XVI PREFACE DU TRADUCTEUR
lit. A plus forte raison, si la formule première a été compliquée à dessein, si l'on s'est ingénié à traduire un événement d'observation courante en devinette plus ou moins bizarre : o il plonge dans l'eau et ne peut pas boire », c'est le reflet du soleil dans une flaque, et c'est le noyau du mythe de Tantale.
Pour, les ethnographes, habitués à porter leurs regards sur toute l'étendue du globe et à y retrouver dans toutes les races qui le peuplent un fonds de croyances analogues, — croyances aux esprits des morts, aux démons des arbres et des sources, aux incantations de magie blanche et noire, — le mythe n'est dans la religion qu'un élément adventice, et la religion elle-même qu'une survivance de ces antiques terreurs ; car il est bien certain que tous les civilisés ont commencé par être des sauvages . Dès lors, le tabou, ou ensemble d'interdictions injustifiées que frappe une sanction mystérieuse et effroyable, n'est pas restreint à la seule Polynésie ; le totem, ou croyance à la descendance animale de l'homme, passe bien par delà les pauvres Peaux-Rouges disparus qui nous ont légué son nom; et il devient légitime de créer le mot « totémisme » pour désigner une sorte de superstition systématisée, dont on recherchera les traces dans les institutions et les doctrines religieuses des Sémites, des Hellènes et des Hindous. D'expliquer ces absurdités primordiales, il n'en saurait être question : ce sont des faits constatés et qui s'imposent ; il suffit^ .
La vérité n'est pas simple : ni l'un ni l'autre sys-
1. Les deux ouvrages où les arguments de ces deux écoles s'opposent avec le plus de netteté sont : A. Lang, Mythes, Cultes et IieU//ion, trad. Marinier, 1896; M. Mûller, NouceUes Études de mytholofjie, trad. Job, 1898; tous deux de la Bibliothèque de Philosophie contemporaine,