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Bergaigne, Bel. Véd., I, p. 58 sq

198 LES RBHUS

et par là il entre dans le cycle mythique des exploits d'Indra nouveau-né, qui ravjt à son père le sôma, saisit son père par les pieds, le tue. On voit à quelles contradictions aboutissent, selon les enchaînements divers qui les combinent, les relations de Tvashtar et d"Indra : ici. Tvashl.arle forgeron, ami d'Indra et lui fournissant son arme ; là, Tvashtar père d'Indra, tué par son enfant qui vient de naître.

JLq^ JibJius. — Très obscure est la nature des rivaux de Tvash{ar, qui luttent d'adresse avec lui, et même le surpassent : ils sont trois, et leur nom de rblin est, selon toute apparence, le même que celui des Elbes germaniques. On a déjà rencontré leur chef-d'œuvre : de la coupe des dieux, ouvrage de Tvashtar, ils ont fait quatre coupes, et celui ci, confus, est allé se cacher parmi les femmes divines. Ils ont rajeuni leurs vieux parents. Ils ont fabriqué à Indra ses chevaux, aux Açvins leur char, à Bihaspati la vache omniforme, et leur art merveilleux leur a valu pour récompense l'immor talité'. Hôtes d'Agôhya, ils ont dormi douze jours dans sa maison; et là, — durant leur sommeil, semble-t-il, — ils ont donné aux campagnes la fécondité, fait courir les rivières dans leur lit, répandu les plantes sur les hauteurs et les eaux dans les vallées. On a cru reconnaître en eux les génies de« trois saisons : les douze jours de leur sommeil équivaudraient aux douze nuits qui avoisinent le solstice dliiver, temps d'g.ri'êt dans le cours régulier de l'année. Dans cet ordre d'idées, la division de la coupe en quatre répondrait aux quatre mois qui constituent chaque saison, ou bien encore, pour les amateuris de mythes lunaires, aux quatre phases de la lune'. On ne saurait donner les interprétations de ce genre que pour des conjectures des plus hasardées : le style de

1. Le mythe des artisans d'habileté surhumaine, Rbhus, Elbes, paraît indo-européen : E. H. Meyer, An:.f. deiitscfief AU., XIII, p. 95, et Oerman. Mycholof/io, p. 124.

2. Voir : Ludwig, R. V., III, p. 335; Hillebrandt, Vcd. Myth.,l, p. 515 sq., Kaegi, cler Rigceda, p. 54 n.; Zimmer, Altindii^ches Lehon, p. 366 sq. — M. Ludwig (IV, p. 160, et V, p. 510^ enseigne que les textes eux-mêmes nous donnent les Rbhus pour les génies des

courtes 9,llusious iju'ulïeetent les poètes au sujet des aventures des Rbhus, ne fournit à une induction sûre aucune base suffisante.

Déen^en. — Femmes ou vierges, les déesses de la religion védique ne prennent à la conduite du monde et des destinées 4U une part insignifiante. De temps immémorial, il est vrai, le concept de la beauté de la femme, et surtout celui de la fécondité de la mère', s'étaient incarnés en déités féminines, telles que l'Aurore, la Terre, les Rivières, lesOndines; mais, dans l'ensemble de la croyance et du culte, ces figures restent tout à fait à larrière-plan. D'ailleurs, le stade histori([uo auquel appartient la pensée religieuse du Véda s'y dévoile nettement en ce (juc la pruderie pieuse ne les a point encore atteintes : l'Aurore, cjui l'air rayonner sur le monde les roses do son teint, est une belle fille qui se plait à aborder les hommes en les éblouissant de ses attraits; les nymphes des eaux, à la fois séduisantes et fécondes, traversent maints amoureux hasards. Ce naturalisme naïf n'a rien, toutefois, de l'atmosphère de sensualité molle et raftinée dont s'enveloppe une déesse Astarté; et aussi le culte védi([U0, bien que parfois criunent obscène dans ses formules et sa mimique, n'a-t-il jamais connu l'étrange alliance qui, chez les St'inites, a installé la prostitution jusque dans le sanctuaire.

UaliUH. — Les hymnes de la première manière célèbrent, avec une prédilection h peine justifiée par la place qu'elle occupe dans la liturgie, la déesse Ushas ou l'AurDre-. C'est

saisons : mais c'est pure méprise. — [Pour ma i)art, il me paraît impossilile que la division de la cou])p et le sommeil chez AgOhya ne soient pas des mythes uaturalisles. — \'. H.]

1. Dans Ijien des cas, d'ailleurs, c'est simplement le .ire^^.re grammatical du mot qui a décidé du sexe de l'entité : ainsi, nirrti (fém.), « la perdition », est une déesse.

ii. Weber, en constatant l'insigniliance rituelle d'une déesse à qui sont dédiées de si admirables poésies, l'attribue à ce que « la migration des Indiens vers le sud aurait fait perdre à l'aurore son ancienne importance k leurs yeux ■» : Oinina und Portenta, p. 351. Je nç vols rien qui justifie la supposition d'un pareil changement dans l'histoire de la liturgie : on relève çk et là, parmi les hymnes à

à elle, en commun avec les autres déités matinales, Agni qui dissipe l'ombre et les deux Açvins, qu'on récitait, avant l'aube du jour du sacrifice de sôma, avant que les oiseaux n'eussent commencé à chanter, des hymnes <jue n'accompagnait aucune oblation. Pénétrés de la fraîche poésie du matin, exempts d'allusions aux mystiques subtilités de la technique des sacrificateurs, ces hymnes ont un charme qui manque à ceux qui relèvent proprement du sacrifice, à ceux quon exécutait tandis que le sôma sortait du pressoir, que les libations coulaient dans les feux, et que la théorie des prêtres peinait à observer dans toute sa complication la lettre du rituel. On y loue la douce fille du ciel, la claire sœur de la sombre nuit, qui suit le chemin des aurores passées, précède les aurores futures, et s'avance, le sein nu, resplendissante de beauté. Son char est attelé de chevaux ou de vaches rouges : le dieu du soleil l'aime et la suit, comme un amant suit sa maîtresse. Citons quelques stances d'un hymne qu'adresse à l'Aurore la famille sacerdotale des Vasishthas î'R. V. VIL 77).

« Elle a brillé, comme une jeune femme, éveillant tous les êtres vivants et les faisant marcher. Agni s"est levé, pour que l'allumassent les hommes. Elle a chassé l'obscurité et fait la lumière.

. « Elle s'est levée, largement épandue, tournée vers tous les êtres. Dans son vêtement clair elle a lui rayonnante. La belle au teint d"or. mère des Aaches, guide des jours, a resplendi.

« La bénie qui amène l'œil des dieux, qui guide le beau cheval blanc', l'Aurore, dans sa parure de rayons, nous l'avons vue, elle qui avec ses dons de lumière se répand sur l'univers.

« O Ushas, fille du ciel à la haute naissance, exaltée par les prières des Vasishthas, donne-nous une richesse puis-

l'Aurore, des indices de fait qui concordent parfaitement avec les données rituelles ; il en ressort que, de tout temps, la place de cette déesse dans le sacrifice de sôma était la litanie du matin, où l'on chantait ses louanges, mais sans lui offrir de sôma. Cf. Bergaigne, Rech. sur l'Idst. du la lit. n'd.. p. 9. 1. Il va de soi que ces deux métaphores désignent le soleil.

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