Traduit par E. de Rougé
moi, et je suis seul de ma personne, aucun autre avec moi. Mes nombreux soldats m'ont abandonné, aucun de mes cavaliers n'a regardé vers moi, et quand je les appelais, pas un d'entre eux n'a écouté ma voix. Mais je pense qu'Amon vaut mieux pour moi qu'im milUon de soldats, que cent mille cavaliers et qu'une myriade de frères et de jeunes fils, fussent-ils tous réunis ensemble. L'œuvre des 'hommes nombreux n'est rien, Amon l'emportera sur eux. J'ai accompli ces choses par le conseil de ta bouche, ô Amon! et je n'ai pas transgressé tes conseils. Voici que je t'ai rendu gloire jusqu'aux extrémités de la terre. — La voix a retenti jusqu'à Hermonthis; Amon vient à mon invocation: il me donne sa main. Je pousse un cri de joie, il parle derrière moi : « J'accours à toi, Ramsès! je suis avec toi. C'est moi, ton père, ma main est avec toi et je vaux mieux pour toi que des centaines de mille. Je suis le seigneur de la force, aimant la vaillance; j'ai trouvé un cœur courageux et je suis satisfait. Ma volonté s'accomplira. » Pareil à Month, de la droite, je lance mes flèches; de la gauche, je les bouleverse. Je suis comme Baal dans son heure, devant euî?;. Les deux mille cinq cents chars
RELIGION DES ANCIENS EGYPTIENf
qui m'enviroïinent sont brisés en n devant mes cavales. »
Ramsès nous décrit le massacre qu'il f ennemis, auxquels il paraît être un die disaient l'un à l'autre : « Ce n'est homme qui est au milieu de nouis, c' tekh, le grand guerrier, c'est Baal en j Ce ne so?it pas les actions d'un hoo qu'il fait: seul, tout seul, il repousse < taines de mille, sans chefs et sans soldai
Voilà doac des interventions direc dieu dans la conduite d'un roi. Il y a i quer que ces récits ne sont pas tirés religieux proprements dits. L'un se troi un conte, et l'autre dans un poème.
Nous avons vu à propos des mythes ( lisait devant des statuettes ou des figui acquéraient ainsi un pouvoir surnaturi devenaient donc des figures qui savai rir, auxquelles on recourait dans le c blessure ou d'une maladie. Mais les E ont été encore plus loin; non seule ont admis que les dieux se parlaient ei non seulement ils ont lu les incantat Thoth était supposé prononcer, comr dieu s'adressait à eux; mais ils ont fa
les statues, ils ont eu des statues prophétiques, qui intervenaient dans maintes occasions de leur vie.
Ce genre de statues se trouvait principalement àThèbes, et dans l'un des sanctuaires de la ville, celui du dieu Chons; ce qu'on nous en dit date surtout de l'époque des derniers Ramessides, et de la XXJe dynastie, celle des rois prêtres, des grands-prêtres d'Amon qui avaient réussi à prendre une place si importante à côté du roi, qu'ils finirent par écarter le roi et par s'asseoir feux-mêmes sur le trône. Chons était primitivement le fils d'Amon, et de Moiit, son culte était intimement lié à celui d'Amon, et l'on peut supposer que les prêtres de ce dieu usèrent volontiers de l'art de faire parler les statues, disons-le, de cette supercherie, pour donner plus de prestige à leur dieu, et par conséquent à eux-mêmes. A la fin de la XXe dynastie, ils inventèrent une historiette qui devait remonter au règne de Ramsès II, et qui nous raconte comment on fit demander l'un des dieux pK)ur aller exorciser Une princesse en Mésopotamie. Ce qui 'prouve bien que ce récit est une légende, c'est qu'au début il place Ramsès II dans le pays de Naharaïn, la Mésopotamie, où les
princes de toute la terre venaient se pro en sa présence et implorer sa faveur, i près ce 'que nous savons de son règne ses campagnes, jamais Ranisès II n'all; loin. Il ne dépassa pas la Palestine et Is Quoi qu'il en soit, on nous raconte que j qu'il était ainsi occupé, le prince de Bac] amena sa fille d'une très grande beauté Pharaon emmena en Egypte, dont il femme et à laquelle il donna le nom de ] rou. Or un jour qu'il était à Thèbes, t célébrait une grande fête à Amon, annonça l'arrivée d'un messager du pri Bachtan, porteur de riches présents, qui lui dire que la sœur de la reine Rariefe jeune Bentreschit, était fort malade, et prince priait Ramsès d'envoyer un hon l'art pour la guérir. Ramsès convoqua t savants, les hiérogrammates, les magici il les pria de choisir parmi eux un 1 habile qui pût aller à Bachtan. Le choix sur un homme du nom de Thothemhe part pour Bachtan et qui trouve la pr possédée par un esprit. Il est obligé d' son impuissance. Cependant il faut croin lui laisse le temps d'appliquer tous les
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ments qu'il croit efficaces, car ce n'est que neuf ans après le premier, qu'un second messager arrive au roi demandant instamment que cette fois on envoie un dieu. Alors le roi entre dans le temple du dieu Chons Neferhotep, l'une des personnes de la triade de Thèbes, le fils d'Amon et de Mont. M. de Rougé traduit ce nom de Neferhotep « tranquille dans sa perfection, » on pourrait traduire aussi « bon et paisible. » Cette épithète indique que le caractère de ce dieu est la tranquillité, le repos; il ne se déplace pas comme d'autres, ce n'est pas non plus un dieu belliqueux. Il rend ses arrêts sans se départir de son calme olympien. Nous lui conserverons son «nom de Neferhotep.
Ramsès lui demande l'autorisation de laisser partir pour Bachtan un autre dieu Clions, « celui qui exécute les desseins et qui expulse les rebelles, » et d'exprimer son consentement en faisant un signe de tête, ce que le dieu fait immédiatement à deux reprises. Ramsès lui demande aussi de lui donner sa protection pour le voyage, cette protection sera exercée, je le crois, par le double du dieu qui sera toujours derrière lui, quoique invisible, et le voyageur recevra aussi le pouvoir nécessaire pour gué-
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rir la princesse. Chons, « celui qui e desseins, » me paraît être une émanati tre, peut-être une partie de son co pris la forme du dieu. Dans le ni destruction des 'hommes nous avons dieu Ra envoyait son œil qui revêt rence de 'Hathoir. Chons, « celui qui i desseins, » est quelque chose d'anal gard de Chons Neferhotep; c'est 1 l'agent, c'est ïui qui fait des voyag l'autre dieu 'envoie lorsqu'il faut qu sance s'exerce à distance. On peut que « Chons, celui qui exécute les dess une statue à laquelle une vertu ma^ été conférée par des paroles qu'on sur elle ou devant elle, comme celle servaient ou qui guérissaient des me serpents. Son pouvoir spécial était ment celui d'exorciste, cela paraît i] l'épithète qui lui est donnée: celui les rebelles, c'est-à-dire celui qui c ce qui s'oppose à la volonté des diei Le dieu part dans sa barque qu'on les épaules, «et où se trouvait le tabern; mant sa statue ou son emblème. Il pagné de cinq barques plus petites,
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et de nombreux cavaliers à droite et à gauche. On ne nous donne aucun détail sur les péripéties du voyage qui fut heureux, mais qui ne fut pas rapide, car il dura un an et cinq mois. A rapproche du dieu, le prince de Bachtan alla à sa rencontre avec ses chefs et ses soldats, se prosterna la face en terre devant lui, et lui souhaita la bienvenue. Chons alla de suite dans la maison de la princesse, lui communiqua sa vertu curative, probablement en lui mettant quatre fois la main sur la nuque, et la princesse fut soulagée à l'instant.
Mais l'esprit ou le démon qui la possédait ne s'en alla pas sans mot dire ^ «' L'esprit qui demeurait en elle dit en présence de Chons qui exécute les desseins de Thèbes: « Sois le bienvenu, grand dieu qui expulse les rebelles; la ville de Bachtan est à toi, ses peuples sont tes esclaves, moi-même je suis ton esclave. Je m'en retournerai vers le lieu d'où je suis venu, pour satisfaire ton cœur sur le sujet de ton voyage. Que ta Majesté veuille ordonner qu'une fête soit célébrée en mon honneur par le prince de Bachtan. » Le dieu fit signe à son prophète: « Il faut que le