‹ La religion de PlatonChapitre 90 sur 164 · V. OOLOSGHMIDT · texte numérisé non relu

V. OOLOSGHMIDT

mande si étaient heureux les hommes qui vivaient sous le règne de Cronos, surveillés par le dieu en personne. Or le tout est de savoir s'ils mettaient à profit leurs loisirs pour s’instruire et pour philosopher ou si « gavés de nourriture et de boissons, ils échangeaient entre eux... des fables comme celles qu’on raconte maintenant à leur sujet »'. Voilà jugé, avec tout le respect dû à la tradition, ce bonheur traditionnel. Il ne vaut guère plus que ces banquets où les convives, faute d’éducation, ne savent s’entretenir par leurs propres moyens et en sont réduits à faire venir des joueuses de flûtes : c’est « une voix étrangère » qui fait « le lien de leur société ))^. Pourtant, ce bonheur est conforme à la sagesse, institué et dirigé par le dieu ou par des démons®. Mais Platon ne veut pas d’un bonheur dont la bonté serait placée dans une sagesse étrangère ; la science du berger ne peut octroyer au troupeau qu’un bonheur d’emprunt. Que servirait la jouissance même des plus grands plaisirs si, privés d’intelligence, de mémoire et de science, nous ne savions même pas que nous en jouirions^ ? A quoi bon une vie conforme à la sagesse divine si, n’étant pas sages nous-mêmes, nous n’en apercevions même pas la bonté® ? La sagesse étant le seul bien®, l’existence humaine, avec toutes ses misères, mais qui nous permet, si peu que ce soit, de philosopher, est préférable à une vie, aussi parfaite qu’on la veuille,

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