‹ La religion du VédaChapitre 103 sur 380 · Çàiikhay. Çr. S. IX. :;0: Apast. Çr. S. XIV. 4: etc · texte numérisé non relu

Çàiikhay. Çr. S. IX. :;0: Apast. Çr. S. XIV. 4: etc

3. Bergaigne, Rei'/u'i-r/u'.< .-«/• l'Iii^toirc do la (ittii-f/ie rcdirjtw, p. 9 et 58.

4. Toutefois le R. V. hésite sur l'ordre de succession des Açvins et de l'Aurore : Bergaigne, Rul. Véd., II, p. 432.

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« Agni est éveillé ; au dessus de la terre se lève le Soleil. La brillante Aurore est apparue superbe en son éclat. Les deux Arvins ont at(elé leur char pour le trajet. Le dieu S;ivitar a incité tous les êtres, pour les faire mouvoir de çà de là.» — (( Quand, ô Aurore, tu t'avances avec ta lumière, quand tn luis avec le Soleil, ce char des Agvins roule sur sa route pour la protection des mâles humains'. »

Le char d'or des Açvins, lumineux, rapide comme la pen sée. traîné par des chevaux ailés ou des oiseaux, fait le tour du ciel dans sa courte (cdiiis). La mention réitérée de ce rr//-^/.s semble indi([uer ([u'il s"ai;it d'un cours (ixe et régulier. — (( Nous invo([uerons aujourd lini. ù A(;\ins, \otre char, dont les jantes sont intactes et qui fait le tour du ciel. » — c Votre char fait en un jour le tour du ciel et de la terre'. » — « Faisant le tour de la terre » {pat-ijinan) est, pour eux et leur char, une épithète de prédilection ; et il est dit aussi que « à distance ils font le tour du soleil » (R. V. L 112. 13).

Si nuiintenant Ton compare le 'style des hymnes aux Aç\ ins ;'i celui qu'on affecte aux autres divinités matinales, on y a])erçoit quelque différence. Le caractère objectif et vivant des images qui peignent Agni rayonnant à travers la nuit ou la claire aurore éveillant les mortels pour leur tache de chaque jour, perd ici de son intensité; et, si l'on passe en revue — cela est fort aisé — tous les phénomènes naturels qui accompagnent la venue du jour, on n'y constate rien (j[ui

1. lî. V. V. 77. l.I. 1:2. 1, VIII. 9. 17, IV. 45. 2, VII. 71 1, I. 107. 1, VIII. 9. 18. Voir d'autres citations clans Bergaigne, H, p. 131 sq. — Au caractère matinal des Açvins se rattachent aXissi sans doute leur richesse en uiiel, leurs dons de miel, loutre pleine de miel chargée sur leur, char, leur fouet (/.am) qui distille le miel: voir les textes dans Bergaigne, II, p. 433 sq. Ce que dispensent les Açvins, ce n'est à coup sur ni leau du nuage ni le sôma; autrement, Ion ne sexpli- (juerait point qu'il ne fut jamais ([ueslion que de «miel» dès qu'ils entrent en scène. Au fond je croirais volontiers qu'il s'agit de la rosée du matin.

~'. K. V. I. ISO. 10, III. 58. 8. Dans cette dernière stance il est dit d'eux, comme des chevaux du soleil I. 115. 3, que (mot pour mot) «ils vont autour de ciel et terre en un jour». De même de l'aurore, IV. 51. 5. Ailleurs (IV. 45. 7) les Açvins «avec leur char font en un jour le tour de l'espace ».

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ressemble à la chevauchée des jumeaux à travers le ciel. Il faut donc que le concept primitif se scit fixé sous une forme rigide etaltérée par interversion de ses éléments composants : les poètes répètent des formules qu'ils ne comprennent plus, qui leur sont devenues inintclliiiibles j^ar suite deeette altération. Notre tâche est de retrouver lo phénomène naturel dont relèye au moins une |)artie. la jjartie caractéristique, des descriptions eonsijinées aux hymnes; et ce phénomène, nous le reconnaîtrons à ce (ju'il nous offrira lui-même la possibilité d'expli(|uer \o malentemhi ([ui a |)()rté sur ]e> éléments intervertis et désoruiais incohérents.

Il me semble évident ([ue l'étoile du matin seule répomi à ces exigences' : elle est, avec le feu (ju'on allume à l'aube, a^■e'* l'aurore et le soleil, l'unique puissance lumineuse à laquelle l'imagination, peuplant défigures divines le ciel matinal, et le culte, glorifiant le lever du jour, pussent assigner la place que nous voyons tenir aux Açvins. Les détails concordant» sont le moment de l'apparition, la nature lumineuse, le vol à travers le ciel, la route fixe suivie chaque jour par retours périodiques, comme ceux du soleil et de l'aurore. Le seul détail discordant, c'est la dualité des Açvins. Mais notre conjecture ne se vérifie- 1 elle point, du fait qu'il suffit d'admettre une interversion aisément compréhensible, pour faire rentrer ce trait lui-même dans l'accord général? La représentation de l'étoile du matin est inséparable de celle de l'étoile du soir : c'est celle-ci qui est l'autre Açvin. Ainsi la contradiction constatée entre le phénomène et le mythe se réduit à ceci : l'étoile du matin et celle du soir sont éternellement séparées ; les deux Açvins sont indissolublement unis dans le ciel du matin.

L'altération, on le voit, est assez faible. On lit dans un hymne aux Açvins (IJ. V. V. 17.2): « Sacrifiez le matin et mettez en mouvement les Açvins. On n'adore point les dieux

1. L'idée nest pas neuve: il y a longtcmiJS que le problème est résolu (cf. notamment Mannliardt, Zcit.^r/ir. /'. Ethnolodh', VU, p. 12 S(|.); mais la solution n'a pas rencontré toute la laveur qu'elle méritait.

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le soir ; cela ne leur est point agréable. » Cette préférence que le culte donne au matin sur le soir a pu bien aisément déplacer, sans y rien changer, le couple divin matinal-vespéral, et le transférer tout entier au matin. Qu'on songe à l'importance que donne à l'aurore la poésie du culte védique, laquelle ignore à peu près le crépuscule du soir. Que l'on lompare aussi la transformation toute pareille du couple -olaire-lunaire de Mitra et Varuna, en un couple de dieux ([in occupent un même trône et dont Tceilest le soleil: transformation si complète qu'à peine quelques indices trahissent encore l'opposition des deux astres, l'un diurne, l'autre nocturne. En fait, il semble bien que les textes nous aient également conservé quelques indices, soit de la primitive réparation des Aç.vins, soit de la relation de l'un d'eux avec le soir : le Rig-Véda les qualifie de « nés séparément )), de « nés ici et là » ( V. 73. 4, I. 181. 4); et un fragment de stance, d'origine inconnue, commente ces épithètes: « L'un est dit enfant de la Nuit ; l'autre est ton fils, ô Aurore'. )) On se demande (IV. .3.6) ce qu'Agni dénoncera des péchés des hommes (( au Nâsatya qui fait le tour de la terre » : voilà donc un Açvin au singulier-. Et enfin, dans nombre de passages, il est question d'invoquer les deux dieux matin et soir\

Notre interprétation est encore confirmée par celui d'entre les mythes des Açvins qui sans doute tient dans nos textes le plus de place : le mythe des Açvins et de Sûryâ. Une jeune

1. Y'âska XII. 2. La métrique du fragment, a supposer que d'autres arguments fissent défaut, interdirait de le croire très moderne. Cf. Taitt. Aran. I. 10. 2, où les Açvins sont dits « luisants enfants de la nuit». Dans le même passage (1), l'un a un aspect brillant IruUra}, l'autre un aspect d'argent {rajata); mais m/a(am pourrait être une faute de texte pour i/ajatam, R. V. VI. 58. 1. La stance R. V. l. 181. 4 citée au texte nomme ensuite les pères des Açvins: le sumakha (((héros», car ce mot sert d'épithète pour Agni, Indra. Rudra, les Maruts) et le ciel: mais cela ne nous apprend rien.

2. [Mais il se pourrait que ce fût un adjectif: cf. 'V. Henry, Vedica, n- 17, in Mém. Soc. Lin;/., X, p. 104. — V. H.]

3. R. V. VIII. 22. 14, X. 39. 1, X. 40. 4 (et cf. 2). Voir Bergaigne, II, p. 500.

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fille, tantôt nommée Sûryâ, — forme féminine du nom usuel du soleil {mi't/a), — tantôt qualifiée de a fille du Soleil » {sûn/asr/a duhita), séduite par la jeunesse et la beauté des Açvins, monte sur leur char et les choisit pour époux. « Avec des oiseaux, ils sont deux qui volent en compagnie dune », est-il dit des Açvins et de Sûryâ, dans un hymne qui décrit successivement, en courtes formules énigmatiques, toutes les principales divinités (VIII. 29. 8) : on voit que l'union avec Sûryâ passe pour l'aventure capitale de la vie des Açvins'. — (( Il se montre, votre fougueux attelage, de par lequel vous êtes devenus les époux de Sûrya » (IV. 43. 6). — « Votre char, ô Nâsatyas, la fille du Soleil l'a choisi, ensemble et votre splendeur » (I. 117. 13).

Ici, l'idée que nous nous étions faite des Açvins, exclusivement d'après la documentation hindoue, se vérifie par les données de la mythologie comparée' : ces cavaliers, fils du ciel, qui traversent les espaces avec Sûryâ, il est impossible de les séparer des célèbres chevaliers 'que les Grecs nomment A'.ô; xojpo- et de leur sonir Hélène ' : mais leurs plus proches parents, ce sont les « fils de Dieu )) ' des cliansons lettonnes, qui s'en viennent à cheval deuiander la main de la fille du

1. Est-ce lie ce tableau à trois personnages que procède la visible prédilection des hymnes aux Açvins pour le nombre «trois», dojii constatée par Bergaigne, II, p. 500? Je ne me hasarderai pas h iiuerprêter ce détail numérique.

2. Je mappuie ici, soit pour les faits, soit pour les conclusions qu'ils autorisent, sur l'article de Mannhardt, die lettf.^c/n'n Son/wn/ni/t/n'ii, in Zuitsr/ir. fur Ethnoloijic, VII. Voir aussi, pour ce qui concerne la mythologie des Slaves méridionaux : Krauss, Vol/.sr/latihe und rfli'jiv.<er Brawli (1er Sudslaren, p. 4 sqq.

.3. Les Dioscures ont beaucoup plus nettement que les Açvins maintenu ce trait distinctif: mais le seul nom de ceux-ci atteste qu'il leur appartenait également.

4. Les Dioscures résident £T;pr,jji£po; au ciel et dans les enfers : autre interversion du mythe, puisquen fait l'étoile du matin ou celle du soir apparaît toujours isolée. N'y a-t-il pas là encore, tout comme dans

e Véda, une trace de la nature réelle des deux jihénomènes, identiques et jamais simultanés?

5. Le mot se rencontre aussi au singulier, chacun des deux astres étant alors pris à part.

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Soleil'. Or Tune de ces chansons nous dit en propres termes de ({uel phénomène naturel relèvent (!es fils de Dieu : (( L "étoile du matin avait pris sa course, pour chercher la fille du soleil. »

(juant à la nature de cette déesse védique et lettonne à la fois, je ne crois iruèrc, (juoi ((n"on en ait dit. ([u'elle représente le crépuscule du matin ou (( la nym|)hc de la nuce^ ». 11 me semble qu"un être qui s'unit ;i l'étoile du matin ou voyage avec elle le long de la voûte céleste, doit être une apparition céleste de même genre qu'elle.IjOhez les Lettes, la fille du soleil, outre l'étoile du matin, épouse aussi la lune; la Sûryà védique s'unit aux Açvins, mais aussi à Sôma^^qui est la lune : qui peut bien épouser la lune, sinon le soleih? et le nom nu''me de Suryâ, à qui convient-il mieux qu'au soleil en personne? La qualification de « fille du Soleil », commune aux Hindous et aux Lettons, s'explique tout naturellement comme l'expédient imaginé par une époque postérieure où l'on était accoutumé à attribuer au Soleil le sexe masculin *

Le 'Véda célèbre le pouvoir tutélaire des Açvins : ils délivrent de tous maux, et le rapprochement des Dioscures montre que cette idée remonte à la période indo-européenne. L'étoile qui, dans les périlleuses ténèbres de la nuit annonce le retour sauveur de la lumière, était saluée comme la manifestation d'une déité secourable. Mais c'est surtout au péril de mer que s'emploient Açvins et Dioscures'. Le "Véda leur

1. Tantôt pour eux-mêmes, tantôt pour la Lune (masc). C'est tout de môme que dans l'hymne nuptial R. V. X. 85, où Sonia (la lune) éiKJUse Sûryà (le soleil féni.), les Açvins sont les messagers de mariage.

2. La première hypothèse est celle de Mannhardt, lor. cit., p. 295; la seconde, celle de E. H. Meyer, [lulof/. Mytfwn, II, p. 673.

3. Il est vrai que les Lettes, pour qui Saule est une déité féminine, n'avaient nul besoin de ce détour: mais ils peuvent l'avoir reçu en héritage d'une époque antérieure.

4. Cette concordance indo-hellénique nicriie d'être prise en considération dans l'examen <le la question de .savoir si les Indo-Européens ont connu la mer. Les documents grecs donneraient à pen.ser qu'au noml)re des météores qui sauvent du péril de mer on comptait le feu Saint-Elme.

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attribue souvent un navire, des bateaux: on les prie d'apl^orter des trésors « de la mer ou du ciel » (I. 47. 6 , et on leur dit que >' leur char fait largement le tour du ciel lorsqu'il arrive de la mer » (IV. 43. 5). Ils sauvent des eaux Bhuj\u : >uivant un poète, ce sont des compagnons perfides, suivant un autre, c'est son propre père Tugra, qui l'y avait abandonné, « comme un mourant son patrimoine ». — (( C'est là. o Açvins, que vous avez montré votre force, dans la mer où il n'y a ni arrêt ni assiette ni prise, lorsque vous avez ramené chez lui BhuJ3'u, monté sur votre navire aux cent avirons )) (1. 116. 5)'.

Ils sauvent du naufrage, mais aussi de toutes autres angoisses : médecins, ils guérissent les malades ; ils rendent la vue à Taveugle, l'usage des jambes au paralytique, la jeunesse au vieillard. A la vierge qui vieillit dans la maison paternelle, il- donnent un époux, un enfant à la femme de leunuque. Ils protègent le faible, le persécuté, la veuve, tirent la caille de la gueule du loup, apportent le rafraîchissement à celui (|ue l'ardeur dévore. Les hymnes qu'on leur adresse ne tarissent pas sur de telles louanges ; mais, conformément à leur style habituel, ils se contentent d'allusions rapides à des exploits dont le moindre détail était sûrement connu de tous. Avec Indra, les Açvins sont les héros typiques des contes de grâces divines : Indra figure plus particulièrement dans ceux où il s'agit d'ennemis à terrasser; les Açvins, dans ceux où sans combat on arrache une victime au danger. On ne parviendra pas, et aussi bien ne s'efforcera-t-on point, à expliquer ces récits par des mythes naturalistes où l'étoile du matin jouerait quelque rôle. Le marin en péril de mer, la fille depuis longtemps nubile, l'épouse de l'eunuque, ce sont là des créatures humaines, et rien autre chose; et leurs merveilleuses aventures ne sont nées que de l'imagination des

1. D'une manière générale, on peut dire que les Arvins lont franchir à leurs protégés la mer, et Indra, les rivières: c'est Indra qui préside aux marches de guerre et d'immigration des Âryas k travers les grands fleuves qui sillonnent la contrée védique.

RrnRA IRI

conteurs, qui s'ingéniaient à varier le récit des grâces dispensées par les dieux tutélaires entre tons. \aiii(jneiirs de toute miscre et de toute souffrance.

RlDRA.

K'udra passe générahMuent pour un dieu de Torago. Le porte \ édi([U(\ en tout cas, ne Ta point i'n\ isag('' sous ce jour. Xous savons, par les hymnes aux Maruts, comment le Véda décrit la course fougueuse des vents: les éclairs brillent; les flots de pluie traversent les airs et se déversent sur les plaines de la terre ; les montagnes tremblent et les forêts se courbent terrifiées, quand mugit sur elles rarniée décl^înée de ces dieux redoutables. Rien de pareil dans les hymnes à Rudra, dont la phraséologie courante est toute différente : on craint les traits du formidable archer; on le supplie d'épargner aux hommes et au bétail les fléaux et la mort, de leur dispenser ses miraculeux remèdes. — (( Loue le glorieux sur son trône, le jeune, dont l'assaut est terrible comme celui d'une bète féroce. Aie pitié, ô Rudra, du chantre qui te loue. Que tes troupes aillent terrasser d'autres que nous. Que l'arme de Rudra nous dépasse; qu'il nous dépasse, le vaste courroux du monstre. Détends tes arcs puissants en faveur de nos amis les généreux; fais merci et sois propice à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants ))(R. V. IL 33. 11 et 11). — « Le rouge sanglier du ciel, le monstre, qui porte les cheveux roulés en forme de coquille, nous l'implorons avec piété. Lui qui tient en main les meilleurs remèdes, puisse-t-il nous donner protection, refuge et salut!... Ne nous frappe pas, ô Rudra, ni grand ni petit, ni adolescent ni adulte, ni père ni mère, ni notre corps qui nous est cher » (L 114. 5 et 7 .

Le Rig-Véda ne consacre à Rudra que peu d'hymnes : c'est évidemment que son caractère sinistre l'excluait du nombre des dieux dont on devait chanter les louanges au sacrifice de sômaV II n'en faut pas conclure que cette sombre et effroyable

1. R. V. 1. 12::3. 1 indiquerait-il une participation de Rudra à la boisson de sôina ?

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figure n'ait été, aux temps anciens, qu'une déité d'arrièreplan. Encore moins, de ce que le style de ses hymnes a pris un certain caractère de sérénité hiérarique conforme à l'esprit du Rig-Véda, se laissera-t-on amener à méconnaître la sauvagerie repoussante qui certainement entourait à l'origine toutes les représentations relatives à ce dieu. Tel qu'il nous appgwaît dans les textes védiques plus récents, dont nous allons nous occuper, tel il était, essentiellement, de temps immémorial : si ses traits s'adoucissent précisément dans le recueil le plus ancien de la poésie védique, c'est pure affaire d'histoire littéraire.

Un texte de Brâhmana' rapporte quePrajâpati se changea en antilope piâle. pour consommer l'inceste avec sa fille, devenue antilope femelle, et que les dieux cherchèrent en vain un vengeur qui fût capable de châtier ce crime. « Alors ils mirent en tas toutes les substances les plus redoutables qui résidaient en eux-mêmes, et de là naquit ce dieu. » Formidable est sa manifestation. Dès le Rig-Véda, il reçoit l'épithète de « rouge », et le rouge, sans doute en tant que couleur du sang, symbolise la mort et toutes les épouvantes* : les condamnés à mort sont vêtus de rouge ; de fleurs rouges est tressée la guirlande mortuaire; les charmes magiques qui doivent causer la mort emploient des accessoires de cette couleur. La littérature védique plus récente enseigne que (( son ventre est bleu noir, rouge son dos : du bleu-noir il en veloppe l'ennemi et le rival ; avec le rouge il frappe celui qui le hait '. » Ses autres attributs sont la toulïe de cheveux bleunoir, l'arc et les flèclies. 11 occupe, par rapport aux autres dieux, une place ;i part, due à son caractère malfaisant et au scrupule qu'on se faisait de l'associer dans le culte aux effusions de confiance inspirées par les dieux tutélaires. Un texte des Brâhmanas* distingue, outre les trois classes des Dieux, des Mânes et des hommes, une quatrième classe

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