‹ La religion de PlatonChapitre 58 sur 164 · LE DÉMIURGE ET L*AME · texte numérisé non relu

LE DÉMIURGE ET L*AME

Le Modèle intelligible d’après lequel le Démiurge façonne TUnivers est appelé le « Vivant absolu »^. Or la vie suppose le mouvement. Vie et mouvement sont donc compris dans « l’Être universel », Mais vie et mouvement supposent une source commune : l’âme. Elle aussi doit être attribuée à l’Être universel^.

UAme^ selon l’avis unanime des anciens®, donne au vivant qu’elle anime le mouvement et la sensation. Il n’y a là, peut-être, qu’un simple fait d’expérience {les êtres que nous appelons vivants possèdent la faculté de se mouvoir et celle de sentir ou de réfléchir), sans que le lien entre ces deux facultés soit saisi comme nécessaire. En tout cas, l’âme ne peut exercer ses fonctions que par rapport à un objet qu’elle perçoit ou connaît et, semble-t-il, par rapport à un corps qu’elle meut. Imaginons une âme qui soit pure intelligence. N’ayant pas de corps à mouvoir, elle serait

1. Tim.f 31 b 2. C’est une question ouverte de savoir si ce modèle comprend seulement les quatre espèces de « vivants intelligibles » (ainsi Cornford, loc. cil., pp. 40-41), ou s’il comprend le système entier des Formes organisé par le Bien. Les deux interprétations peuvent s’appuyer sur les textes et, sans doute n’en faut-il sacrifier aucune. Relatant la genèse de l’Univers, Platon peut se contenter d’inscrire dans le Modèle les quatre Formes dont il se propose l’étude. Mais cet Univers embrasse l’ensemble du Devenir et constitue la scène où vont se jouer les reflets de toutes les Formes quelles qu’elles soient. Le modèle, quadruplement précisé pour les besoins de l’exposition, est en même temps « le plus beau des êtres intelligibles (30 d 2-3), ou encore « le Dieu (?) intelligible » (fin), « le plus beau des êtres intelligibles et parfait en tout » (30 d), et il nous paraît difficile de ne pas l’identifier au Bien en même temps qu’à l’ensemble des Formes qui en procèdent. Cf. aussi 37 c 6 où le Monde est dit : « image née des dieux éternels » (et où il faut maintenir le texte et son sens obvie, c’est-à-dire les Formes ; cf. A. Rivaud, R. E, G., XLII, 1929, p. 466).

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