‹ La religion du VédaChapitre 119 sur 380 · R. V. X. 30. 12 : Pârask. III · texte numérisé non relu

R. V. X. 30. 12 : Pârask. III

GANDIIAUVAS ET APSAUAS 205

c'est-;i-dirc Toblationdes Bharatas personnifiée', et la déesse fluviale Sarasvatl figurent ensemble-, invoquées en un ordre qui ne varie jamais, dans la litanie traditionnelle dite âprï, introductive du sacrifice sanglant. « O Sarasvatl », lit-on au Rig-Véda (II. 41.16), « la meilleure des mères, des rivières, des déesses, nous sommes comme ceux qui sont sans gloire, fais-nous la gloire, ô mère. » Elle assiste dans leur marche les prières. Jadis elle a donné aux Bharatas leur puissant roi, au prince Vadliryaçva son glorieux fils, Divôdâsa'.

Gandltarcas et Apsai-as. — Tandis que les déesses flu- \ iales comljinent étroitement la divinité et la réalité concrète, une autre déité féminine et aquatique, lApsaras, atteint un degré bien plus élevé de personnification, et finit par se séparer entièrement de 1 "élément naturel qui lui a donné le jour\ Toutefois, les rapports constants imaginés entre les Apsaras et les génies maies nommés Gandharvas, nous autorisent, encore que ceux-ci n'aient avec le monde aquatique (pi'une relation toute secondaire, â commencer par eux notre exposé.

Le type du Gandliarva remonte, y compris son nom vé-

1. .Son nom complet est, précisément Hôtrà Bhârati. D'autre part, Ajrniest invoqué sous le surnom de Bhârata, c'ost-h-dire « appartenant aux Bharatas ».

2. Et une troisième avec elles, la déesse lia, ou Ida, déjà mentionnée.

3. Sur remploi dans le culte de l'eau de Sarasvati, voir Çat. Br. V. 3. 4. 1, etc.

4. Outre les Apsaras, la croyance védique doit bien avoir connu aussi les démons malfaisants qui peuplent les eaux, tels qu'ils apparaissent dans la littérature postérieure, notamment dans les contes bouddhiques. Il y est souvent question de Ràkshasas qui habitent les étanjrs ou les ruisseaux : ils sont d'aspect repoussant et dévorent les gens qui viennent à leur portée. Ils ne semblent pas personnifier directement la pièce d'eau : ce sont bien plutôt des exemplaires du type universel des démons sinistres, prenant gîte dans les eaux comme partout ailleurs. Il va de soi, d'ailleurs, que les contes bouddhiques nous offrent aussi de véritables déités aquatiques : celle du Gange, à qui on fait oblation lorsqu'on franchit le fleuve (Jâtaka, vol. II, p. 423 sq.); celle de la mer (ibid.. I, p. 497 sq., et II, p. 442) ; etc.

dique, jusqu'à la période indo-éranienne ; mais ilestextraordinairement obscur ' . Le Rig-Véda le mentionne, tantôt au singulier, tantôt au pluriel, mais ne fournit sur lui que des indications confuses et ambiguës. Les traits en sont effaces et fort altérés, probablement parce qu'on a confondu sous un seul nom toutes sortes d'êtres mythiques. Bref, rien de précis ni de sûr ne se laisse entrevoir.

Comme leurs compagnes les belles Apsaras, les Gandharvas ont, dans le Véda, nombre de demeures et de sphères d'activité. Mais, s'il est aisé de reconnaitre encore les Apsaras pour nymphes des eaux qu'elles furent à l'origine, on doit présumer que le Gandharva, lui aussi, fut d'abord un démon plus circonscrit dans son action et mieux localisé qu'il ne le devint dans la suite. Précisons : les Gandharvas durent être des génies du ciel et de l'atmosphère, quel(|ue chose comme les Elbes de l'air et delà lumière'. Le Rig-Véda parle du « Gandharva céleste, qui mesure les espaces », de celui qui «apparaît, dans les espaces atmosphériques sans fond », qui se tient « debout sur la voûte du ciel »'. Dans un passage de l'Atharva-Véda où la mer est assignée pour patrie aux Apsaras, on s'adresse aussi au (( Gandharva céleste », « dont la peau brille comme le soleil », et on lui dit : (( Au ciel est

1. Maiinhardt et daiitres, — avec raison, je crois, — eut comlaiimé le rapprochement de.s Gandharvas et des Centaure.'î. — Tel n'est pas mon avis, et je lai encore défendu récemment : Journal des Sncan{t>, 1899, p. !{5sq. —V. H.]

2. Mais, que ces esprits de lair aient été jilus spécialement des esprits des vents, je ne vois dans la documentation rien qui le fasse préf>umer. Lépithète râyukfrxi (vent-chevelus?) que leur donne une fois leR. V. \lll. 38. G) ne signifie pa.s grandchose.il me parait tout à fait arbitraire de chercher dans le rôle qu'ils jouent au rituel nuptial linfral une trac« de la croyance aux esprits des vents issus des âmes défuntes : E. H. Meyer, Iiuloif. Mythen, I, p. 219 sq. Dans la procession nuptiale, ou invoque les esprits des ancêtres, qui sont venus voir passer l'épousée, et on les prie de lui octroyer postérité, A. V. XlV. -À. 73 : que si le cortège passe devant de grands arl)res, on prie « les Gandharvas et les divines Apsarius qui habitent ces arbrt?^ » d'être propices, A. V. XIV. li. 9, etivauç. .S. 77. 7 : où voiton là-dedans qua « les Gandharvas prennent la place des Mânes ou se rangent côte à côte avec eux » ?

Page 1