‹ La religion de PlatonChapitre 64 sur 164 · Tim., 29 e · texte numérisé non relu

Tim., 29 e

2. Chez saint Thomas également, « la bonté.,, n’est pas la bénignité, qualité du « cœur », c’est la perfection identique à l’être, la bonté ontologique » (P. Rousselot, L'Intellectualisme de saint Tàomcw^, Paris, MCMXXIV, p. 27, n. 2).

LA BONTÉ DIVTNE

selon l’opinion généralement admise, projette dans une succession la rencontre intemporelle de l’Intelligence et de la Matière. Si Dieu « abandonne » l’Univers, ce n’est ni faute de « bonne volonté », ni caprice, ni recul devant quelque force antagoniste ; c’est parce qjie l’Univers (c participe au corps » et, pour cela, « ne saurait être entièrement exempt de changement »^. Ni création ni abandon ne sont des décisions qui s’inscriraient dans le temps. De tout temps, l’une procède de l’Être, l’autre dérive de la Matière. La puissance de Dieu est à la mesure de son être. Ce n’est pas Dieu qui est impuissant à transformer pleinement à son image le Devenir .; c’est le Devenir qui ne peut recevoir l’Être entièrement^.

« Tout ce qui naît est sujet à la corruption^ », la Cité idéale, les plantes, les animaux. Le Même et l’Autre se traduisent, dans le monde sublunaire, par les alternances de génération et de corruption, mais ils coexistent et s’harmonisent dans le monde céleste. Les mouvements réguliers des corps astraux, encore qu’ils soient mouvements, témoignent que, dans cette région, l’Intelligence réussit sans cesse et sans rupture à persuader la Nécessité. Participant, eux aussi, au corps, les astres sont, en droit, corruptibles. Cependant ils ne seront jamais dissous, parce que la « volonté » divine soutient leur immortalité. Ici non plus, cette volonté n’est le bon plaisir ni d’uîi tyran, ni même d’un bienfaiteur. Dieu est bon ; et « vouloir dissoudre ce qui est parfaitement harmonisé et bien

fait, cela n’appartient qu’au méchant Or Dieu ne peut ni être ni vouloir être méchant. Sa bonté (ou sa volonté, c’est tout un), ici encore, est rayonnement de l’Être,

La Matière non plus n’est pas « méchante ». Elle est (( absence de Dieu » et elle est ignorance de Dieu. Comment s’opposerait-elle à ce qu’elle ignore ? Toutefois, rencontrant sans cesse la persuasion de l’Intelligence, cette ignorance, en un sens, est sans cesse informée. Mais il semble que ce soit au niveau de l’homme seulement que l’ignorance persistante et qui ne peut jamais exciper de son inconscience, devient faute et, dès lors, s’appelle oubli. C’est par l’oubli que s’altère la Cité idéale, que les âmes se condamnent à l’incarnation, que l’ Univers du mythe s’achemine vers !’« océan de dissemblance »^.

Mais dans l’ordre cosmique, pas plus qu’on ne saurait admettre « je ne sais quel couple de dieux à volontés opposées »^, pas plus il ne faut mettre en face de l’Intelligence, du Démiurge, de l’Ame du Monde, une Ame mauvaise. On a remarqué avec raison que, lorsque les Lois admettent initialement une âme bonne et une mauvaise, pour conclure que seule la première gouverne le Monde^, il n’y a là qu’une hypothèse, éliminée aussitôt du seul fait que cette âme mauvaise reste sans emploi. On peut ajouter que le mouvement de pensée est exactement le même lorsque le Tintée se demande si le Démiurge a porté ses

2. Eép„ VIII, 546 a sqq. ; Phèdre, 248 c 7 ; Polit., 273 b 2, c 7.

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