‹ La religion du VédaChapitre 112 sur 380 · R. V. VII. 100. 5, I. ;;?. iO · texte numérisé non relu

R. V. VII. 100. 5, I. ;;?. iO

5. C'est lii le concept dominant dans les Védas postérieurs: Vaj. Samh. 2.25, 12. 5 etc.

un détail assez constant : le troisième pas est d'une nature spéciale et sublime ; il mène au monde mystérieux des suprêmes hauteurs. Or le troisième pas du soleil, c'est la descente à l'abime des ténèbres '.

Pour moi, le motif dominant dans la conception de Vishnu', c"est rinfinité de l'espace : Vishnu est le dieu qui parcourt cette étendue, et partant rordonne, la dispose en quelque sorte, la conquiert au profit de l'humanité. En effet, l'adjectif vrii (( vaste » et surtout le préfixe qui implique séparation en étendue fri), reviennent avec une fréfjuence caractéristique chaque fois (|u'il est question do \'ishnu'. La notion sur laquelle on insiste, ce n'est pas (pi'il ait donné la terreaux hommes pour demeure, mai-- ((uii a mesuré les étendues de la terre en vue de l'hahilat huiuaiu ; ce n'est pas (piil séjourne dans les hauteurs, mais que ki hauteur suprême est le but atteint par son troisième pas. Dans ma pensée, qui me semble confirmée [)ar l'indécision des poètes védiques quand ils cherchent à localiser les truis pas, le nombre « trois » ne répondrait originairement à aucune réalité con-

1. [Très juste; mais pourquoi le niytiie ilc Mslinu n'auiait-il pas sulii une interversion au moins aussi concevable que celle qu'admet M. 0. pour ceux de Varuna et des A(,-vins? — \'. H.|

IL'. J'entends Vishnu sous la l'orme où il nous apparaît dans le Véda, abstraction faite d'une préhistoire éventuelle, que je ne conteste pas, mais (jui pour nous demeure en tout cas obscure. .Si nous pouvions la pénétrer, elle nous apprendrait peut-être pourquoi ce dieu reçoit l'épithètc énigmatique de '■ipicis/iui, (jui a l'air de sijuniilier qu'il souffre d'une maladie de peau.

3. Il est dit u/-Uf)(l(/a, « qui a un vaste séjour » ; il procure aux liouunes \'urul{^hiti, « la vaste demeure a; de concert avec Indra, il fait au sacrifice tirnin nIoLcan, « large espace » ; dans ses iirushu clhramanî'!>liu « larges pas » habitent tous les êtres. Le terme constant pour ses trois pas est le verbe ri-/,ram, qui dans leR.V. ne s'applique i^resque jamais qu'à lui ; et le rôle essentiel du préfixe ci dans ce composé ressort bien de l'apostrophe que lui adresse Indra (IV. 18. 11, VIII. 100. 1^), citarain ci /,rama!<ca, « marche avant plus avant ». Un autre ternie est le substantif ci-i/âman. Cette intervention si constante du préfixe ci partout où il est que.stion du dieu amène à se demander s'il ne serait point contenu dans son nom même ; mais l'accentuation y contredit. — [Cf. depuis : Bloomfield, Proceedings of t/w Amer. Or. Soc, 1894, p. CXXVI. — V. H.]

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crètc : il n'aurait d'autre base que Ja faveur générale dont jouit ce nombre en mythologie ; et ce serait par un autre effet de la môme tendance d'imagination qu'on aurait attribué au troisième un caractère distinctement sublime et mystérieux \

Si Ion admet cet ensemble de prémisses, l'alliance conclue entre Mshnu et Indra s'y accorde parfaitement. — (( Alors Indra, s'apprétant à tuer Vrtra, dit : Ami Vishnu, fais tes larges pas !» — « Ami Vishnu, fais tes larges pas! Ciel, fais place, et que sur toi s'étaie le foudre ! A nous deux, nous allons tuer Vrtra, et faire couler les rivières : sous la poussée d'Indra puissent-elles librement aller leur chemin-! )> — La fonction de Mshnu ici est bien visible : ce n'est qu'à la faveur d'une assimilation superficielle à Indra qu'il devient meurtrier de Vrtra et libérateur des rivières ; mais, comme les poètes védiques se plaisent à établir une relation entre les actes qui ont ordonné l'uni- \ors, procuré aux hommes la vie et le bien-être, et la défaite de Vrtra, il a bien fallu que Vishnu prit part à cet exploit en accomplissant l'acte qui partout le caractérise. II fait ses trois pas et crée ainsi pour Indra le vaste champ de bataille ([ui sera le théâtre de leur victoire.

Pûslian. — L'activité de Pûshan s'exerce dans les situations les plus diverses ; mais le trait constant et typique de cette activité, c'est qu'il connaît les chemins, montre les

1. La fonction dévolue à Vishnu de mesurer l'espace explique aussi le rôle que les légendes des Brâhmanas lui assignent dans le combat des dieux et des Asuras : Çatap. Br. I. 2. 5. 1 sqq., etc. Vishrui est un nain ; les Asuras consentent à abandonner aux Dieux toute la surface de terre que son corps gisant pourra couvrir ; en fm de compte, c'est l'univers entier qui revient à ceux-ci. Faire conquérir par un Poucet les incommensurables étendues, c'est un piquant et familier trait de folklore. — Dans le même ordre d'idées s'éclaire la résidence de Vishnu sur la montagne, sa qualification de roi des monts : Taitt. Samh. III. 4. 5. 1 ; Bergaigne, op. cit., II, p. 417. Sa place naturelle est le lieu d'où l'œil embrasse au loin l'espace.

2. K. V. IV. 18. 11, VIII. 100.12. Il n'est pas douteux que la seconde stance, comme la première, soit une apostrophe d'Indra.

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chemins, guide dans les chemins, préserve des erreurs et des pertes, ramène ce qui s'est égaré, sait retrou<ver les objets perdus. On l'a pris pour un dieu du labourage et du pâturage; mais son action tutélaire sur eux se borne à conduire droit le sillon tracé par la charrue, à suivre, armé deTaiguillon \ la marche des vaches, pour les empêcher de s'égarer. En menant les vaches à la pâture, on dit le vers : (( Pùshan, «uis nos vaches ! » Si elles se mettent à courir en tous sens sur la prairie, on prie : «que Pûshan, derrière elles, les entoure de son bras droit ; qu'il nous ramène ce qui est perdu '. » C'est lui qui, par un chemin sûr, conduit l'épousée de la maison de ses parents à celle de son époux : au moment où elle se met en route, on récite une prière : c que Pûslian te prenne par la main et t'emmène d'ici '. )) C'est lui aussi qui guide les morts vers leur dernière demeure : on le supplie, lui qui connaît toutes les routes, qui ne laisse pas s'égarer une simple bête du troupeau, de faire sortir le mort de sa demeure souterraine, de le précéder et de le protéger par les chemins, de le mener sain et sauf à ses pères *. Qui sort pour affaire, fait oblation à Pûshan et récite l'hymne : « Nous t'attelons comme un char. 6 Pûshan, seigneur des chemins. » Qui part en voyage, fait oblation h Pûshan. qui apprête les chemins ; et celui qui s'égare recourt ;i sa protection \ Le matin et le soir, lorsqu'on fait offrande à tous les

1. Cet instrument {a.-^/ifi-â) reçoit (R. V. VI. 53. 9i l"éi)ithéte jianimd/ianr, c'est-à-dir<^, non pas, Coilimè l'entend BêrgJli.tfne (II, p. 1211, n procurant du bétail «, mais lilen « guidant le bétail sur le dKiit chemin », sens beaucoup plus confofme à la nature dit dieu. Le verbe Mct/i s'associe couramment ;i Pûshan : VI. 56. 1-5. X. 2R, I. Kien ne convient mieux il un dieu des chemins ; car .-âdhtt [«dfolt »] est une épithète constante des mots qui slgnillent « chemin »,

2. R. V. IV. 57. 7, VI. 51. 5-7 et 10 ; Çaiikh. Gr. S. III. 9.

3. R. V. X. 85. 26 : Açval. Gr. S. î. 8. 1. - Dans la nuit de noces aussi Pûshan paraît « frayer la voie » dans le sens le plus olijecfif : Priraslc. I. 4. 10, etc.

1. H. V. X. 17. 3 sq. — Il est fort probable que le bouc de Pûshan montre de même au cheval du sacrifice le chemin du séjour des dieux : I. 162. 1.

5. R. V. VI. 53: AcVal. Gr. S. III. 7. 8-9 ; Caiiich. Cr. S. UI. 1.9.

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dieux et à tous les êtres, cest sur le seuil de la maison (juon répand la libation due à Pûshan Tapprétcur des chemins '. Il écarte des routes les malfaiteurs, le loup et le brigand '. Seigneur des chemins, lui-même est né sur le chemin, (( sur le sentier du ciel, sur le sentier de la terre; entre les deux demeures les plus chères il circule, lui qui sait ' ».

Il a des navires d"or, et, messager du soleil, franchit ainsi la mer et les airs *. Puisqu'il sait les chemins et prévient les erreurs, il sait aussi retrouver ce qui est perdu et caché et le fait retrouver aux hommes : il a retrouvé le soleil disparu ; il cherche et découvre la retraite d'Agni '. Sa façon de donner aux hommes les trésors est de les leur faire trouver : on lui offre un sacrifice, lorsqu'on désire rentrer en possession d'un objet perdu ". Le bouc lui est consacré, son char est (rainé par des boucs, et cette [)articularité encore doit dépendre de sa souveraineté sur les chemins : c'est bien du dieu des chemins que relève l'animal à qui sont accessibles les sentiers les plus ardus ".

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