‹ La religion du VédaChapitre 100 sur 380 · R. V. IV. 5. 4, VIII. 23. 14, etc · texte numérisé non relu

R. V. IV. 5. 4, VIII. 23. 14, etc

VARrXA DIEU DES EAUX 169

Mais cette face du caractère d"Agni ne saurait apparaître dans tout son jour qu'au prix d"une étude d'ensemble sur les idées morales du Véda ; et. par la même raison, il nous faut renvoyer à ce chapitre ultérieur une importante partie, la plus importante peut être, de notre étude sur Varuna et les -Ulityas. Nous retrouverons plus loin Varuna, ses espions et leur regard infaillible, sa colère contre les méchants, ses chaînes et ses embûches, et les adjurations de pardon et de miséricorde que langoisse inspire au cœur du pécheur.

\(U'vna (lien des eau.i'. — Un attriljut de X'aruiui fort accessoire aux temps védiques et depuis longtemps éclairci, ne mérite qu'une courte mention : c'est la relation qui l'unit aux eaux. Varuna ou, plus communément, le couple Mitra- Varuna fait pleuvoir ; ils comptent parmi les dieux qu'on invoque tout spécialement à cet effet : fonction tout naturellement dévolue aux deux grands rois du ciel, d'où nous vient l'ondée, et peut-être aussi conséquence lointaine de la croyance qui fait de la lune la dispensatrice de la pluie '. De cette logique primitive il va sans dire que les poètes védiques n'avaient plus conscience : encore leurs tours de phrase semblent-ils parfois en trahir le soupçon : « Elles, au milieu desquelles le roi Varuna circule épiant la vérité et l'injustice, les Eaux [célestes], qui font dégoutter le miel, qu^ brillent, qui se clarifient, puissent elles, les déesses, me bénir! » (K. V. VIT. 19. 3.) De plus, Varuna préside aux eaux, en tant que seigneur de l'ordre universel, puisque à ce titre il a frayé leur cours aux rivières.

Partant de là, on en vient à imaginer que Varuna s'enveloppe des rivières comme d'un vêtement (R. V. IX. 90.2). que les sept rivières l'acclament comme les vaches mugissent à leur veau, et qu'elles « s'engloutissent dans sa bouche comme dans un tuyau )) (VIII. 69. 11-12). Plus tard. Varuna, devenu vraiment le Poséidon de l'Inde, règne sur la mer ; mais il n'est pas jusqu'à cette idée qui ne figure déjà dans le

1. «Delà hme naît la pluie» Ait. Br. VIII. 28. 15. On parle aussi du «rayon solaire qui dispense la pluie» Çatap. Br. XIV. 2.\. 21.

170 VARUNA, MITRA ET LES ADITYAS

Rig-Véda ' (I, 161, 14) : « Au ciel marchent les Maruts ; sur terre, Agni; là-haut, à travers les airs, le Vent; par les eaux, les mers, marche Varuna. )) La stance est unique de son espèce ; mais c'est que la mer ne tient presque pas de place dans la poésie du Rig-Véda ; et d'ailleurs, d'une façon générale, la royauté aquatique de Varuna n'a pas à beaucoup près, aux premiers temps védiques, le caractère de constance et de décision que lui donnera la mythologie postérieure-. Comment ce caractère s'est développé, — soit, d'une part, que l'antique souveraineté de Varuna pâlit et s'effaçât devant l'avènement de divinités nouvelles, — soit, de l'autre, que le besoin d'un dieu de la mer s'imposât davantage aux générations subséquentes et trouvât où se j^rendre dans les attributs de Varuna, — c'est ce qu'on s'abstiendra de rechercher de plus près.

Aditl. — La mère des Adityas, qui portent son nom, la déesse Aditi, est, historiquement parlant, plus jeune que ses fils. ( 'eux-ci remontent à la phase indo-éranienne. tandis (ju'Aditi est visiblement, au moins dans ses traits essentiels, une déesse particulière à l'Inde, étrangère même, autant que nous en sachions, aux plus antiques traditions du culte. Le Rig-Véda ne la nomme que çà et là, dans des invocations où il l'associe presque toujours à ses fils, ou dans des stances de spéculation cosmogonique. Aucun hymne ne lui est spécialement adressé,

Aditi est une abstraction personnifiée. Son nom le dit assez : il signifie « le fait de n'être pas lié »; traduction approximative et plus simple, (( Liberté ». L'homme est sous la menace des liens du mal et de la faute ; ces liens

1. On peut même, je crois, y faire remonter la croyance à Varuna en tant que dieu causant l'hyilropisie. L'eau qui s'accumule clans le corps humain doit relever du roi des eaux de l'univers: cela est tout à lait dans l'esprit du vieux temps. Cf. Hillebrandt, Varuna, p. 63 S(i. Bergaigne le conteste (III, p. 155), à tort selon moi,

2. Ainsi un hymne relatif à l'emploi rituel des eaux, tel que R. V, X. 30, s'il eût été composé à une époque plus récente, ne se serait probablement pas lïornéàune brève mention de Varuna dans sa st. 1,

ce sont les Aditvas qui y président, c'est d'eux qu'il en implore la délivrance: on fut donc amené à concevoir une déesse, mère des Àditvas, (lui incarnât en elle lexistonee hbre de tous liens et en accordât la grâce au suppliant, une déesse à qui le captif pût dire : « Qm nous rendra à la grande \diti, afin que je puisse voir père et mère ? » (H. ^ • I- ~'i- 1-) \us.i invoque-ton Aditi en compagnie dautres déités libératrices (lui effacent les péchés. -.( O Agni, enflammé par notre hommage, parle pour nous à Mitra, à Varuna, a Indra : le péché que nous avons commis, pardonne-le-nous ; et dai-nent Arvaman et Aditi le détacher de nous! » - « Délivrez-nous de la u'ueule du loup, ô Adityas, comme un voleur enchaîné, ô Aditi. » - « Le lien den haut, ô \ aruna. enlève-le-nous ; laisse tomber celui d'en bas, dénoue celui du milieu, et puissions-nous, ù Àditya. en ta loi, être sans péché au regard d'Aditi ! ' »

Dans tous ces passages il est clair que la déesse joue le rôle qui convient à son nom. Elle évoque tout particulièrement ridée de (( l'absence de péché » % qu'on lui associe très souvent : « daigne Aditi nous créer innocence! » « que Mitra et Aditi, que le dieu Savitar nous proclame devant Varuna purs de péché «; une fois on lit « en absence de péché, en aditité' ». ou plutôt « en absence de péché, en liberté de [tous] liens ». mais avec jeu de mots évident surir terme « liberté » et le nom de la déesse. Aditi. enfin, est aussi celle qui délivre de l'angoisse (amhas), qui règne sur de vastes champs et de vastes demeures, qui embrasse un large espace et qui assure la sarratâti. lintégrité contre tout accident ; partout apparaît ce caractère de la déesse, antithèse du pouvoir asservissant du péché et du malheur.

1 R V VII 93. 7, VIII. 07. 1 1. I. 24. li,. Mot à mot, la liu «le la .Wriiié^e stance, « sans péch. v-nv Aditi .,, c'est-à-dire sans p.che, de farun (,ue la dée.sse libératrice nous octroie son don de liberté. Cl. côwnct, litiul.'.<ur le 7, lol Aditi. p. 9.

•> Entendre indiftéreuunent, soit «innocence», soit «absolution des conséquences de la faute de par l'intervention de la puissance

divine ».

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