Rivaud). Le texte sur le Bien est beaucoup plus explicite (509 c 8-10) et atteint même une ferveur que la plaisanterie de Glaucon rappelle aussitôt à l’ordre (509 c déb.) parce qu’elle ne convient pas au ton de la conversation et, surtout, parce qu’elle confère au discours un sérieux et une valeur qui seuls reviennent à l’objet, toujours imparfaitement atteint, visé par le discours (comp. VII, 536 a-c avec le commentaire et la référence à Phèdre, 276 e, de E. Chambry) ; et cependant Socrate se défend expressément de parler du « Bien en soi » (506 d-e).
Du reste, l’essentiel est de voir l’esprit des textes, après quoi les questions de terminologie importent peu. Aussi M. W. Jaeger a pu intituler un de ses ouvrages : The Theology of ihe Early Greek Philcsophers (Oxford, 1948), en ayant soin de préciser : « It go es without saying that the terms ‘ God ‘ the Divine *, and ‘ theology ’ must not be understood here in their later Christian but in the Greek sense. The history of the philosophical theology of the Greeks is the history of their rational approach to the nature of reali ty itself in its successive phases » (p. v).