LES ROMAINS
La tradition romaine à pour base principale les récits de Manetboos et peut-être aussi ceux de Josèphe. En comparant les différentes traditions, cette assertion devient évidente.
Quand on examine attentivement les citations que Josèpbe emprunte à Manetboos , on est frappé de la confusion d'idées qui s'est introduite dans les écrits du premier, ce que l'on ne remarque pas^ chez le second. En nous communiquant les traditions de Manetboos, Josèphe nous raconte en premier lieu le séjour des Pasteurs à Avaris, puis leur départ de là; plus loin il cite l'oppression que subirent les impurs où lépreux et la liberté qui leur fut rendue plus tard; après il fait mention du pacte qu'ils firent avec les Pasteurs bannis d'Hierosolyma et la conquête de l'Egypte.
Le chef du peuple allié s'y appelle Osarsipbos et Josèphe en s'arrètant à ce nom, s'exprime ainsi : ' „I1 est certain
que nos ancêtres , qui s^appellairent Pasteurs , ont abandonné l'Egypte 393 ans avant le départ de Danaus pour Argos. Manethoos dit quelque part que nos ancêtres sont arrivés par milliers en Egypte , qu'ils ont assujetti les habitants et que plus tard ils se sont retirés de là^ pour aller se fixer dans le pays qui s^appelle la Judée où ils ont fondé la ville d'Hierosolyma et bâti un temple. Il se permet en suite des plaisanteries au sujet dès Israélites en racontant des choses absurdes. Il nous confond par exemple avec les lépreux et nous considère comme ayant fait partie des Egyptiens qui furent chassés de l'Egypte ^ à cause des maladies impures dont ils étaient ajïectés."
Comme nous l'avons déjà remarqué plus haut, Manethoos fait mention de Hyksôs et d'impurs ou lépreux et parmi les derniers il compte Moïse.
JosèpLe, qui fait la même distinction, range les Israélites parmi les Hyksôs. En nous abstenant d'examiner , s'il peut alléguer pour justifier cette assertion , d'autres motifs que le sentiment de nationalité froissé, nous nous bornerons à constater que la confusion qui régne dans les récits historiques à partir de Manethoos, loin de diminuer, va en s'augmentant.
Yoyons maintenant ce que nous trouvons chez Diodore, qui, comme nous le remarquions déjà, à cause de sa conformité avec les historiens Eomains , peut être rangé parmi eux; nous y lisons : ^
„Dans ces temps là il se trouvait en Egypte grand nombre d'étrangers, dont les opinions religieuses et les manières de sacrifier différaient considérablement des usances Egyptiennes , de sorte qu'ils étaient regardés par ceux-ci comme des gens qui scandalisaient les dieux du pays.
Pour se débarrasser de ce fléau , les Égyptiens résolurent de les chasser de chez eux, ce qu'ils mirent à exécution. Les plus braves et les plus considérés parmi ces étrangers bannis , se transportèrent en Grèce sous le commandement de Danaus et de Cadmus, tandis que les autres plus forts en nombre , partirent pour le pays qui s'appelle aujourdhui la Judée, région à cette époque déserte et inhabitée. Le chef de cette colonie s'appelait Moïse, homme éminent X^ar son intelligence et sa force physique.
Après avoir établi son peuple dans les différentes parties du pays . il fit bâtir la ville d'Hierosolyma et le temple que l'on y garde en grand honneur.
Il enseigna un culte divin et des cérémonies sacrées et fut le législateur du jeune état, dont il divisa les sujets en douze tribus, d'après les douze mois de l'année. Il leur défendit de faire l'image de Dieu , parce qu'il jugeait que le ciel qui embrasse le monde était toutpuissant et seul Dieu, dont il était impossible de faire une image."
Jusqu' ici le récit de Diodore. Il est évident qu'il à puisé aux sources de Josèphe et de Manethoos , quoiqu'il ne fasse pas mention des Hyksôs et qu'il partage l'opinion de Manethoos, qui désigne Moïse comme le chef des lépreux.
L'historien romain ne se distingue pas de son collègue Grec par des rapports plus clairs ou plus originaux. Justin ^ nous donne à quelques exceptions une histoire analogue à celle que nous connaissons déjà. Selon lui , les Israélites seraient originaires de Damas , un état considérable en Syrie, qui devait son nom au roi Damascus , dont les successeurs furent Azelus, Adores, Abraham et Israël; ce dernier jouit d'une plus grande célébrité que
ses prédécesseurs parce qu'il avait dix fils. „Après avoir partagé son peuple en dix partis qu'il appelait tous juifs d'après Juda, il en donnait le pouvoir suprême à ses fils. Le plus jeune des frères, Joseph , jeune homme d'une rare intelligence, fut écarté secrètement par ses aînés et vendu à des marchands étrangers qui le menèrent en Egypte. Arrivé là et vendu une seconde fois , il s'initia vite , guidé par ses dispositions naturelles , dans les secrets de la magie et sut captiver en peu de temps la bienveillance du roi. Il fut tellement habile à expliquer des songes , qu'il annonça plusieurs années d'avance une stérilité de la terre qui menaçait le pays d'une disette afi'reuse, dont les conséquences auraient été incalculables si le roi , persuadé par son favori, n'eut ordonné des mesures afin d'emmagasiner pendant plusieurs années une partie des récoltes.
Ce Joseph avait un fils Moïse , qui fut héritier des connaissances de son père et qui outre cela était remarquable par la beauté de sa personne. Mais les Egyptiens exhortés par l'oracle, chassèrent de leur pays les nombreux habitants souflrants de la gale et d'autres maladies impures, afin de mettre un obstacle aux ravages de la peste.
Élu chef des expulsés. Moïse emporta les vases sacrés des Égyptiens qu''il avait volé, mais qu'il fut obligé de leur rendre, lorsqu'ils les réclamèrent les armes a la main. Moïse reprit le chemin de Damas, sa patrie et se reposa pendant quelques jours près du Mont Syna , à cause des fatigues que le peuple avait eu à endurer pendant les sept jours qu'ils mirent à traverser le désert d'Arabie et pendant quel temps ils furent privés de nourriture. Il consacrait pour les siècles à venir le septième jour, qui
selon les coutumes juives est appelé Sabbath , parce que ce jour avait mis un terme a leur faim et afin qu'ils ne vivraient plus ensemble avec des étrangers dans l'avenir, en se souvenant qu'ils avaient été cirasses de TEgypte par la crainte qu'ils communiqueraient la contagion."
Nous voyons que Justin , lui aussi , consulte Josèpbe ou Manetboos, mais garde le silence au sujet des Hyksôs en désignant Moïse comme le cbef des lépreux.
Tacite * se trouve à la même bauteur des connaissances bistoriques; il cite les mêmes événements, mais modifiés cà et là, à sa manière. Son dernier livre de l'bistoire commence par le récit de l'expédition de Tite en Palestine et la conquête de Jérusalem. En traitant cette matière, il entre aussi en quelques détails au sujet de cette ville et de son origine et cite plusieurs dérivations du nom du peuple qui l'babite et entre autres celle-ci : „Da temps qu' Isis possédait la souveraineté de FEgypte, une grande partie d'un certain peuple qui s'était accru considérablement peu a peu, aurait émigré, ^ous la conduite de deux cbefs, Hiérosolyme et Judée. Selon d'autres , ce peuple serait descendu d'une nation qu' Homère avait déjà connu, les Solymi, qui bâtirent une ville qu'ils appelèrent, d'après leur propre nom Hierosolyma. Toutefois , les bistoriens les plus dignes de foi déclarent unanimement, qu'a une certaine époque, une épidémie désola l'Egypte entière et fit dépérir tout bomme qui gagnait la maladie; que le roi Ocboris consulta l'oracle d'Ammon , qui lui ordonna de purger son royaume et de cbasser cette nation impure, comme les disgraciés des dieux. Tout ce peuple fut donc rassemblé et. banni du pays, puis cbassé vers des lieux déserts ce qui les rendit
tristes et désespérés. Mais Moïse, un des bannis, parla à ce peuple en lui disant, qu'il ne fallait plus espérer de secours ni des dieux ni des hommes , mais qu'ils n'avaient qu'à mettre leur confiance en lui comme dans un messager divin. Les tribus l'acceptèrent comme tel et entreprirent sous sa conduite une excursion incertaine, sans savoir où ils allaient. Ce qui leur manquait le plus pendant leurs courses, c'était de l'eau pour boire, mais un jour on vit paraître un troupeau d'ânes sauvages qui s'avancèrent vers un rocber au pied duquel se trouvait un bosquet ombragé et Moïse en les y suivant trouva de l'eau en abondance.
Après six jours de voyage ils arrivèrent en Judée, y bâtirent une ville et un temple et chassèrent les habitants. Moïse donna de nouvelles lois , tout à fait opposées à celles des autres peuples. Bs regardent comme sacré, ce qui chez nous est réputé profane et de cette manière ils ont consacré dans l'intérieur de leur temple l'image de l'animal qui les à sauvé autrefois , quand ils se trouvèrent errants dans le désert et succombèrent , de soif." Nous trouvons ainsi le récit de Tacite tout a fait en accord avec ceux de Justin , de Diodore et de Manethoos , mais ce dernier seul est la source originale oii tous les autres ont puisé, quoique les différents historiens aient orné leur récits en les entremêlant de plusieurs légendes. Chaque écrivain a sa manière particulière de reproduire l'histoire et ces particularités mettent toujours hors de doute , le rapport qui existait entre la Palestine et l'Egypte.
Il nous est impossible de décider si les écrivains Romains ont connus et consulté d'autres sources que Diodore , Josèphe et Manethoos , bien que le cachet original
qui les caractérise tous, puisse donner lieu a le croire. Les accuser d'avoir agi arbitrairement , trancherait la question d'une manière facile mais sans toutefois la résoudre'. Nous nous contenterons pour le présent d'établir la thèse : (^ue les Eomains ont eu connaissance des rapports qui existèrent entre les tribus de la Palestine et de l'Ég^Tte.