LES ÉGYPTIENS
L'étude des traditions Égyptiennes trouve pour ses recherches un fonds de documents authentiques, comme nul autre peuple de l'antiquité n'a légué aux générations. ■ Les habitants de la vallée du Nil enregistrèrent les événements historiques qui se passaient parmi eux, soit qu'ils en taillèrent le récit dans le granit ou dans le calcaire des rochers, livres impérissables dont nous pouvons encore
de nos jours feuilleter les pages imposantes , soit qu'ils les inscrirent sur les feuilles du papyrus , dont plusieurs rouleaux de grandeur différente soigneusement cachés dans des urnes, nous ont été conservés, souvent intactes et comme étant écrits d'hier.
Nous possédons ainsi l'histoire rapportée de deux manières différentes mais contemporaines. Impossible d'avoir des bases plus solides pour ériger l'édifice de l'histoire.
Outre ces monuments antiques nous possédons encore un fil conducteur dans les méandres historiques, dans les écrits attribués à Manethoos de Sébennyte ^ qui vécut du temps de Ptolemée Philadelphe et appartenait à une famille sacerdotale. Il fit l'histoire de sa patrie en décrivant les 30 djTiasties qui se succédaient au pouvoir suprême et fit usage pour ses recherches des monuments de pierre et des livres des prêtres.
On a beaucoup discuté sur l'authenticité de ses écrits , mais on peut considérer a présent les récits de Manethoos comme fondés sur des bases solides et les monuments qui existent encore en sont les preuves irrécusables. Lepsius dans son „Kônigsbuch" a fait revivre Manethoos. * H a comparé les différentes chronologies Égyptiennes de plusieurs historiens de l'antiquité qui sont arrivés jusqu'à nous. Il y a ajouté les noms des rois que l'on a trouvé sur les monuments qui datent de différentes dynasties. Maintenant, avec un peu de connaissance des hiéroglyphes Egyptiennes, chacun peut faire la comparaison qui prouve en général l'exactitude de Manethoos.
Dans le chapitre précédant nous avons démontré que les Phéniciens possédaient des traditions d'une fondation très réculée de colonies Egyptiennes et que le témoignage
de quelques monuments rendent ce fait très probable. Yoyons à présent ce que nous en trouvons mentionné par l'hiérogrammate de Sébennyte; examinons si Tarrivée des Phéniciens lui a été connu et ce qu'il nous en communique , confrontons ensuite son récit avec les monuments afin de constater la réalité de ce fait historique.
Nous lisons chez Manethoos : ^ ^Pendant le règne du roi Amuntimaûs, il arriva que Dieu était irrité contre nous pour des causes que j'ignore et l'on vit arriver des hommes de basse extraction, maîtres vaillants qui envahirent le pays et s'en rendirent maître sans peine et sans combat. Et quand ils avaient assujetti les princes ils brûlèrent les villes et démolirent les temples ; ils se montrèrent très cruels envers les habitants qu'ils massacrèrent ou en firent des esclaves, sans en excepter les femmes et les enfants. Ils choisirent un roi d'entre eux qui s'appelait Salatis. Ce prince qui habitait Memphis levât des impôts dans tous les lieux et mit des garnisons dans les places fortes. Cette mesure fut prise pour rendre plus formidable la frontière orientale, car il redoutait une invasion des Assyriens qui étaient très puissants. H trouva un endroit situé à l'est de la branche du Nil Bubastique, que l'antique théologie appelait Avaris. Il rebâtit cette ville , l'entoura de murs épais et y plaçait un garnison de 240,000 hommes.
Après lui régnèrent Béon Apachnas, Apophis, Annas et Assis. C'étaient les six premiers rois. Us fixent continuellement la guerre et voulurent exterminer les Égyptiens. Cette tribu étrangère est appelée les Hyksôs , ce qui signifie princes-pasteurs ; Hyk veut dire dans le langage sacré Roi et Sôs , Pasteur , ce qui réuni
donne Hyksôs. H y en a qui prétendent que ce furent des Arabes et dans un autre document on trouve une autre signification donnée à ce mot. Là Hyk est traduit en prisonnier ce qui parait aussi plus vraisemblabe à Josèpbe. — Ces rois et leurs successeurs , raconte Josèpbe , se sont maintenus dans la possession de l'Egypte pendant 511 années, lorsque le roi Mepbrathutmosis leur fit la guerre et les chassa de TEgypte. Enfermés dans un endroit appelé Avaris , où selon Manethoos tous les trésors des pasteurs étaient, entassés, Tbutmosis fils de Mepbratbutmosis se décida à prendre cette place forte par la force et il attaqua ses remparts avec 480,000 guerriers ; mais comme il commença à douter de la réussite de l'entreprise , il leva le siège sous condition qu'ils quitteraient l'Egypte avec sauf-conduit pour un endroit qu'ils pussent choisir. Ceci étant accepté, ils prirent avec leurs familles , leurs trésors et 240,000 guerriers, le chemin qui mène à la Syrie en traversant le désert et de peur pour la supériorité de la puissance des Assyriens, qui régnaient à cette époque en Asie, ils bâtirent dans le pays qui porte à présent le nom de Judée, une ville assez grande pour renfermer tant de milliers d'hommes , qu'ils nommèrent Hiérosolyma."
Toilà le contenu du vieux fragment qui traite une partie de Tancienne histoire de TEgypte, qui a été l'objet de recherches sérieuses et dont les opinions sont très différentes. On a discuté beaucoup sur Tépoque à la quelle l'invasion des tribus étrangères a eu lieu, on diffère sur la manière d'écrire les noms de leurs rois et on est allé même jusqu'à considérer cet événement comme une fiction de Manethoos , composée d'après le récit de l'auteur de la Grénèse. *
Ce qui explique cette diversité d'opinions contradictoires, c'est que les monuments que l'on possédait alors ne fout aucune allusion au fait important de Finvasion et de la domination étrangère ; mais depuis on a découvert d'autres monuments qui répandent assez de jour sur ce sujet pour résoudre cette question. Yoyons d'abord quels sont les noms de ces princes; en confrontant les listes des rois nous trouvons pour la quinzième djoiastie :
Josèphe. djn XY. Joseph. Arm. XV. Africanus. XY. Sotliis. XXI.
Salatis.
Silitis.
Saites.
Silites.
Beon.
Banon.
Bnon.
Baion.
Apachnas.
Apaclman.
Pachnan.
Apachnas-
Apophis.
Aphosis.
Aphophis,
Annas ou Jannas
. Annan.
Assis.
Aseth.
Archles.
Sethoos.
Aphobis.
Kertoos.
Eus. Arm.
XYII. Eus. sync.
, Scbol. Platonis. XYII.
Saites.
Saites.
Saites.
Bnon.
Bnon.
Aphophis.
Bnon.
Archles.
ArcUes.
Archles.
Apliophis.
Aphophis.
L'examen des différentes listes donne à peu près le même résultat, seulement la place qu'occupe dans la série d'Africain le nom d' Aphobis, doit nous étonner. M. Lepsius dit à ce sujet : „ Josèphe est le plus ancien auteur qui a donné des extraits de Manethoos et Africain diffère de lui en deux endroits. Il place le nom d' Aphobis en bas de
la liste d'où suit la seconde différence, qui consiste dans l'irrégularité des années. Dans les années qui marquent le règne de Pachnan, on trouve la preuve qu' Apliobis a occupé autrefois chez Africain une autre place et bien celle qui est la quatrième en dessous de Salatis/* "
Dans le grand papyrus de Turin, qui contient les listes des rois ^, on chercliait vainement les noms que nous avons cité et l'on se perdait en conjectures poui' expliquer cette omission.
Depuis quelque temps cela s'est éclairci. Devéria"^ a trouvé parmi les restes du papyrus royal un petit fragment , le n". 112, sur lequel se trouvent les noms Annub . . , Ap et . . . Ap , le reste de ces noms est illisible.
Toutefois la trouvaille était importante , surtout lorsqu'on avait découvert que la traduction Arménienne de Josèpbe donnait aussi la lection Anon pour Bnon. ® El est donc plus que probable que la liste de Manethoos soit historique. Nous lisons ainsi pour la quinzième dynastie les noms suivants : Salatis , Annub ou Beon, Apachnas, Apophis, Annas et Assis. Ce n'est pas seulement la question des noms qui a été mise dans un jour plus clair, l'origine aussi des étrangers à gagné en certitude.
Selon Manethoos c'étaient des gens obscurs, de simples pasteurs , qui venaient de l'orient , soit de la Palestine , soit de l'Arabie. ' Africain les considère comme des Phéniciens. ^^ Plus loin les investigations ne purent être poussées, faute de preuves recueillies dans des monuments de pierre ou de papyrus. Plus tard ces monuments indispensables sont trouvés. Le papyrus Sallier I est le principal monument historique. Les efforts de M. de Rougé et de M. Brugsch ont été couronnés de résultats
brillants qui ont jeté une nouvelle lumière sur ce temps si obscur. Yoici la traduction de ce monument: „I1 arriva que l'Egjpte tomba dans le pouvoir des rebelles et personne n'était roi dans ce temps là. Voila ! le roi Easkénen n'était que régent suprême de la haute Egypte. Les révoltés séjournaient en Héliopolis et leur cbef Apepi (Apopliis) dans la ville Ha-uar (Avaris). Tout le pays se montrait devant lui avec des présents, il se mettait entièrement à son service et lui fournissait les meilleurs produits du pays." *^
ApopMs régnait ainsi sur la basse Egypte , pendant que le pouvoir sur la haute Egypte se trouvait dans les mains de Easkénen. L'auteur du papyrus appelé les étrangers des rebelles , qui tenaient dans leur pouvoir tout le pays de la Delta sous le 4' roi de la 15' dynastie de Manethoos. Outre ce papyrus, il y a encore un monument qui confirme ce témoignage en la donnant encore de l'extension. Sur le tombeau d'Ahmès se trouve une inscription ", dont M. de Eougé a donné une traduction partielle. Nous y lisons selon lui: „Le supérieur des nautoniers Ahmès, dit : lorsque j'ai fait mes transformations dans la place d'Elytheia , était mon père commandant du navire du roi des hautes et basses régions, Easkénen le justifié." Plus loin nous lisons qu'il y eut lieu un combat dans les eaux de Petetka ou de Tetku près d'Ha-uar (Avaris) *^. Dans ce combat Ahmès excellait par sa vaillance et pour le récompenser de sa bravoure, il reçut un collier d'or du roi. Mais la guerre n'était pas terminée encore, car quelques lignes plus loin nous lisons qu'un second combat est livré , dans lequel le courage d'Ahmès reçut de nouvelles louanges '* et après un troisième , nous le voyons qui
prend part à la prise de Ha-iiar. ** Ce-ci se passait dans la troisième année du règne d'Ahmès , premier roi de la dix-huitième dynastie. '^ L'inscription conclut par annoncer que sa majesté finit par exterminer ^"^ les pasteurs ou Mena. A présent nous sommes en état de faire les conclusions suivantes.
En comparant les deux monuments avec le fragment de Manethoos , nous voyons que les rebelles ou les pasteurs ont possédé pendant quelque temps TEgypte et que leur capitale fut Avaris. Easkénen le roi de la haute Egypte, leur fit la guerre, mais ce fut son successeur Ahmès ou Amosis qui réussit à les expulser dans la troisième année de son règne. Le récit de Manethoos qui raconte que ce fut Thutmosis qui exécutait cette expulsion, n'ôte rien à la véridicité des monuments, mais cela prouve simplement que Manethoos était mal informé , ce qui peut s'expliquer peut-être par le fait que Thutmosis est souvent cité comme expulsateur et vainqueur des tribus orientales de l'Asie. H se peut aussi que les étrangers ne fussent pas tout a fait vaincus ou chassés par Amosis, mais seulement subjugués.
Plus loin nous reviendrons sur ce chapitre et nous dirons à présent deux mots concernant l'origine des étrangers. Presque toujours les peuples Asiatiques sont désignés sur les monuments comme les habitants du pays de Heth ou Chet et plus tard on attachait à ce nom un certain mépris.
Il y a quantité de monuments qui font mention du peuple Chet, qui y est représenté comme des esclaves enchaînés qui présentent le type Asiatique très prononcé; nez courbé, arcade zygomatique proéminente et barbe
touffue^ ce qui les distingue au premier abord de l'Égyptien parfaitement rasé.
Les Israélites trouvèrent les Chittim en Canaan lors de leur arrivée dans ce pays ^^ et les Philistins étaient connus de très bonne lieure comme les fils de Cbet ^^. Ceux-ci habitaient près de la frontière de l'Egypte , ce qui sans doute donna lieu à quelques rapports entre ces deux peuples depuis un temps immémorial ^ de sorte qu'il n'est pas étonnant de trouver désignés sous ce même nom plusieurs tribus différentes, qui entrèrent successivement en Égj^pte , soit avec des intentions ])aisibles , soit pour des motifs hostiles. Les Hyksôs, selon toute apparence, furent un mélange de peuplades Palestino-Phéniciens , qui ont été pendant quelque temps les maîtres de l'Égj'pte. Les relations qui existaient entre ces deux tribus , prouvent évidemment que les Palestiniens en firent partie.
H est très remarquable que nous lisons que Hébron fut bâti sept années avant Zoan en Egypte. ^^ Hébron fut appelé autrefois Kirjath-Arba (ville d'Arba). Selon Josué Arba fut l'homme gigantesque parmi les Énacites. ^ ' H y eut donc quelque rapport entre Zoan et Arba, qui peut fixer les différentes époques de la fondation de ces deux villes. Zoan est identique à Avaris , comme il à été prouvé depuis peu. ^- On a beaucoup discuté sur l'emplacement juste de cette ville et c'est aux fouilles nouvellement pratiquées dans le petit village de San , nommé Tanis par les Grecs , que nous devons la certitude que cet endroit et Avaris sont parfaitement identiques. -' Déjà Champollion considérait Avaris identique à Tanis après qu'il eût déchifré les hiéroglyphes d' Avaris écrites comme Tan ^* et M. de Eougé nous a démontré tout récemment que Zoan est la
traduclion Hébraïque de Ha-uar, mots qui tous les deux signifient départ. Josué aussi cite un endroit du même nom , mais écrit au pluriel Zoanim. ^*
Cependant San ne se trouve pas situé à ^endroit que Manethoos nous indique comme le lieu où se trouvait Avaris , mais il parait que l'on se trompe aussi quant à la situation de Pélusium; d'ailleurs il n'y a rien qui en fait de preuves, saurait remplacer les monuments.
Tanis ou San ou Ha-uar est situé au bord du lac Serbo, qui comme plus tard le bras du Kil Tanitique, ne jouit pas d'une bonne renommée ^® à cause du séjour des Hyksôs dont on a trouvé des monuments dans ces lieux. Il y a en premier lieu les quatre Spbynx de San. *' Nous remarquons de suite la différence qui existe entre ceux-ci aux physionomies sémitiques et les Spbynx Egyptiens véritables. M. de Êougé ^^ en donne cette description : „Les yeux sont petits , le nez vigoureux et arqué en même temps que plat, les joues sont grosses en même temps qu'osseuses, le menton est saillant et la bouche se fait remarquer par la manière dont elle s'abaisse aux extrémités. L'ensemble du visage se ressent de la rudesse des traits qui le composent et la crinière touffue qui encadre la tête , dans laquelle elle semble s'enfoncer , donne au monument un aspect plus remarquable encore."
Les inscriptions qui se trouvent sur ces quatre Spbynx sont très difficiles à déchiffrer. H est probable qu'ils ont figuré devant le temple érigé par Apophis, dont nous parlerons plus loin, et dans ce cas ils ont été nommés d'après le nom de ce roi.
Outre ces Sphynx il y a trois statues de rois appartenant à la treizième dynastie. Les inscriptions que l'on
y trouve sont de date postérieure et originaires des rois pasteurs. La première statue est celle de Ea-smenkhka *' et porte le nom d^Apophis que celui-ci fit tailler dans la pierre. Cette statue après avoir été découverte ^*, a été une seconde fois enfoncée dans le sable. Le pendant de celle-ci est la statue de Séveklioteph. III, qui se trouve au Louvre '^ et la troisième est celle connue sous le nom de Colosse de Tel-mokdam ^^ pourvue d'une inscription de Menephtali et d'un roi Hyksôs du nom Sutechti. ^^
Nous possédons ainsi une collection de monuments de la treizième dynastie qui sont aussi des. témoignages de la quinzième , puis de véritables monuments de Hyksôs , que Fon ne connaissait pas il y a quelques années.
Le Louvre en possédait bien un seul ^'* mais ce n'est que depuis peu de temps, que l'on à pu y découvrir le nom d'ApopMs. '*
Tous ces monuments intéressants ont jeté beaucoup de lumière sur une partie bien obscure de l'histoire. Ils nous ont fait connaître l'époque de l'arrivée des tribus étrangères et c'est par eux que nous savons que le règne de la treizième dynastie n'a pas été troublé par des invasions.
Ce sont les documents d'origine Egyptienne toute pure , qui se trouvent dans les musées du Louvre et de Leide ^^, qui nous l'assurent. M. Lepsius et M. Bunsen sont d'avis que la prise de l'Egypte eut lieu pendant que la douzième dynastie était en pouvoir , bien que M. de Eougé eût démontré que le Colosse de Sevekhotepb III est d'un style Égyptien des jjIus purs et que cette statue avait été trouvée selon M. Mariette dans la basse Egypte, oii les tribus étrangères avaient régné. Toutefois le fait que nous possédons trois monuments de la Basse Egypte , tous du temps de la
treizième dynastie, prouve évidemment que l'invasion des pasteuis n'a pu avoir lieu avant que la quatorzième dynastie régnait sur TEgj^tej mais il y a plus encore.
Selon le récit de Manethoos les Hyksôs dévastèrent tout par feu et par armes , démolirent les temples et exterminèrent tout ce qui s'appelait Egyptien. Il est possible que Salatis fut un oppresseur, mais il est certain aussi qu'Apophis ne s*est pas rendu coupable de semblables violences , témoin les monuments qui ont été conservés des dynasties antérieures et les statues des Pharaons que l'on a laissé intacts et leurs inscriptions respectées. Ce sont là des preuves irrécusables que les Hyksôs n ont pas tout détruit , mais qu'ils ont au contraire accepté, en partie du moins , la religion Egyptienne et qu'ils ont écrit dans l'idiome de ce pays. Il est donc plus que probable que Manetboos s'est laissé induire en erreur ou bien que Fantipatbie contre la domination des étrangers fut la cause que son coup d'oeil n a pas été impartial sur ce fait de l'histoire , prévention assez expliquable d'ailleurs , chez le prêtre de Sébennyte.
En résumant ce qui précède nous arrivons au résultat que pendant le règne de la quatorzième dynastie , une invasion de tribus Palestino-Phéniciennes a eu lieu en Egypte. Ces tribus plus généralement connues sons le nom de pasteurs du pays de Chet ou les Hyksôs, possédèrent la Basse Egypte, s'assimilèrent les moeurs Egyptiennes, pratiquèrent le culte Egyptien, écrivirent l'idiome Egyptien et habitèrent la place forte Avaris, ce qui traduit en Hébreu signifie Zoan. Us y régnèrent environ 417 années, depuis l'an 2101 jusqu'à 1684 av. n. ère selon la chronologie de M, liepsius, lorsqu'
àmosis les chassa. La quatorzième dynastie est appelée celle des Choites, originaire de Chois (Delta occident). Il est très probable que cette dynastie, comme l'indique M. Robiou, a règne en même temps que les Hyksôs , d'où suivrait que dans la succession des règnes , la quinzième dynastie suit immédiatement la treizième. ^"^ Sur ce départ nous dirons encore quelques mots.
Manethoos nous communique que le successeur de Mephratuthmosis avait assiégé Avaris et que les pasteurs s'étaient éloignés après avoir rendu la ville à certaines conditions; qu'ils avaient traversé les déserts de Syrie et s'étaient établis en Judée oii ils bâtirent la ville d'Hiérosolyma ou de Jérusalem. ^® Après l'expulsion des pasteurs par Thutmosis , comme le raconte Manethoos , une série de rois se succéda jusqu'à x\.menophis, dont on rapporte ce-ci : H voulut , à l'exemple de son ancêtre , voir les dieux et quand il eut exprimé ce désir, il reçut la rér ponse qu'il serait exaucé sous la condition qu'il purifierait tout le pays des lépreux et des autres gens impurs.
Le roi enchanté de cette réponse, ordonna immédiatement que tous ceux dans le pays qui seraient trouvés ayant quelque mal physique , seraient rassemblés. La multitude réunie de cette façon , compta huit myriades d'hommes , que le roi fit conduire aux carrières qui se trouvaient au côté oriental du Nil , pour y travailler tout comme les ouvriers destinés spécialement à ce genre de travail.
Parmi les lépreux bannis se trouvèrent quelques prêtres très érudits. Amenophis fils de Paâpios, sage et prophète, qui portait le même nom que le roi , craignant que la' colère des dieux serait excitée par la violence infligée aux
prêtres, prévit que l'on verrait arriver des gens qui délivreraient les lépreux pour régner ensuite pendant treize années sur TEgypte, mais ne se sentant pas le courage de le dire au roi de vive voix , il l'écrivit. Le roi saisi d'épouvante écrivit sans tarder, littéralement ceci: „Parce que ces gens ont travaillé depuis longtemps dans les carrières, on a prié le roi de leur indiquer un endroit pour se reposer et spécialement qu'il leur serait donné une ville sans habitants qui a appartenue autrefois aux pasteurs et que Ton appelé Avaris. Le roi veut bien leur accorder cela."
Selon les anciens théologiens, la ville en question est un lieu Typhonique, c'est à dire, appartenant au malin esprit.
Quand les lépreux étaient entrés dans la ville et s'y étaient établis de manière qu'ils pouvaient prendre l'offensive, ils choisirent comme conducteur ou chef, certain Osarsiphos , prêtre de Héliopolis , auquel ils prêtèrent serment d'obéissance absolue.
Celui-ci leur donna une loi qui contenait qu'ils ne se prosterneraient plus devant les dieux des Égyptiens et qu'ils ne s'abstiendraient plus de se servir des animaux considérés comme saints par les Egyptiens ; qu'au contraire ils étaient autorisés de les tuer et de se nourrir avec leur chair, n'étant plus liés à quoi que ce soit qui ne fut compris dans le serment.
Cette affaire arrangée et après avoir pris quelques autres mesures, toutes opposées aux moeurs Egyptiennes, le législateur fit rebâtir les murs de la ville par une grande partie du peuple et se prépara à la guerre contre Amenophis. Il manda ensuite quelques prêtres et quelques
lépreux qu'il envoya aux pasteurs expulsés par Thutmosis et qui habitaient Hiérosolyma. Après avoir raconté le traitement infâme, subi par lui-même et ses sujets de la part du roi d'Egypte , il leur fit la proposition d'arranger ensemble une expédition contre l'Egypte. Il s'engagea à leur ouvrir d'abord les portes d'Avaris , leur ancienne patrie et de leur procurer en abondance tout ce dont ils auraient besoin; il promit de se mettre à la tête des combattants , si on le désirerait , tout en leur persuadant que la victoire serait remporté facilement. Les pasteurs épris de cette proposition, se hâtèrent de rassembler 200,000 guerriers, avec lesquels ils arrivèrent peu après à Avaris.
Quand le roi Amenophis apprit la nouvelle de cette invasion, il en fut tout découragé, se rappelant aussi la prédiction du fils de Paâpios. H convoqua le peuple et tint conseil avec les principaux. Il fit venir les animaux sacrés et en premier lieu ceux que l'on adorait dans les temples ; il ordonna aux prêtres de cacher soigneusement les images des dieux, tandis qu'il cacha son fils Séthos âgé de cinq ans, chez un ami. Lui-même partit à la tête de 300,000 des meilleurs guerriers pour Memphis, sans tacher de rencontrer les ennemis, emporta de cette ville .... Apis et les autres animaux sacrés et se rendit ensuite en Ethiopie avec tous ses vaisseaux et grand nombre d'Égyptiens.
Le roi de l'Ethiopie l'accueilla cordialement, lui et son peuple et pourvut à leur subsistance. Il prit aussi les mesures nécessaires pour le séjour de treize années , temps fixé pour l'exil fatal de tout ce monde et fit partager entre eux des villes et des villages. Enfin il place son armée commç sanve garde pour Amenophis et les siens,
Les Solymites réunis aux lépreux entrèrent en Egypte, où ils maltraitèrent les vaincus à un tel point que ceux qui furent les témoins de leurs cruautés les appelèrent les plus vils des usurpateurs. Ils brûlèrent les villes et les villages , commirent des actes sacrilèges en démolissant tout ce qu'ils trouvèrent de statues et d'images des dieux. Ils tuèrent les animaux sacrés auxquels on rendait des honneurs divins et en rôtirent les chairs , ils contraignirent les prêtres d'en verser le sang avec leurs propres mains , après quoi ils jetèrent ceux-ci tout nus dehors.
L'on prétend que le fondateur de ce nouvel état fut prêtre et législateur originaire d'Héliopolis (On) et portait le nom de Osarsiphos ce qui veut dire «appartenant au dieu Osiris'^ (divinité qu'on adora a Héliopolis) mais qu'il changea ce nom en celui de Moïse , lorsqu'il passa dans ce peuple étranger. Plus tard Amenophis retourna de l'Ethiopie avec grand nombre de guerriers , tandis que son fils Eampsès (autre nom pour Séthos) avait de son côté rassemblé une armée aussi. Contre ces forces réunies les pasteurs et les lépreux s'allièrent , mais ils furent vaincus et les Égyptiens après avoir tué nn grand nombre d'étrangers les ont poursuivi jusqu' aux frontières de la Syrie."
En résumant les traits principaux de l'histoire de Manethoos, nous obtenons le résultat que les Pasteurs firent une invasion en Egypte , se soumirent ce pays et bâtirent la ville d'Avaris. Ils furent chassés ensuite par Amosis dans la troisième année de son régne. (Le départ des pasteurs eut lieu selon Manethoos en vertu de certaines conditions accordées aux vaincus et pendant le règne de Thutinosis.) Ils se rendirent en
Syrie oii ils bâtirent la ville cVHiérosolyma. Il y avait encore un antre tribu connu sous le nom de tribu des impurs ou des lépreux auquel fat donné la ville déserte d'Avaris. Après avoir été opprimés pendant un certain temps, ils s'y établirent, devinrent puissants, contractèrent une alliance avec les pasteurs et conquirent FEgypte. Plus tard Amenopliis et son fils Eampsès âgé de dix-huit ans, les cbassérent à leur tour et les poursuivirent jusqu^en Spie.
Plusieurs monuments nous ont été conservés du temps des conflits avec les tribus étrangères. Ils se succèdent de la manière suivante : Le tombeau d'Ahmès ; ^^ le stèle de Tlioutmès,*" les monuments d'Amenopbis III et celui d'Ibsamboul où. l'on trouve le récit de la bataille que Kamses Meiamun livra aux Ohets , jusqu' aux moindres détails. Nous y lisons qu' Abmès chasse les Chets dans la troisième année de son règne et que Thoutmès III, le premier roi de la IS"" dynastie *', poussa ses conquêtes jusqu' en Syrie. Amenophis III étendit son royaume jusqu''a Naharain *^ (Mésopotamie). Eamses Meiamim les soumit à son tour et conquit aussi une partie de l'Asie. *' Menephta ** et son successeur Séthos ** poursuivirent ces conquêtes. La vingtième dynastie, celle des Ramessides ne livra pas tant de batailles. *^ Enfin pendant le règne de la 21""" dynastie, l'ancienne Avaris fut rebâtie sous le règne des Tanites. "
H nous est impossible de fixer avec certitude l'époque de l'expulsion des Hyksôs , parce qu'il parait que plusieurs rois se sont alliés à ce peuple et qu'il se peut qu'ils n'ont pris la fuite qu'en partie , ou bien que ce soient les guerriers seulement qui ont été chassés. Nous trouvons ensuite qu' Amosis mit une fin à la guerre avec les habitants
d'Avaris , mais aussi que plus tard cette vdlle fut rendue aux tribus opprimée?, tandis que celles-ci s'allièrent aux Hyksôs expulsés et reconquirent l'Egypte. H nous reste des monuments qui datent de la réconciliation d'AmenopMs avec les Ethiopiens. **
Quand nous demandons maintenant, ce qu'il y à dans tout ce qui précède de vraiment historique , il me semble que l'on peut établir comme tel , les événements suivants : Pendant la troisième année du règne d^Âhmès, roi d'Egypte, Avaris à été prise et ses habitants chassés jusqu'à Sharihéna ou la plaine de Saron. ** C'était vers l'an 1681 av. n. ère. Amenophis fit encore une fois la guerre, mais selon M. de Eougé, ce fut contre d'autres tribus de pasteurs. "
Thoutmès étendit ses conquêtes jusqu'en Mésopotamie, d'où il suit que les tribus furent ou chassées ou soumises et peut- être alliées. Cette dernière supposition est la plus vraisemblable, parce que nous savons que Eamses leur fit de nouveau la guerre.
Ce n'est donc qu'une partie qui fut chassée; jusqu' ici nous ne possédons qu'un seul monument qui a rapport à cet événement. C'est un petit Sphynx à la tête de lion et portant le nom d'un roi Hyksôs. H a été trouvé sous un vieux mur à Bagdad et fait partie aujourdhui de la collection de M. de Saint Sauveui". Devéria en à donné une notice et selon lui le nom du roi est Ea-setnoub. ®'
n est probable que ce monument à été emporté par les fuyards , bannis d'Avaris ; toutefois le bannissement du peuple tout entier , n'en reçoit pas un témoignage irrécusable.
Il n'y à pas longtemps que M. Mariette a trouvé dans les environs des fouilles de Tanis , des hommes habitant à
Mensaleh, dont la physionomie présente le type sémitique tout à fait semblable a celui que l'on rémarque sur les monuments des Hyksôs, H déduit de cette découverte la conséquence intéressante : „que les descendants des pasteurs habitent encore de nos jours aux bouches du Nil/' "*