‹ La religion de PlatonChapitre 51 sur 164 · LA MATIÈRE · texte numérisé non relu

LA MATIÈRE

au Tirnée^. On pourrait essayer de le réduire^ et, en effet, loin d’être une « substance primordiale », la matière platonicienne est nourêtre, n’ayant, avant de subir l’action des Formes, aucune qualité propre ; son rôle se réduit à fournir un « emplacement » aux choses qui naissent et, avant même d’être prise en mains par le Démiurge, elle reçoit l’influence ordonnatrice des Formes^. Platon amenuise à l’extrême la consistance de la matière et sa coopération à l’œuvre des Formes ; peut-être eût-il été logique d’aller jusqu’au bout et de traduire la suprématie des Formes sur la Matière par une dérivation de celle-ci par rapport à celles-là. Mais il ne semble pas que Platon ait voulu tirer cette conséquence ; selon lui, la domination des Formes n’est pas absolue ; la Nécessité ne se laisse pas persuader entièrement^.

L’Univers visible n’est qu’une « image »^, et jamais la copie n’égale son modèle. Pourquoi alors créer des imitations dont la bonté est dérivée et, mesurée à l’éclat du Modèle, défectueuse ? — Parce que, précisément, l’imitation n’est pas créée, mais imposée à la Matière. Ce n’est pas la perfection du Modèle, c’est le désordre de la Matière qui en profite. C’est pour la Matière que l’ordre « vaut mieux ». L’Univers visible n’est pas en état de chute, pour s’être détaché, coupablement, d’une perfection originelle ; il n’était,

1. Voir le commentaire de F. M. Cornford, Plalo's Cosmology, London, 1937.

2. Voir l’article de M. M. Guéroult, Le livre des Lois et la physique platonicienne (Rev. des Et. Grecques, X.X.XN II, 1924, pp. 27-78).

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