chapitre de la chronique solaire
Maspero (G.). The life and monuments ofTl
dans Th. Davis. The tomb of Thoi
Londres 1904.
Le double et les statues prophétiq
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Naville (E.). La deslrucdon des hommes par les dieux. Trans. of the Soc. of. Bibl. Arch. 1875.
A mention of a flood in the Book of the Dead. Proc. of the Soc. of Bibl. Arch. 1904.
Le chapitre 112 du Livre des Morts, Etudes dédiées à Leemans.
Inscription historique de Pinodjem III, Paris RouGÉ. (E, de). Etude sur une stèle égyptienne, appartenant à la Bibliothèque impériale, Paris, 1858.
sur les murs des temples de Deir el Bahari et de Louxor. Quoiqu'elle ne nous soit connue qu'à cette époque, c'est-à-dire au moment le plus brillant de l'histoire d'Egypte, je ne doute pas cependant qu'elle ne remonte beaucoup plus haut. Elle s'est maintenue fort tard, à propos non seulement des rois, mais des dieux eux-mêmes ; on la retrouve encore dans le temple d'Esneh qui est d'époque romaine.
En voici l'analyse faite d'après la version la plus complète que nous possédions, celle du temple de Deir el Bahari. Il s'agit de la naissance non pas d'un roi, mais d'une princesse qui, par le fait que son époux Thouthmès II mourut jeune et qu'elle fut associée à son neveu Thouthmès III encore enfant, eut le pouvoir entièrement dans sa main, et fut non seulement reine, mais roi, car elle se fait toujours représenter en homme. La légende débute par une assemblée des dieux; le dieu de Thèbes, Amon, convoque tous les grands dieux, et leur annonce qu'il naîtra une princesse qui éclipsera tous les souverains qui ont précédé. Puis Thoth, l'Hermès des Egyptiens, conduit Amon chez la reine. Il la lui nomme, il lui dit qu'elle s'appelle Aahmès, et qu'elle est plus belle qu'aucune femme. Amofi
entre chez la reine qu'il trouve endoi scène suivante nous montre Amon faiî pirer à la reine le signe de la vie. Pu pelle le dieu Chnoum, le potier, et lui de façonner sur son tour le corps de cesse et celui de son double. Après ce voyons la reine Aahmès qui vient d( au monde la princesse qu'elle tient su noux; la déesse Hathor l'allaitera, ell et les vaches sacrées prendront soin doubles. Il n'y a donc aucun doute, la j est un être divin, ce n'est pas Thoutl c'est Amoin qui est son père. Désorma ture divine se reflétera dans toute son e et, comme elle, les rois aimeront à rapp origine par un tableau très fréquent temples, où l'on voit un roi à qui un sert de nourrice.
A la suite de la nativité, vient l'intn du fils des dieux par les dieux eui Ceux-ci doivent exécuter toutes les pi qu'ils ont faites à l'enfant; on lui a pi royauté éternelle, il faut maintenant que le placent sur le trône, et que lui-mêmi les devoirs qui sont la contre-partie dei divines. Les devoirs auxquels Amon, I
lOUFERENCES AU COLLEGE DE FRANCE
itéressent, sont naturellement ceux qui les nent, eux et leurs temples. Le rituel d'inition se compose de plusieurs séries de )nies. C'est d'abord la purification et la tation de l'enfant royal aux dieux. Il faut :re que, pour toutes ces cérémonies, ce ien les dieux qui officient. Tout ce rituel iqné qui nous est dépeint dans les sculpdes temples, s'exécute bien réellement, st pas une fiction. Les dieux, ce sont des 5 qui s'affublent du costimie, du masqpie insignes de chaque divinité. La marque tive qu'ils adoptent, c'est en général la îule, mais on peut supposer un déguise- [>lus complet, lorsqu'il s'agissait par exem- I représenter ce nain grotesque qui avait 3es, bu la déesse Api, qui avait un corps ►opotame. Cela suppose chez les Egypune grande crédulité, en même temps B Vénération profonde pour l'élément dilisqu'il suffisait d'un travestissement pour nspirer un saint respect. Jamais il n'est à l'esprit d'un Egyptien de tourner en ri- 1 une cérémonie qui, à certains égards, : qu'une mascarade. Ils savaient voir le 2aché sous cette apparence qu^, quelqueievait être grotesqfue.
devenue divine, et les dieux combattent pour elle et sont derrière elle tous les jours pour la protéger, Rivant ce qu'a ordonné le seignevu: des dieux. Ainsi le père affirme d'une manière formelle devant ses sujets assemblés le caractère divin de son héritier, caractère qfui oblige à ce qu'on lui rende les mêmes hommages qu'aux dieux. Aussi, n'y a-t-41 rien d'étonnant, rien de choquant pour ses sujets à voir un roi s'adorer «lui-même, et placer sa personne au milieu des divinités auxquelles il rend un cidte, ou même mettre sa barque dans un sanctuaire à côté de celles qui renferment les emblèmes de tel ou tel diem Ne lui a-t-on pas enseigné dès son enfance qu'il était un dieu, ne l'a-t-on pas publié à la face des habitants du royaume? Qu'est-ce qui empêche donc qu'il revendique pour son compte les mêmes privilèges que les autres divinités?
Dans l'assistance qui est venue pour faire la connaissance de la princesse, se trouve une catégorie de prêtres chargés de composer et de proclamer « le grand nom » ou plutôt « le nom royal ». Ce nom qfui est à proprement parler une phrase entière, se compose de différentes parties. C'est d'abord le nom du double dont nous
avons parlé à propos des rois thinites, e établit que le roi est un Horus, c'est-à-dire appartient à cette race conquérante dont 1 dard était le faucon. Ce faucon est perch une représentation abrégée de la porte du beau par laquelle passera son double apr mort. Sur le linteau de cette porte sont ques signes qui représentent en général épithète et qui sont le nom de son de Celui de la reine Hatasou c'est « celle qi puissante par ses doubles, ou riche en doul celui de son père avait été « le taureau sant aimé de Mat», la déesse de la justice la vérité. Après ce nom du double i appelle souvent du nom d'étendard, vien seconde épithète qui est précédée de ces i maître des deux couronnes, c'est-à-dire de l'Est et de l'Ouest ; pour la reine « celle qui abonde en années », ou quelqi « celle qui prend possession de tous les p pour son père c'était « celui qui surgit c< une flamme, le très courageux » ; cette p là du nom n'était pas absolument fixe, elle susceptible de variantes, de même que la sième qui est toujours précédée de ce gr THorus d'or. Ici aussi pour la reine nous
deux versions différentes : « celle qui est divine dans ses levers », et « celle qui vivifie les cœurs ». Son père en avait plusieurs, dont l'une est « celui qui frappe les barbares ».
Après cela venait le titre royal proprement dit, celui qui sert d'habitude à désigner la personne du souverain: «le roi de la Haute et de la Basse Egypte », suivi de deux cartouches, séparés par ces mots: «le fils de Ra». Un cartouche, c'est cet ovale qui enferme un certain nombre de signes composant le nom du roi. Il y en a en général deux, dont le premier est celui de l'intronisation et contient toujours le mot Ra, le soleil, c'est le prénom solaire, celui qui rattache le prince au grand dieu; celui de la princesse signifie « le vrai double, la vraie image de Ra ». Après ces mots le fils de Ra, vient le second cartouche qui contient le nom habituel du roi, celui qu'il avait reçu à sa naissance. Le nom complet de la reine, celui qu'on inscrira sur les monuments, c'est: « l'Horus, puissaut par ses doubles, le maître des deux couronnes qui abonde en années, l'Horus d'or qui vivifie les cœurs, le roi de la Haute et de la Basse-Egypte, Kamara, la fille du soleil, Hâtschopsitou Khnoumit Amon (celle qui se
joint à Amon) ». On voit que le caractère divin du roi ou de la reine ressort distinctement de ce protocole, qui est dûment proclamé, et nous dirions enregistré par les prêtres assemblés à cette occasion.
Après que le roi ou la reine ont reçu leurs noms, diverses cérémonies complètent le couronnement; la plus importante est celle où la reine doit passer par deux pavillons où se trouvent des dieux qui lui mettent sur la tête d'abord le diadème du Sud, puis celui du Nord; ensuite le roi faisait le tour d'une enceinte murée qui était près de la salle où il avait reçu les diadèmes. Il était accompagné dans ce tour par Je grand dieu de la localité qui l'embrassait, et qui de cette manière lui transmettait l'autorité sur toute la terre, et sur les territoires appartenant aux neuf arcs, c'est-àdire aux barbares. Dans tout cela les dieux traitent toujours le roi comme un des leu?^. Ils affirment et ils consacrent son caractère divin; mais ce n'est pas absolument gratuit. Il faudra qu'en reconnaissance, le roi fasse ce qui leur est agréable. Il contracte envers eux des obligations dont il aura à s'acquitter, comme le fit le roi Horemheb, le dernier souverain de la
X Ville dynastie duquel il est dit: «dès que le roi eut pris possession de cette terre^ il la réorganisa telle qu'elle se trouvait au temps du dieu Ra. Il restaura les temples des dieux... il refit toutes leurs statues divines plus nombreuses qu'elles n'étaient auparavant... ce que le roi trouva de ruiné, il le remit en place. Il fit cent statues de grandeur naturelle en pierre de prix. Il parcourut les cités où les dieux avaient des édifices, dans toute cette terre, et il les dota telles qu'elles l'avaient été au commencement, et il leur constitua toutes les offrandes journalières et tous les ustensiles nécessaires à leurs édifices, travaillés en or et en argent; il les munit de prêtres, d'officiants, de soldats d'élite; il leur fit donation écrite de champs, de bestiaux et les munit de tout ce qu'il convient d'avoir... ». Voilà comment les dieux demandaient à être payés de retour.
S'agissait-il de fonder un édifice, par exemple un temple, c'était avec la collaboration des dieux que cela se faisait, les cérémonies étaient réglées par im livre qui s'appelait « le livre de fondation des temples pour les dieux de la première ennéade ». On commençait de nuit afin que le roi pût fixer l'axe du temple
place qu'elle doit occuper. A ce moment, probablement avant la pose de la pierre, il devait y avoir un sacrifice; le seul que nous voyions, c'est celui d'un oiseau décapité, mais il n'est pas impossible d'admettre que c'est là une forme adoucie d'une tradition très ancienne, qu'on retrouve chez d'autres nations, et qui voulait que l'emplacement de la première pierre fût arrosé de sang humain.
Il semble qu'à l'occasion de la construction le roi ait fait faire un modèle en petit d'unédicule ou d'un pylône; et il s'agissait de le consacrer à la divinité. Pour cela le roi répandait tout autour de l'encens de diverses espèces; et au moment où il le donnait au dieu, il faisait de cet édicule un objet divin, en le touchant un certain nombre de fois avec sa massue. Lorsqu'il s'agit de fondation, nous voyons presque toujours une scène sur le sens de laquelle nous ne sommes pas au clair. Le roi tient d'une main une rame et de l'autre un instrument qui semble être une équerre; il fait une grande enjambée, il a l'air d'être à la course. En général, comme pendant de cette scène, nous en voyons une toute pareille, le roi faisant la même qnjambée, mais cette fois tenant
dans chaque main un vase à liba à qui nous devons une savante é les rites, étude à laquelle nous coup puisé, considère ces scènes une consécration; Teau des vases emblèmes solaires symboliseraienl tion de Tédifice. Je croirais plu course se place tout au début de et que le roi mesure au pas remj lequel la construction doit s'élev veut faire don aux dieux. Quoi dans toutes ces cérémonies, le ro être divin, il est le fils d'Amon, ai un temple, et c'est comme fils r père l'hommage qui lui est dû, qi même l'outil avec lequel sera cons Outre le couronnement, il y a grandes fêtes dans lesquelles o roi des honneurs divins. L'une ( est celle qui est appelée la fête souvent considérée comme un ar l'avènement au trône, laquelle se bout d'une période en général de regarde la période Sed comme un cale, et la fête qui l'inaugure com indiction, c'est-à-dire la date à
un certain nombre d'années les im-
redevances qu'auront à payer les
u pays; et comme Torigine de tout
la dîme, c'est-à-dire ce qui est payé
Ite et tout ce qiii s'y rattache, rien
à ce que la fête de l'indiction ait
caractère religieux. Nous la trou-
représentée sur les monuments de
linite; elle a duré jusqu'à l'époque
e fête, le roi sort d'une pièce appetuaire, qui est réservée pour lui nple, puis il monte à un pavillon juatre côtés, et auquel conduisent iliers. Le roi portant les emblèmes ssied sur un trône, et se tourne sucvers les quatre points cardinaux; 5 deux dieux ou deux déesses élèin au-dessus de sa tête et répètent
fois: « le Sud est réuni au Nord », il est réuni à la terre ». C'est une onisation renouvelée. Puis le roi se
devant la divinité principale du îtait escorté dans sa marche par les *^ord et du Sud qui même quelqueaient sur un palanquin. Sur le seuil
de la salle où se tenait le dieu qu'il ter, une divinité lui faisait une libatii accueil. Le dieu l'embrassait. Thoth e boui rédigeaient le procès-verbal d lui fixaient un nombre infini d'années ou inscrivaient son nom sur les fruits sacré d'Héliopolis.
Au sortir de là, il passait dans à manger où l'on voyait plusieurs chacun avec la statue d'un die lequel étaient amoncelées toutes so fraudes et de victuailles. Il n'est p£ trouver parmi ces statues celle du roi Quelquefois le roi agissant comme ] des offrandes à sa propre personne, i qu'on peut considérer comme l'a^ de la déification du roi. Il est si dieu, il participe si bien à la nature est censé posséder si complètement 1 et les privilèges de la divinité, qu' pas à s'adorer lui-même, à se faire à des offrandes, et surtout à se placer des dieux auxquels d'autres prêtres rendent un culte.
On a souvent considéré ce fai une preuve de la présomption oi
qui caractérise Ramsès II. Quand par exemple à Ibsamboul on a vu sa statue au fond du sanctuaire, avec trois des grands dieux d'Egypte, ou quand on a lu son nom sur les bas-reliefs à côté de divinités auxquelles il présente lui-même du vin ou du lait, on a pu croire au premier abord que c'était chez lui une aberration, une folie des grandeiu's poussée au dernier terme. Mais il n'en est rien.
Ramsès II n'est point seul des rois d'Egypte, auquel un culte soit rendu. Il n'y a là-dedans aucune usurpation, aucune marque d'impiété.
Cette manière de 'faire est parfaitement légitime ; c'est la conséquence de l'idée que les Egyptiens se faisaient du roi, et qui était acceptée d'un consentement unanime. Engendré par un dieu, allaité par des déesses, recevant de leur main à son couronnement tous les privilèges et tous les attributs de la divinité, le roi est Un des leurs, il appartient à leur cycle et il peut prétendre aussi bien qu'eux aux hommages qui leur sont rendus. Dans les grands temples, il y avait en général une barque portant un tabernacle qui renfermait l'emblème du dieu de la localité. Le roi avait aussi sa barque qui contenait son emblème. Je crois que c'était un
éventail, run des symboles du double, q présente aussi la personne royale dan processions où il est posé sur un trône Ce qui distingue le roi des simples m< c'est que ceux-ci ne deviennent dieux qu leur mort, par leur assimilation, leur :
avec Osiris; le roi est dieu sa vie durj l'est dès sa naissance; par conséquent pe toute sa vie, il pouvait prétendre à ce lui rendît un culte, même en dehors des gr fêtes et des cérémonies spéciales qui mel particulièreanent en relief sa nature c Nous pouvons constater l'existence d'un régulier du roi dans les sculptures d'ur fice que j'ai déjà souvent cité, le temj Deir el Bahari. Là nous trouvons une chj qui était spécialement consacrée à la rei qu'elle s'est dédiée de son vivant. On li assise devant un autel, et une nombreuse cession de prêtres lui apporte des offr de toute espèce; sur les murs de la chî sont gravés des chapitres des textes des mides. Tout cela ressemble beaucoup i culte funéraire; dans la chambre à côté, < à Thoutmès I mort, on voit des représent
242 CONFÉIIKNCES AU COLLÈGE DE FHANCE
presque identiques, et alors il n'y a pas de doute possible, il s'agit du culte rendu à un défunt. Mais il n'en est point ainsi dans la chambre de la reine. Celle-ci est pleine de vie lorsqu'on orne sa chambre de ces représentations; elle régnera peut-être encore plusieurs années. Or, comme on ne peut guère supposer qu'elle a fait peindre par avance tous les détails du culte qui lui sera rendu plus tard, il faut admettre que déjà de son vivant on lui rend ces hommages comme à un dieu.
Après sa mort ce culte continuera ; on n'y changera rien, ce seront les mêmes prêtres, les mêmes offrandes, les mêmes formules religieuses et magiques. Et ceci me conduit à une conclusion différente de celle de M. Moret. Je crois que le culte des rois morts n'est que la prolongation de celui qu'on leur rendait pendant leur vie. A mon sens, les dieux n'ont pas été d'abord des morts. Je crois, au contraire, qu'ils ont d'abord été les vivants, pour lesquels on a continué, peut-être en le modifiant, ou en le développant, ce qu'on faisait pour eux pendant leur vie.
En dehors du culte du roi, il y en avait un qui s'adressait aux nombreuses divinités du
panthéon. Il existait même un rituel compliqué qui comprenait un grand nombre d'offices divers. Nous le connaissons par le temple d'Abydo-s où il est gravé sur les murs de sept chambres, consacrées chacune à une divinité différente. Ces textes ont été reproduits sur des papyrus qui sont arrivés jusqu'à nous. On en trouve aussi des fragments épars sur les murs des temples de toutes les époques. Ils nous donnent le service journalier dans les temples fait par le prêtre de service, ou comme Ton dit en égyptien « en son jour », lequel remplace le roi ; car théoriquement lui seul était digne de se présenter devant les dieux et de s'acquitter de ces offices. Mais comme il lui eût été impossible de le faire dans tous les temples du pays, et même de s'astreindre aux devoirs très stricts qu'entraînait le culte d'une seule divinité, il fallait bien qu'il déléguât cela à un prêtre, lequel était son substitut. Cependant l'idée originelle que le sacerdoce est affaire du roi, à subsisté au travers de tous les temps. Dans les innombrables tableaux où l'on voit un acte religieux exécuté devant un dieu, c'est toujours le roi qui est censé le faire. On considérait peut-être aussi qu'il n'y avait pas de
meilleur moy-en d'honorer le dieu qu'en montrant que le seul personnage digne de le servir, c'est son descendant, son fils, celui qui était de même race que lui, et qui était son égal.
Le rituel d'Abydos, qui est aussi celui de Thèbes, s'adressait à des statues en bois doré, incrusté de pierreries. Elles étaient placées dans des naos^ des tabernacles en bois ou en pierre, que l'officiant seul avait le droit d'ouvrir. Ce n'est donc qu'une partie du cérémonial qui est contenue dans ce rituel. Les dieux n'étaient pas toujours des statues. Il y en avait qui étaient représentés par des emblèmes, comme un sistre, ou un animal, comme un faucon. Il devait y avoir des prescriptions relatives à ce qu'on avait à faire en leur honneur, de même aussi pour toutes les cérémonies qui avaient lieu en dehors du temple, comme par exemple le transport de la barque sacrée avec son naos. C'est donc le rituel intérieur du culte des statues que nous possédons. Le livre a pour titre dans un papyrus: « le commencement des chapitres des rites divins faits dans le temple d'Amon Ra, roi des dieux, au cours de chaque jour, par le grand prêtre de service. » Ce culte
de la statue comportait des gestes précis, accompagnés de formules souvent fort obscures; elles nous expliquent ce que le prêtre a à faire, et elles y ajoutent des phrases magiques, ou des allusions à des mythes que nous ne connaissons qu'imparfaitement.
Le prêtre est dans le sanctuaire. Le tabernacle est encore fermé. Il faut commencer par des purifications faites par le feu, par des fumigations et par l'eau. Il allume le feu, avant tout pour éclairer la salle qui devait être dans une obscurité complète. Puis il prend l'encensoir, il met le vase à brûler sur l'encensoir, il jette de la résiné sur la flamme et il s'avance vers le lieu saint. Chacun de ces actes est accompagné de formules dans lesquelles le prêtre se pose d'emblée comme un dieu. Mais il n'est pas seul à l'être, chacun des objets dont il se sert a un nom divin, c'est-à-dire une personnalité divine, et il est apostrophé comme une divinité. Voici par exemple ce qui est dit à l'encensoir: «Salut à toi, encensoir des dieux qui sont de la suite de Thoth. Mes deux bras sont sur toi comme ceux d'Horus, mes deux mains sont sur toi comme celles de Thoth, mes doigts sont sur toi comme ceux d'Anubis, chef du pavillon
divin. Moi, je suis l'esclave vivant de Ra, moi je suis pur, car je me suis purifié, et mes purifications sont les purifications des dieux. » Ces paroles prononcées à l'encensoir sont les mêmes qui seront adressées à Amon lui-même.
Ainsi la nature divine est comme une émanalion, une effluve qui se transmet du dieu à l'officiant, et de l'officiant à tous les objets qu41 touche et doait il se sert.
Le second acte du rituel, c'est l'entrée du prêtre dans le naos, oii il doit purifier la statue et la prendre dans ses bras. Il rompt le sceau et enlève la terre sigillaire, car le naos était hermétiquement fermé, puis il fait glisser le verrou, ou comme l'appelle le texte « le doigt de Set ». Il se trouve alors devant une statue laquelle, suivant l'interprétation que je crois pouvoir donner aune phrase un peu ambiguë, est couverte d'une peau de bête, qu'il commence par enlever; la face du dieu est ainsi dévoilée, et le prêtre peut voir le dieu. Voir une divinité ou plutôt la regarder, est un privilège qui n'est accordé qu'au roi, ou au prêtre son représentant, et qui n'est pas sans danger, soit pour celui qui regarde, soit même pour le dieu, puisque le regard qui tonibe sur lui est
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celui d'un roi, c'est-à-dire d'un dieu. On connaît la^ puissance de l'œil, puissance qui souvent peut être redoutable et même destructrice; aussi voici ce que dit l'officiant: « Ma* face est préservée du dieu, le dieu est préservé de ma face divine, car oe sont les dieux qui m'ont fait le chemin où je marche, et c'est le roi qui m'a envoyé pour voir le dieu. » Ainsi aucim des deux ne court aucun risque. Alors le prêtre se prosterne la face en terre, littéralement flaire la terre, puis il se met sur le ventre. Chacun de ses actes est accompagné de paroles comme celles-ci: « Salut à toi, Amon Ra! tu es bien établi dans ta grande demeure. Je me suis mis sur mon ventre par crainte de toi, car j'éprouve de la crainte devant la terreur que tu inspires; j'embrasse Keb et Hathor, pour que je sois fort et que je ne tombe pas victime des sacrifices de ce jour »; puis il se relève en prononçant d'autres paroles. Cela devait ressembler à ce que l'on voit dans les mosquées à l'heure de la prière. De temps en temps, lorsqu'il répète les paroles, le fidèle se baisse et touche la terre du front, puis il se redresse; d'autres fois il élève les bras, avec cette différence qu'il n'a point de statue devant lui comme le prêtre égyptien.
Celui-ci quand il s'est relevé prononce un hymne en Thonneur du dieu: « Saint à toi, Amon Ra, seigneur de Thèbes, jeune homme qui est Tornement des dieux. Tous les hommes se réjouissent à sa vue, lui le maître de la terreur, qui calme les frayeurs, le prince de tous les dieux, le grand dieu vivant, le bien aimé qui fait plaisir aux dieux par ses paroles, le roi du ciel, le créateur des astres. For des dieux qui parcourt l'horizon et qui fait naître les dieux quand il parle... Amon Ra, le maître des rayons lumineux, le créateur des multitudes, le dieu aux plumes élevées, le roi des dieux...»
Ensuite il procède à des offrandes et à des fumigations, il offre à la statue un parfum fait avec du miel, puis de l'encens. Enfin le prêtre embrasse la statue ; c'était une véritable étreinte qui devait se faire facilement puisque les membres des statues étaient articulés; après quoi le prêtre sortait une première fois. Il rentrait de nouveau, faisait les mêmes gestes, se prosternait encore, entonnait de nouveaux hymnes en l'honneur du dieu, et lui offrait une figurine représentant la déesse Mat Cette déesse était celle de la justice, de la vérité et de la loi; il me semble qu'en donnant
à un dieu cet emblème, celui qui présente cette offrande fait entendre au dieu qu'il lui accorde le droit de lui imposer la loi, et qu'il le considérera désormais comme son juge, aux arrêts et h la volonté duquel il est prêt à se soumettre. C'est, à mon sens, un moyen de faire hommage au dieu, de lui déclarer qu'on le reconnaît pour son souverain et son maître; et l'emblème de la déesse n'est que le gage de cet acte de soumission. Aussi cette offrande est toujours parmi les premières, près de l'entrée. La statue va être l'objet de toute une toilette, qu'on ne fera pas avant de lui avoir fait subir des lavages avec de l'eau contenue dans divers vases, ensuite oin lui brûle de nouveau de la résine, puis on se met à l'habiller. On lui donne d'abord deux bandelettes blanches destinées à lui emmailloter la tête, on enroule ces bande-» lettes, après quoi on fait de même avec une autre bandelette de couleur verte, une troisième de couleur rouge, puis on enveloppe le corps de la divinité d'une pièce d'étoffe, et alors on lui offre différentes espèces de fards ou de parfums dont nous ne distinguons pas toujours exactement la nature. Chacune de ces offrandes est accompagnée de formules symbo-
liques ou magiques, dans lesquelles se trouvent des allusions que fréquemment nous ne comprenons pas. Du reste, c'est le propre de toute expression magique de n'être pas comprise; sans cela, elle perdrait certainement de son efficacité. Après encore plusieurs purifications, la cérémonie est terminée, le prêtre sort en fermant hermétiquement la porte et en y appliquant un sceau.
Tel est, en abrégé, ce cérémonial compliqué dans lequel fourmillent les répétitions, qui devait durer assez longtemps, à tel point qu'on se demande si vraiment il pouvait être célébré tous les jours. M. Moret voit dans tout ce cérémonial le culte d'un mort. Il s'adresse à im être mortel qui, comme Ra, meurt chaque jour, et qui est à toute heure sous le coup d'une attaque possible du dieu typhonien. Le but du culte en Egypte a/urait donc été de préserver le dieu de la morl possible, en pratiquant sur lui les rites qui avaient pu ressusciter Osiris et les hommes défunts. Nous avons déjà précédemment déclaré qu'à notre sens c'était une affirmation trop absolue que de dire qu'en Egypte toute espèce de culte dérivait du culte des morts. Il nous semble bien plutôt que le
culte des morts est la prolongation de le désir de continuer l'existence à celui quitté ce monde, et cela sous une forme ( pas toujours été la même. Tandis que dan cien Empire il s'agissait d'une vie toute s ble à celle de la terre, plus tard on songe état se rapprochant beaucoup plus de la d Il nous est impossible de reconnaître d rituel un système, une idée mère se d( pant logiquement et avec suite. On y trc reflet des conceptions les plus variées c Egyptiens se faisaient sur les dieux. Quel* le dieu auquel s'adresse le prêtre peut êti sidéré comme un Osiris, comme un diei qu'il s'agit de ressusciter, mais dans d cas il est bien vivant, comme, par exem moment où le prêtre entre, et où un regard que le dieu lance sur lui peut 1 funeste. Pas plus que le Livre des Me rituel n'est l'expression d'une conc unique et bien déterminée, de la divir Avant de quitter le rituel, il nous i poser une question. Quel a été dans le égyptien le rôle du sacrifice, et y a-t-il sacrifices humains? Il est certain que d; représentations du culte, nous voyons tri
-^'-^^vTmw
252 CONFERENCES Al) COLLÈGE DE FRANCE
vent tuer un bœuf ou une antilope. L'animal auquel on a coupé le cou est renvei-sé, les quatre pattes lices ensemble, des sacrificateurs le dépècent: oji commence par détacher les membres antérieurs, puis la tête, on lui enlève le cœur et Ton taille de gros quartiers dans la carcasse. Les tableaux en grand nombre où cela se voit sont presque identiques ; c'est en général la première opération, l'enlèvement de la jambe de devant, que les sculpteurs aiment à graver; mais c'est un sacrifice uniquement parce que des prêtres y figurent et l'accomplissent, le sens de l'opération n'est pas proprement religieux. Elle est avant tout destinée à procurer au dieu une offrande qu'on déposera sur son autel, car tous ces morceaux qu'on prépare, ce qu'on nomme les morceaux de choix, lui soîit apportés par les prêtres. Il est probable cependant, qu'il y a là un souvenir lointain de la mort d'ennemis dont on présente les cadavres ou les dépouilles. Sans doute, ridée de l'offraude, de la nourriture apportée au dieu comme elle l'est au double, joue le premier rôle ; néanmoins l'idée originelle se retrouve encore, par exemple, dans cette phrase de l'officiant qui apporte le cœur: « Je t'ai apporté le cœur de ton ennemi. »
Religion de^ anciens égyptiens 253
Cette offrande est faite non seulement aux dieux, mais aux défu^its. Pour eux aussi on immolait des boeufs, des gazelles, des oiseaux, que ro,n considérait comme des ennemis. Il semble, «ai^si que Ta fait ressortir M. Lefébure, que le but de cette cérémonie fût de s'approprier la vie et la force des victimes. Cela supposerait ^nécessairement que ces victimes étaient substituées à des êtres humains. Quelquefois on se contentait d'offrir au défunt une tête de bœuf; oîu, da^ns d'autres cas, on momifiait la victime qui était déposée dans le tombeau, afin que l'effet du sacrifice eût la dm-ée éternelle qu'on souhaitait au corps du défimt.
Nolus avo^s trouvé dans le mythe de la destruction des hommes ce que les prêtres de Thèbes à l'époque de la XIXe dynastie considéraient comme l'origine des sacrifices. Au moment oiù Ra, fatigué de la société des hommes, s'apprête à se faire eoilevei: au ciel par Noiut, il aperçoit e^ncore quelques hommes qui ont échappé au massacre. Au matin, ces hoîmmes sortent portant leurs arcs, et l'on peut croire qu'ils offrent à Ra de détruire ses ennemis.
Celui-ci leur répond: « Vos péchés sont derrière vous, le meurtre éloigne le meurtre », et
î ajoute: « de là viennent les sacrifices. »
explication ne parle pas du genre de saj institués à cette occasion; mais la con- L logique à en tirer, c'est qu'il s'agit de :es humains. Si la mort des ennemis de t faire pardonner aux hommes la révolte
leur roi', si cette mort a une valeur )ire, il semble bien que ce soit celle tre pareil à celui qui échappe ainsi à la nnation, et non pas celle d'un bœuf ou gazelle qui lui serait substituée; à moins lant que ces aniTuaux ne soient considères 3 des formes de Set, l'ennemi d'Osiris.
savons que Set prend souvent des formes les ; imais comme ce dieu n'est pas nommé e mythe de la destruction des hommes, ne pouvons pas nous contenter de cette ition.
a bien dans les textes égj^ptiens une Lscence de sacrifices humains. Il y a
plus. Un roi' de la XVIIIe dynastie, )phis II, revenant de Syrie, nous raconte « Sa Majesté s'en alla plein de joie : son père Amon et il tua sept chefs de ssue lui-même. » M. Lefébiire voit dans îte barbare un sacrifice. Il me semble
qu'il y a là bien plutôt mi exemple de la coutume répandue ailleurs qu'en Egypte de faire périr les chefs des ennemis vaincus; et non seulement les vaincus, mais toute espèce d'étranger, qu'instinctivement on considérait comme un ennemi. Ce sentiment se retrouve encore de notre temps chez des nations peu civilisées. Plusieurs auteurs grecs nous parlent de ce que les Egyptiens sacrifiaient des étrangers. Hérodote, cependant, ne mentionne ce fait que pour le nier et nous dire que les Egyptiens ne isacrifiaient que des porcs, des oies, des brebis, des bœufs ou des veaux reconnus purs.
«Comment donc sacrifieraient-ils des humains?) Il existe dans un tombeau de Tlièbcs une série de représentations très étranges et qui sont presque uniques. Il s'agit d'im rite funéraire célébré en l'honneur d'un grand personnage, qui' n'était cependant pas de race royale, par conséquent qui' ne pouvait pas prétendre à des hommages spéciaux. On le voit assis sur un tabouret. Devant lui, deux prêtres piochent la terre et y creusent une fosse. Pui's il se lève et il regarde quatre serviteurs qui traînent sur une claie un homme couché la face tournée vers la terre. Un cinquième serviteur déploie
une grande peau d'anitoal. Cet homme couché s'appelle le Teken^ ou suivant la vocalisation adoptée par M. Maspero, le Tikanou, Un autre tombeau nous le montre enserré dans «rette peau et se tenant sur im tabouret, la face toujours tournée contre la terre. Je suis enclin à voir dans cette cérémonie, comme le fart M. Masj>ero, un symbole de la renaissance. L'homme traverse la peau d'un anïmal et cela lui rend la vie, de même que jious avons vu le soleil traverser pour renaîti^e un énorme serpent. Je ne pui's pas croire que le Tikanou soit sacrifié, car nous voyons dans la môme scène une vache et une gazelle auxquelles un sacrificateur coupe la tête, ce qui n'est point le cas pour l'homme couché sur sa claie. Plus loïn, le traîneau reparaît, il est porté sur les épaules de deux hommes qui, dit-on, vont le jeter dans le lieu de la destruction, et, en effet, on voit un traîneau dans le trou qui a été creusé en terre. Tout à côté sont deux hommes couchés la face en terre. Ils sont emmaillotés et se soutiennent seulement avec la main. Le texte les appelle des Nubiens, des Anou, ceux que nous considérons comme la population africaine primitive de l'Egypte. Si
nous nous reportons aux documents les plus anciens que nous ayons conservés, à ceux de répo'que thiliite, nous trouvons qu'il est dit, une Ms, « on apporte les têtes des Anou dans le sanctuaire » ; il y a aussi une fête qui se perpétua fort tard « la fête de frapper les Anou ». Il est iïicontestable qu'il y a dans le tableau qui nous occupe un reste d'une tradition très ancîenne. Il paraît bien qu'autrefois il a dû y avoi'r, dans de grandes occasions, des sacrifices humaîns où les victimes «étaient ces vaincus sur lesquels les Hotiens avaient établi leur domination.
Mais revenons aux Nubiens du tombeau.
Un peu plus loin, nous les voyons démai'llotés, agenouillés entre deux officiants qui leur ont passé une corde au cou et qui font mine de les étrangler. Au-dessus de la tête des Nubiens, on voit le sanctuaire crénelé qui est le signe des populations étrangères, et dans un cartouche deux signes qui se lisent kesul, et qui ont divers sens. Je crois qu'il faut traduire ici «les deux emmaillotés », c'est-à-dire les personnages qui, un instant auparavant, étaient couchés la face en terre, sans avoir l'air de faire un mouvement. 'Nous retrouverons un peu
plus loin le même cartouche crénelé contenant des signes qui veulent dire « des cheveux noirs », et nous verrons aussi une fosse dans laquelle on a jeté pour les brûler la peau de bête du Tikanou^ les cheveux «et la cuisse et le cœur des vaches sacrifiées. Tout cela me donne à croire qu'il ne s'agit pas ici d'un sacrifice humain réel, mais d'un sacrifice simulacre. Je ne crois même pas que le Tikanou et les Nubi'ens aient été des hommes, qui' se seraient prêtés à ce qu'on leur fît subit 'ce simulacre. Je crois que les emmaillotés étaient des mannequins qu'on faisait semblant d'étrangler, puis qu'on jetait dans la fosse, afîn qu'ils fussent détruits par le feu. A cet égard, 'je ne puis me ranger à l'opiniîon de M. Maspero; je ne crois pas qu'on leur fît subir ce traitement pour envoyer au mort des esclaves ou des compagnons destinés à le servil- dans l'autre monde. Les figurines répondaîent à ce dernier but, on pouvait les déposer par milliers dans les tombes, ou même il suffisait de les représenter sur les murs. Ces mannequins avaient autrefois été des ennemis. Il fallait non pas perpétuer leur existence, mais au contraire, faire en sorte que leur double ne subsistât pas, et ne vînt pas faire la guerre à
celui du défunt. Ici le sacrifice, comme eu mainte autre occasion/ rappelle, commémore la victoire. : ! ,
Néanmoins il me paraît fort probable que ce sacrifice n'est qu'une cérémonie fictive. Il eu est des Nubïens qu'on étrangle comme de ces faisceaux d'ennemis que le roi tient par les cheveux et qu'il assomme d'un seul coup de sa massue. C'est une représentation symbolique.
Je ne prétends pas que les Egyptiens n'aient pas eu des victimes humaines dans certaines occasions solennelles, par exemple dans de grandes calamités. Il en a été de même pour toutes les nations de l'antiquité. Sans doute aussi', à l'origine, le sacrifice humain a accompagné les fêtes desti'nées à célébrer d'éclatants triomphes. Mais plus tard la victime humaine a été remplacée par des animaux. Nous en avons la preuve dans une inscription d'Edfou de l'époque ptolémaïque. Elle nous décrit une fête solennelle destinée à rappeler les victoires d'Horus. On noui dit que ses victoires sont consommées, qu'il a frappé à mort tous les ennemis, même les Asiatiques; et en souvenir on amène, non pas un être humain, mais un hippopotame, non pas vivant, mais en pâte; on le
sacrifie, et Ton voit un sacrificateur plonger son couteau dans la peau de Tanimal. Ainsi, puisqu'on en vint à renoncer à Tanimal luimême et à se contenter d'une victime artificielle, à plus forte raison avait-on renoncé aux victimes humaines, du moins dans le culte habituel, celui qui était réglé par des prescriptions qu'on exécutait tous les jours.
Sans doute, il est quelquefois dangereux de s'appuyer sur ce que nous n'avons pas trouvé de représentation de tel ou tel fait pour conclure à la non-existence du fait lui-même; dans ce cas-ci cependant il serait extraordinaire, si les sacrifices humains avaient existé réellement, s'ils avaient fait partie des rites usuels, qu'on n'en trouvât pas un seul exemple au milieu des innombrables tableaux religieux qui décorent les murailles des temples. Le seul que nous ayons rencontré jusqu'à présent, c'est celui que je viens de décrire et, certes, il est difficile de le considérer comme très concluant.
Si nous jetons un coup d'œil d'ensemble sm* la religion égyptienne, nous reconnaissons que ce qui paraît le trait dominant de son caractère, surtout dans les derniers temps, c'est la richesse en cérémonies, la pompe et l'éclat de
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ses manifestations. Elle tenait certainement une grande place dans la vie de la nation. Ces grandes fêtes qui se renouvelaient souvent, ce rituel si complexe, ces in^iombrables statues de divinités dont les noms et les attributs variaient sans cesse, tout cela devait faire une grande impression sur le visiteur qui, pom* la première fois, mettait le pied dan^ le pays.
Qu'on, y ajoute le langage mystérieux que les prêtres employaient dans les cérémonies, le pouvoir magique auquel ils prétendaient, et dont on voyait peut-être les effets analogues à ceux que décrivent aujourd'hui les voyageurs qui reviennent de l'Inde, et l'on comprendra que les Egyptiens aient acquis au dehors la réputation d'une sagesse et d'une science qui n'avaient été égalées par aucune autre nation. Et il fallait que cette réputation fût bien établie, pour que des esprits supérieurs tels que Solon, Pythagore et Platon crussent nécessaire de venir eux-mêmes puiser à cette science, et pour cela de faire le voyage d'Egypte, dans un moment où certainement le pays était en décadence, et où il est vraisemblable que l'intelligence des livres religieux et en particulier de la symbolique se i>erdait rapidement
A l'époque grecque, sous les rois Macédoniens, ce qui prédomine, c'est le côté tout extérieur du culte. Les cérémonies, le rituel, déjà si riches et si touffus à Abydos et à Thèbes, à l'époque de la XIX© dynastie, le deviennent encore beaucoup plus sous les Ptolémées. Les rois, aussi bien que les Romains, ont compris que le moyen d'assurer leur domination sur le pays, c'était de se constituer les protecteurs de la religion, d'être les bienfaiteurs des temples et de tout ce qui tenait au culte. C'est l'époque où l'on construira les beaux temples qui sont arrivés jusqu'à nous, Dendérah, Edfou, Ombos, Philae. Et ces temples sont bâtis d'après un plan régulier dont on fait remonter l'origine aux vieux âges, au temps de Chéops le constructeur de la grande pyramide, ou même à celui 'des suivants d'Horus, ces personnages légendaires qui ont précédé Menés.
Plusieurs inscriptions nous rapportent les dotations considérables faites par les rois à tel ou tel de ces sanctuaires; en revanche les prêtres reconnaissants se prêtaient volontiers à instituer et à régler les cultes de ces rois ou de ces reines qui, comme les anciens Pharaons, prétendaient être de nature divine. Tout cela se
fait suivant les règles et les coutumes hé puis les âges les plus anciens, car les F n'innovent pas, ni dans les lois civiles tout dans tout oe qui tient à la relig Les inscriptions de ces temples diff pendant de celles des anciens édifie sont infiniment plus complètes. Thoul ou Séti I quand ils taisaient décorer railles de leurs temples, y mettaient sa des scènes religieuses, mais l'inscript courte, elle indiquait la nature du ri l'offrande, y ajoutait quelques promes cesse répétées que le dieu faisait au r très fois des textes plus longs racont épisode de la vie du roi, telle guerre h les sculptures montraient des scèneî tailles ou les prisonniers qu'on ram Egypte. Dans les édifices ptolémaïques scène historique; s'il y a des guerres, celles qu'Horus a faites à Set; en revai profusion de prescriptions les plus mii pour tout ce qui concerne le culte, chambre du temple a son nom et 1' explique quelle en est la destination, une chambre ûe vêtements du dieu ( déesse, on 'nous dira de quoi ces vêtei
composaient; si c'est la bibliothèque, les livres qu'elle renfermait; si c'est l'endroit où l'on prépare les drogues, on nous explique en détail comment on les fabrique; si c'est un escalier qui sert dans un jour de grandes fêtes, les murs nous montreront la procession des prêtres dans l'ordre qu'ils ont à suivre. Si c'est la grande salle d'entrée, nommée la salle du ciel, le plafond sera une sorte de carte céleste et portera les noms des heures du jour et de la nuit.
On a donné comme raison de ce changement considérable le fait que la connaissance de tout ce qui concernait la religion se perdait par degrés, et qu'il fallait fixer cette science sur la pierre pour l'enseignement des généraitions futures. Je croirais bien plutôt que cela provient d'une modification dans la religion elle-même qui a perdu son caractère spirituel, et qui n'est plus qu'une affaire de formes et de cérémonies. Aussi celles-ci ont augmenté, elles sont devenues toujours plus détaillées, elles exigent tin personnel encore plus nombreux que par le passé. La tombe ptolémaïque n'est plus <cette tiemeure du mort qu'on ornait en vue de l'existence îuture que devait mener le dé-
funt. Les rois ne se font plus élever de chapelles funéraires rattachées à une tombe placée à 'quelque distance. Et *même, sauf le Livre des Morts dont nous rencontrons encore des copies souvent fort incorrectes, faites par des scribes qui ne comprenaient pas ce qu'ils écrivaient, les livres religieux proprement dits, comme les textes 'des pyramides, ou le « livre de Thémisphère inférieur », ne paraissent 'plus être recherchés. On "ne s'en préoccupe plus, on les oublie, sauf "pourtant ceux qui se rattachent à la magie qui fut toujours chère au cœur des Egyptiens, à tel point qu'à Rome la religion égyptienne était souvent considérée comme de la sorcellerie, et que ses prêtres n'avaient pas un bon renom.
C'est dans les premiers siècles après l'ère chrétienne que se produisit, surtout en Egypte, car je ne parle pas de l'extérieur, le mélange entre les divinités grecques ou romaines, et les anciens dieux égyptiens. Cela se traduit par l'apparition de figurines en terre cuite dont nous possédons un très grand nombre et qui représentent ces dieux égyptiens grécisés, et dont le ïiom a été suffisamment modifié pour qu'une bouche grecque pût les prononcer. Ainsi nous connaissons une foule de formes d'Harpocrate,
qui n'est autre qu'Horus enfant ; comme il porte la main à sa bouche, les Grecs en ont fait le dieu du silence. Isis se voit souvent allaitant son fils; quelquefois ce sera tm serpent comme aussi Osiris; Horus se voit à cheval transperçant ses ennemis. Dans toutes ces figures, ce qu'on nomme les anciennes conventions ont été abandonnées; il y a une liberté inconnue aux anciens artistes, mais le mélange est peu heureux, ce n'est ni de l'égyptien, ni du grec, c'est un composé hybride, dont l'effet est rarement agréable à voir. D'autres éléments s'y introduisirent aussi du monde sémitique; on en trouve des traces sur des pierres qui servaient d'amulettes ; toutes les superstitions de l'étranger, tous les charmes, tous les arts magiques paraissent s'être concentrés en Egypte.
Mais bientôt le christianisme se fit sentir. Ce ne fut pas sans violence qu'il s'établit; des iconoclastes fanatiques comme Schenouti et Saint Macaire portèrent le ravage dans les édifices religieux de l'ancienne Egypte. Mais l'esprit égyptien survécut longtemps encore, par exemple dans le mode de sépulture. J'ai trouvé dans le temple de Déir el Bahari des momies qui étaient certainenjent chrétiennes. Sur les
linges qui les enveloppaient, on voyait la coupe et l'épi, le pain et le vin, les symboles de l'Eucharistie, à côté d'autres emblèmes pris à la religion des anciens Pharaons. Le gnosticisme qui joue un si grand rôle dans l'Egypte chrétienne est certainement un dérivé des conceptions de l'ancienne religion.
Les derniers livres qui reflètent les croyances de l'ancienne E©T)te sont ceux qu'on a attribués à Hermès Trismégiste, et qu'on a appelés livres hermétiques. Ils ont joui longtemps d'une grande autorité. Ils se composent de divers fragments écrits en grec, dont quatorze réunis sous le titre de Poimandrès, d'autres cités par les polygraphes ou les pères, Stobée, Cyrille, Lactance, Suidas; enfin, un dialogue appelé Asclépios, que nous ne connaissons que par une traduction latine faussement attribuée à Apulée. M. Ménard, auquel nous devons une brillante étude et une traduction de ces livres, y voit les seuls monuments que nous connaissions de la philosophie égyptienne, quoiqu'ils ne nous soient parvenus qu'en grec. Il est certain que nous trouvons ça et là, dans la doctrine, de grandes analogies avec ce que nous ^vons vu dans plusieurs morceaux'dfe l'ancienne
littérature. Nous y lisons que Dieu est la vie universelle, le tout dont les êtres individuels ne sont que des parties : « Dieu est tout, tout est plein de lui, il n'est rien dans l'imivers qui ne soit Dieu. Tous les noms lui conviennent comme au père de Funivers. » Ou encore ceci: « Toute chose est ime partie de Dieu; ainsi Dieu est tout; en créant, il se crée luimême. » Si nous substituons au mot Dieu l'expression ancienne « ce dieu », c'est-à-dire Amon, nous croyons lire tel fragment d'hymne composé au temps de Ramsès II. Qu'il y ait dans les livres hermétiques des influences judaïques et même chrétiennes, c'est ce qu'on ne saurait nier. Il y a cependant des morceaux qui paraissent écrits par un adepte de l'an^ cienne religion, un de ceux qui, jusqu'à la fin, essayèrent de maintenir les croyances et les cérémonies des vieux prêtres, dans certains endroits retirés comme l'île de Philae, où le culte dura jusqu'à l'empereur Théodose. L'auteur du discours appelé Asclépios, que nous ne connaissons que par une traduction latine, est un de ces derniers fidèles que rien n'a pu ébranler, et, dans des paroles d'une véritable éloquence, il fait un adieu prophétique à cette religion qui
avait duré plus de cpiatre mille ans, et dont la destruction serait T avant-coureur de calamités terribles frappant le monde entier.
« Cependant, comme les sages doivent tout prévoir, il est une chose qu'il faut que vous sachiez : un temps viendra où il semblera que les Egyptiens ont en vain observé le culte des dieux avec tant de piété et que toutes leurs saintes invocations ont été stériles et inexaucées. La divinité quittera la terre et remontera au ciel, abandonnant l'Egypte, son antique séjour, et la laissant veuve de religion, privée de la présence des Dieux. Des étrangers remplissant le ciel et la terre, non seulement on négligera les choses saintes, mais, ce qui est plus dur encore, la religion, la piété, le culte des Dieux, seront proscrits et punis par les lois. Alors, cette terre sanctifiée par tant de chapelles et de temples, sera couverte de tombeaux et de morts. O Egypte, Egypte ! il ne te restera de tes religions que de vagues récits que la postérité ne croira plus, des mots gravés sur la pierre et racontant ta piété. Le Scythe ou l'Indien ou quelque autre voisin barbare, habitera l'Egypte. Le divin remontera au ciel, l'humanité abandonnée mourra tout entière, et l'Egypte sera déserte et veuve d'hommes et de dieux.