CIEL ET TERRE, SOLEIL ET LUXE
Ciel et Terre. - Le Ciel et la Terre ne sont, clans la croyance védique, que des puissances divines à peine esquissées : ici, a-t-on dit avec raison, il n"va point deZeus en face de Gaia, mais seulement un Uranus. Le poète, sans doute, usiant d'ujie phraséologie traditionnollâ, parle d"un père Ciel et d'une mère Terre : ils donnent aux hommes de riches présents, débordent de graisse et de douce liqueur; le Ciel, en particulier, est presque constamment honoré du titre de « miraculeusement puissant » [cmiva). Mais ni l'un ni l'autre n'a pris le caractère d'une personnification vivanturqe, ni maé le culte de son empreinte'.
Soleil et Lune. — On en peut dire à peu près autant du Soleil et de la Lune : non pas, bien entendu, du dieu solaire Mitra et du dieu lunaire Varuna, dieux probablement anâryens, dont la relation primitive avec les grands astres était, ou bien peu s'en faut, entièrement oubliée aux temps védiques, et qui, à raison de cet effacement de leur symbolisme naturaliste, sont devenus de vrais personnages divins et les réceptacles de hautes idées morales ; mais bien du dieu solaire qui se nomme « soleil » (Sûrya)*, du dieu lunaire qui se nomnu» «lune» Mâs, Candramâs). Sûrya, dont la lumière chasse les esprits malins, est par essence un dieu bienfaisant, et l'ardeur meurtrière du soleil n'est point le motif dominant de son mythe. Mais combien il est pâle, en regard d'êtres divins tels qu'Indra, Agni ou Varuna! On se le représente sous les formes les plus flottantes : tantôt il est l'œil des dieux; tantôt, un coursier resplendissant-, tantôt, comme un héros en marche. les sept juments couleur d'or le traînent dans son char; ou bien, comme un jeune amoureux, il suit sa bien-aimée, la déesse Aurore '. Une autre personnification
1. Il a déjà été question plus haut ip. 18) du bel hymne à la Terre A. V. XII. 1.
2. Dans l'Avesta, Hvare, qui se comporte au regard de Mithra à peu près comme dans le Véda Sûrya au regard de Mitra.
3. ."^ur le rôle de Sûrya dans les mythes d'Indra, cf. p. 13:^ et 142: sur la lune dans ses rapports avec Sonia, p. 153: sur les déesses des phases de la lune, p. 201.
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du soleiK féminine celle là, la déesse Sûryâ, s'est conservée dans des mythes qui la donnent pour l'épousée divine. On a déjà rencontré celui qui unit aux Açvins cette femme solaire, dite aussi fille de Sûrya'. Dans un hymne qu'on récite aux solennités nuj)tiales et qui en est un des plus beaux ornements, les noces de Sûryâ avec Sôma (la Lune) sont celé" brées comme le prototype du mariage humain : les Açvins sont les courtiers des épousailles ; Agni, le garçon d'honneur ; chacun des organes du chariot nuptial, chaque article de la toilette de l'épousée, sert de thème à un jeu de fantaisie mystique, qui l'assimile à telle ou telle des hautes puissances du sacrifice et de l'univers, objets continuels de la spéculation sacerdotale-.
Dans les longues énumérations où figurent des êtres divins tels que le Soleil et la Lune, on ne se fait pas faute d'eu introduire d'autres i^ui, à première vue, paraissent encore moins revêtir une forme vivante. — « Cette faveur, daignent les Trésors, daignent les Montagnes, les Eaux, les Dieux qui dispensent les trésors, daignent les Plantes et le Ciel nous l'accorder! la Terre unie aux Arbres, les deux Mondes (Ciel et Terre) daignent-ils nous protéger! » — « Salut nous soit, quand il se lève, le Soleil dont le regard perce les lointains! Salut nous soient les quatre régions cardinales! Salut nous soient les Montagnes solides! salut, les Rivières! salut nous soient les Eaux'! )) — A y regarder de plus près, cependant, l'on aperçoit ou l'on croit entrevoir, derrière ces visions abstraites de montagnes, d'eaux, de rivières et d'arbres |jersonnifiés, des formes très variées, bien vivantes et fré' tillantes, une multitude de menues déités, locales pour la plupart, dont on sentait enveloppée l'existence humaine et influencé le cours quotidien des destinées de l'iiomme,
Eaux et Ririi'res. — Les Eaux et les Rivières méritent