Lois, XI, 918 b-e
responsabilité ni blâme s’il se trouve des orateurs qui en usent mal^.
Cette primauté de la vertu, capable de s’imposer en toutes circonstances et de transfigurer toute condition, s’affirme par la foi autant que par la raison. Mais elle ne donne pas lieu à quelque rigorisme. Platon sait fort bien que la Nécessité ne se laisse pas persuader entièrement. Ces choses neutres que sont les biens extérieurs et les conditions sociales prennent, dans l’action politique et dans la vie morale, le rang de causes adjuvantes, de causes « sans lesquelles ni le politique, ni chaque particulier ne sauraient réaliser la vertu. Les conditions prises en soi sont bien indifférentes, mais, étant donné la diversité des caractères, chacune d’elles doit être adaptée au caractère auquel seul elle convient. Le chef d’État n’est certes pas maître de la beauté et de la laideur, de la naissance illustre ou obscure ni, souvent, de la richesse et de la pauvreté de ses sujets ; il lui faudrait le don d’ubiquité et un savoir divin s’il voulait « s’asseoir à chaque instant de la vie à côté de chaque citoyen pour lui prescrire exactement ce qu’il doit faire »^. Mais, dans les limites de ses facultés, c’est bien un tel programme que se fixe le roi philosophe. Il lui faut connaître les âmes qu’il devra gouverner ; les trois dialogues politiques contiennent les éléments de toute une caractérologie.
Le choix des conditions est laissé à l’entière liberté des âmes ; personne ne pourra donc s’en prendre à la