Lire par exemple, R. V. IV
168 VARUNA, MITRA ET LES ADITYAS
accusent le conflit de courants d'idées indépendants et contradictoires, que la croyance védique, presque étrangère à toute fixation dogmatique et si pleine d'antinomies par ailleurs, n"a pas su concilier.
(( Les rivières » est-il dit, « c'est l'ordonnateur, fils d'Aditi, qui les a fait couler : elles vont leur chemin selon le Rta de Varuna. « Le ciel et la terre « favorisent le Rta de Mitra n. Les poètes, ici, parlent du Rta de Varuna et de Mitra comme ils parleraient de leurs commandements ou de leurs lois : le Rta est une émanation ou une propriété de ces dieux ; une fois même ils sont dits a seigneurs du Rta, de la lumière ». Mais ils semblent se réduire au rôle d'exécuteurs, administrateurs ou sectateurs suprêmes du Rta, lorsqu'on les surnomme « gardiens du Rta », (( cochers du Rta », « conducteurs du Rta ». lorsqu'on les représente (( ayant grandi dans la demeure du Rta ». En un mot. les relations de Varuna et de ses congénères avec le Rta sont de nature flottante, mais aucun dieu ne touche d'aussi près à cette majestueuse entité de Tordre universel.
Après eux, mais avec une fonction analogue, c'est Agni qu'il convient de nommer '. Rien de plus juste : en lui se manifestent des lois naturelles et surtout cultuelles de première nécessité ; compagnon de la vie humaine, « surveillant des ordonnances - », il est témoin des péchés, distingue le bien et le mal, l'inadvertance et l'acte volontaire; ennemi des ténèbres, qui chasse et consume les noirs démons, il consume aussi le malfaiteur qui viole les commandements de Mitra et Varuna \ il est le premier champion de l'ordre et du droit.
1. Il y a un passage qui met bien en relief la subordination d'Agni à Varuna dans ce domaine. En identifiant Agni à divers autres êtres' on lui dit (R. V. X. 8. 5): «Tu deviens Varuna quand tu fais effort vers le Rta.» Ainsi le Rta est le patrimoine propre de Varuna. — l' va de soi, d'ailleurs, qu'à l'occasion n'importe quel dieu est mis en relation quelconque avec le Rta: relation éventuelle et superficielle, comme l'a bien fait voir Bergaigne (III, p. 249) en ce qui concerne particulièrement Indra.