‹ La religion de PlatonChapitre 81 sur 164 · Lois, III, 691 G · texte numérisé non relu

Lois, III, 691 G

l’ame et le corps

à la persuasion, il instituait un régime de contrainte et s’arrogeait un empire absolu sur le troupeau^. Et il sera sage, plutôt que de heurter de front la résistance de la matière sociale, en l’associant à son œuvre et, plutôt que de tuer ou de bannir les ignares qui lui disputent le gouvernement, en s’en faisant des alliés et des auxiliaires*. — Telle est, analogiquement, la situation de l’âme incarnée par rapport au corps, à cela près que l’âme ne détient pas la science pure et, tout en gouvernant le corps, devra, jusqu’à la fin de son séjour sur terre, apprendre à le gouverner et à se gouverner elle-même.

Selon que l’âme se rêve désincarnée ou qu’elle assume sa situation présente, ses rapports avec le corps seront hostiles ou amicaux. Mais les deux attitudes ne diffèrent qu’en apparence, parce que l’évasion ne peut jamais être de longue durée et parce que l’association avec le corps risque à chaque instant de devenir trop intime, en sorte que l’âme, pour mieux diriger son corps, doit sans cesse veiller à maintenir les distances. L’évasion temporaire lui ménage pour cela d’utiles solitudes que les nécessités de la vie se chargent chaque fois d’interrompre. « L’ascétisme du Phédon » ne contredit en rien la prescription du Timée de coordonner les mouvements du corps et ceux de l’âme.

Comme le politique que nous venons d’imaginer, l’âme peut doublement faillir à sa tâche. Elle peut « s’évader » du corps et, sans attendre que le Dieu dont elle est la propriété, vienne la délivrer, rompre ses chaînes, dans l’idée de retrouver ainsi le bonheur

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