Lois, XII, 959 b
l’ame et le corps
Il se peut alors que l’image atteigne une certaine perfection, et « si, chez un homme, un beau caractère de l’âme se rencontre avec un extérieur dont les traits s’accordent et conviennent à ce caractère, parce qu’ils participent du même modèle, n’est-ce pas le plus beau spectacle pour qui peut le voir ? ))^. Mais cela est rare. La matière reste rebelle aux injonctions de l’esprit. Aussi, aimer un homme, c’est aimer son âme, et « si une âme équilibrée se trouve dans un corps de peu d’éclat, il lui [à l’amant] suffira d’aimer cette âme qui n’est pas solidaire des défauts du corps. Une belle âme peut résider dans un corps grotesque, comme des figurines divines peuvent être enveloppées dans un extérieur de silène^. Peut-être la laideur légendaire de son maître a-t-elle amené Platon à douter de la bonté de tout ce qui nous paraît beau et à libérer la divinité des images taillées où l’avaient attachée poètes et sculpteurs, fondant la valeur sur l’apparence^
Le corps est proposé à l’âme comme une matière qu’elle devra sans cesse façonner à sa propre ressemblance, après qu’elle-même aura imité les Formes. L’âme a pour office de faire pénétrer les lois immuables de l’harmonie, qui régnent sans contestation dans le monde céleste, en elle-même et dans le corps. Par la gymnastique et par la danse®, elle fait imiter au corps les belles mœurs et les beaux caractères qu’ellêmême a obtenus en imitant les Formes. D’où l’obliga-