‹ La religion de PlatonChapitre 5 sur 164 · V. OOWDSCHMID t · texte numérisé non relu

V. OOWDSCHMID t

l’étofîe dont sont faites les choses multiples et périssables. On ne s’inquiète pas, primitivement^, de savoir s’il est quelque ouvrier qui taille et qui façonne cette matière, ou quelque force, séparée ou non, qui anime cette substance et les formes innombrables qui en surgissent. Mais plus tard, Empédocle, en plus des quatre éléments, pose l’Amitié et la Haine, Anaxagore fait ordonner ses homéomères par un Esprit ; une « cause matérielle » ne peut suffire à expliquer toutes choses.

A deux reprisés, Platon a défini sa philosophie par rapport aux recherches des physiciens. La théorie des Formes prétend, à son tour, résoudre l’antique problème de la substance primordiale que Platon formule ainsi : Qu’est-ce que l’Être^ ? et : « Quelle est, d’une manière générale, la cause de la génération et de la corruption^ ?» — Or les Formes sont « l’être vraiment réel »^, et c’est aux Formes qu’il faut attribuer la causalité de tout ce qui advient au monde du devenir^.

Les Formes sont incorporelles et invisibles. Du coup, la séparation du matériel et du spirituel est consommée. Il ne s’agit plus de trouver au changement des sensibles un support corporel, une substance, si primordiale qu’on la suppose. Tout l’ordre matériel est discrédité en bloc. La matière est dépouillée de réalité et de raison, non seulement dans

1. « Dans les temps primitifs, ce n’est pas le mouvement, mais le repos qui demande à être expliqué » (J. Burnet, V Aurore de la PhiL grecque, éd. franç. par A. Reymond, Paris, 1919, p. 15).

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