‹ La religion de PlatonChapitre 91 sur 164 · EuViyd,, 281 e · texte numérisé non relu

EuViyd,, 281 e

CHATIMENTS ET RÉCOMPENSES

mais dont la sagesse serait exclue. L’arbre de la connaissance est planté au centre du paradis de Platon.

Pour mieux voir l’action des châtiments et des récompenses sur les âmes, il faut se souvenir que Platon distingue deux maux dans l’âme : la méchanceté qui est comme une maladie, et l’ignorance qui est comme une laideur^. Or des âmes qu’entraîne à nouveau le cycle des naissances, seules les méchantes auront tiré parti de leur séjour dans l’au-delà, guéries de leur méchanceté par le châtiment ; en revanche les prix offerts aux justes ne leur sont pas vraiment un bien, puisqu’ils ne les rendent pas meilleures. Même les âmes soumises au châtiment salutaire n’y laissent que leur m^aladie, mais non pas leur laideur. Elles n’én sauraient tirer qu’une expérience comparable à celle d’un chat échaudé. Ayant éprouvé la malfaisance de la faute, si l’on peut dire dans leur chair, elles seront averties, mais non savantes. Comme les gens du commun, elles seront courageuses par lâcheté, tempérantes par souci de plaisir^. La source profonde du vice est une ignorance que seul peut extirper le savoir. Or, on ne philosophe ni au ciel ni aux enfers ; on ne philosophe que sur terre. Nul salut efficace n’existe donc pour les âmes astreintes à la réincarnation, si ce n’est durant leur vie terrestre. Ni récompenses ni châtiments ne modifient sensiblement les âmes. Que la réincarnation soit déterminée automatiquement par la dernière existence de l’âme, ou qu’elle dépende d’une option offerte aux âmes punies

OU récompensées, — toujours Tâme obtient ce qu’elle désire, toujours l’âme devient ce qu’elle esU.

Derrière les mythes eschatologiques, faits de traditions différentes et composés selon des inspirations diverses, une intention demeure constante : l’exhortation à la philosophie, appel adressé à des vivants et qui demande à être entendu, qui ne peut être entendu que dans cette vie même.

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