Rép., VI, 497 a
naître dans une patrie favorable à son action politique, ni même à l’épanouissement de ses facultés^. Mais c’est là une simple malchance qui contrarie sa volonté, sans parvenir à la dévier. En revanche, le sort qui fit naître Alcibiade en plein impérialisme athénien, l’emportera sur la noblesse native du disciple de Socrate et le détournera de la philosophie^. D’autre part, il est des occasions « offertes » dont nous ne saurions, sans démesure, nous attribuer le mérite. Ce n’est pas sa science, c’est un « heureux hasard », c’est « un dieu qui peut faire rencontrer au dialecticien un chef d’État bien doué et docile aux conseils de la raison ; c’est une « dispensation divine »^ qui aurait pu protéger Alcibiade contre les tentations envahissantes et le maintenir dans la justice. Ce double aspect du sort, hasard et chance divine®, se rencontre aussi bien dans la vie des particuliers que dans la Cité. En inscrivant dans la constitution le tirage au sort de certaines charges publiques, le législateur fera la part de la Nécessité aveugle®. Dans la vie politique et dans la vie des particuliers, Platon réserve l’action du « hasard » ou d’un « dieu ». Action d’une « fortune », bonne ou mauvaise, elle ne vaut pas qu’on « se décourage »’, elle « est négligeable pour un homme vraiment homme »® ; le philosophe, confiant dans l’intelligence divine, ne laissera pas de prier pour que les