XIV PREFACE DU TRADUCTEUR
la bûche nouvelle : il regarde venir la vache laitière Aurore; comme de jeunes oiseaux prennent l'essor vers une branche, les rayons se coulent au sommet de la voûte céleste. » (R. V. V. 1. 1.)
(( O Rudra, celui qui s'approche à la dérobée et cherche à t'assaillir, tu le tournes, tu le rejoins par derrière^. comme la trace de sang qui suit un blessé.» (A. V. XL 2. 13.)
« Quand la pierre dressée bruit et vous parle, la sainte pierre du pressoir, ô jumeaux splendides, puissent les libations du prêtre vous amener à nous!» (R. V. VII. 68. 4.)
(( Votre magie, ô Mitra et Varuna, réside au ciel ; le soleil marche, arme étincelante; mais vous l'enveloppez de la nuée humide, le ciel est désert, et alors Parjanya déchaîne ses ondées de miel, » (R. V. V. 63. 4.)
Et, puisque le nom du dieu des tempêtes est venu sous ma plume, comment ne rappellerais- je point qu'un des hymnes qui lui sont adressés (R. V. V. 83) est tout autre chose et mieux qu'une série de tableautins: un tableau complet où le réalisme s'allie au lyrisme ; une saisissante peinture de la magnifique horreur de l'orage tropical' ?
Qu'on se représente, enfin, cette poésie servie par une versification qui n'est monotone que d'apparence, un rythme tantôt fougueux tantôt berceur, si soutenu qu'il emplit à lui seul l'oreille et l'esprit, à ce point qu'il m'est souvent arrivé, après avoir lu une page du Rig-Véda, de me demander ce que j'avais lu ; entraîné par le mouvementdela stance, j'avais cessé de prendre garde au sens des mots.
1. Voir les extraits qu'en donne l'auteur, p. 190; et lire un peu plushaut (p. 113) le superbe hymne à Indra qu'il cite in extenso.
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Mais, à suivre cette pente, on aurait tùt fait de s'égarer, de perdre de vue le but essentiel de sa lecture, ou de s'illusionner sur la valeur probante des documents, qui n'est pas toujours en raison directe de leur valeur littéraire. M. Oldenberg le sait bien, et maintes fois il se tient en garde, il nous prémunit contre cette erreur : il s'agit de distinguer, dans cette idéologie très spéciale, ce qui n'est que phraséologie, produit momentané de l'imagination individuelle d'un poète (p. 11), et de l'isoler du fonds authentique et permanent de la croyance générale; dans ce fonds, il faut reconnaître les parties anciennes et les couches postérieures incessamment surajoutées; il faut, en dernière analyse, l'antiquité de tel ou tel élément religieux étant dûment reconnue, le ramener, s'il se peut, à ses origines premières, et trancher à chaque fois le débat qui divise encore sur cette question épineuse, dont elles ne sont pas près de formuler la synthèse, les écoles rivales des mythologues et des ethnographes.
Il est à peine besoin de définir ces deux doctrines. Dans la première, la religion est née du mythe, et le mythe, de l'observation rudimentaire des phénomènes de la nature, de l'impression lentement gravée dans le cerveau humain par leur périodicité régulière ou leur déconcertante soudaineté, du langage dans lequel les hommes ont essayé de se communiquer ces émotions ou de s'expliquer ces mystères, des jeux d'esprit naïfs où ils se sont complu à leur sujet. A ce point de vue, une phrase aussi simple que « le soleil se couche » recèle en puissance tout un mythe, puisqu'elle peut s'entendre d'un personnage vivant qui s'étend sur un