‹ La religion de PlatonChapitre 85 sur 164 · Lois, IV, 709 a · texte numérisé non relu

Lois, IV, 709 a

5. Cf. la théorie du suicide chez Schopenhauer (Le Monde, etc., § 69).

CHATIMENTS ET RÉCOMPENSES

et mesurait nos infortunes d’après ce simulacre de bonheur que la vie nous propose sans cesse et ne réalise jamais. Or Platon, pas plus qu’il ne peut voir un mal dans une vie qui nous rend la propriété d^es dieux et qui nous permet de cultiver la philosophie, ne peut se ranger au pessimisme commun. Ce serait accorder trop d’importance à des choses qui n’en méritent pas^. Toutes les misères, toutes les injustices qui ont fait le scandale de Théognis et des tragiques sont, en vérité, choses indifférentes, au prix d’une existence menée dans le culte de la philosophie et de la vertu. Reprenant donc les traditions du tribunal des enfers et des réincarnations, Platon s’en sert pour résoudre un problème radicalement différent de celui auquel, primitivement, elles devaient répondre. Le problème n’est plus de savoir comment la divinité assure une répartition équitable des biens et des maux entre les bons et les méchants, mais comment acquérir le seul bien digne de ce nom : la justice. Voilà la seule question qui préoccupe Platon ; celle du bonheur s’en trouvera résolue par surcroît^.

Deux traditions décrivent le sort des méchants : métamorphose dégradante® ou châtiment^. Au lieu de réconcilier dans leur lettre ces traditions divergentes, il faut voir comment Platon leur fait exprimer une même idée, celle qu’en faisant du mal, l’âme se fait du mal à elle-même. La théorie de la peine exactement proportionnée au crime®, le symbo-

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