‹ La religion des contemporainsChapitre 9 sur 11 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

De vives polémiques se sont élevées, naguère, sur le caractère des héroïnes que nous devons à l'imagination des écrivains Scandinaves, et que M. Brandès, le critique danois, explique à notre enthousiaste curiosité. Types réels ou symboles, Rachel, Nora et antres modernes Scandinaves, se présentent à nous comme d'authentiques détraquées. Là-dessus nos critiques celtes ou latins, selon leur habitude, se hâtent de généraliser. De l'étude des œuvres d'Ibsen et de Bjoernson, ils concluent que la neurasthénie a produit, parmi les peuples septentrionaux, d'épouvantables, peut-être d'irréparables désastres. Cette façon de raisonner et de conclure laisse un peu à désirer, je crois, au point de vue de la logique.

Il paraît que les étrangers, mal informés, jugent la France d'après les personnages de M. Emile Zola. Nous pourrions bien commettre pareille faute par rapport aux Scandinaves. L'étude que j'ai Thonneur d'insérer dans le tome second de la Religion des Contemporains, n'a rien de commun avec l'écriture ibsénienue. Son auteur, Mme Nyblom, ne publie rien que

de sage, de délicatement féminin, de pur et de distingué. Elle appartient d'ailleurs à l'élite intellectuelle de la Scandinavie. Son mari, M. Nyblom, est doyen honoraire de l'université d'Upsal. Elle-même s'est imposée au respect, à l'admiration, à la sympathie de ses compatriotes, par une série de travaux poétiques et littéraires fort remarquables (1).

Mm8 Xyblom a abjuré le protestantisme pour devenir, comme elle dit elle-même, une enfant de l'Eglise. C'est le récit de cette conversion qui fait l'objet de ce chapitre. Ou plutôt, il n'y a pas à proprement parler de récit. Mme Nyblom dit simplement les émotions de son âme lorsqu'elle s'est trouvée en présence de l'Eglise catholique, concrète et vivante. Quelle fraîcheur, quelle spontanéité, quelle joie intense dans ces pages délicieuses, qui participent à la fois du genre lyrique et du genre Confessio?is,créé par le génie de saint Augustin! Les paragraphes, dan3 l'œuvre de Mme JSyblom, ressemblent assez à de véritables strophes : nous en avons scrupuleusement conservé les divisions. De même, il a paru bon aux amis de l'auteur, de laisser subsister certaines inexpériences grammaticales, qui donnent à son style un charme de plus. Ce qu'on va lire, en effet, n'est pas une traduction. Mme Nyblom, qui est Danoise d'origine et qui habite Upsal, a composé son travail en français, pour un prêtre français. Par là s'explique l'emploi a«sez fréquent de la deuxième personne « vous d, qu'affectionnent particulièrement certains lyriques.

Les croyants comprendront qu'il ne s'agit pas simplement ici d'une œuvre littéraire. Cette conversion

(1) Voici le= principaux : i° Poèmes : l'Histoire d'une femme ; l'Histoire de sept jeunes files : Poésie et vérité. 2» Diverses études : l'Art dans le travail manuel ; Voyage en Italie, etc., etc.

constitue-t-elle un fait isolé ? ou bien, au contraire, Mme Nyblom représente-t-elle une avant-garde de chrétiennes, auxquelles ne suffit plus le protestantisme? Voilà la grande question. Quelle joie parmi nous, catholiques, si nous avions quelques raisons de penser qu'il en sera de la Suède, comme de l'Angleterre ! En fait, l'écrit de M,ne Nyblom rappelle, par bien des côtés, l'écrit analogue de lady Georgina Fullerton. Celle-ci, conformément aux habitudes de la race anglo-saxonne, aime surtout à se rendre compte ; elle se fait à ellemême, très laborieusement, la preuve et la contreépreuve de ce qu'elle croit ; celle-là chante, cherche à comprendre, et se répand en actions de grâces. Mais les mêmes argumentsqui ont frappé lady Georginr, ont déterminé Mine Nyblom à embrasser le catholicisme. La ressemblance est au moins curieuse ; pour la rendre tangible, nous avons mis en note certaines lignes où lady Georgina Fullerton s'exprime exactement comme notre auteur.

La coïncidence ne manque pas de gravité. C'est une preuve de plus que les femmes distinguées et pures, dont se glorifient avec raison les pays du Nord, éprouvent une sensation d'étouffement dans l'atmosphère protestante. Elles tendent vers la lumière et l'air pur des pays catholiques. Ne négligeons pas de remarquer aussi que le Travail d'une âme (c'est le titre du récit de lady Fullerton) a paru il y a plus d'un demi-siècle. A cette époque, le mouvement anglo-romain en était encore à ses débuts. Plaise à Dieu que la conversion de Mme Nyblom devienne le point de départ d'un mouvevement romano-scandinave !

Abbé* Delfour.

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