‹ La religion du VédaChapitre 146 sur 380 · Cf. supra p. 129 sq · texte numérisé non relu

Cf. supra p. 129 sq

3. On a rencontré également le cheval Dadliikravan (p. 59) élevé aux honneurs divins.

■i. Cf. supra p. 179 .sq.

T'n peuple qui s'avançait dans la victoire, qui vivait dans la sécurité, l'ordre et l'abondance, devait se former une conception optimiste de l'univers, suivant laquelle les grandes puissances qui le régissaient seraient tout amour et bonté. Ce caractère propice est en eïfet manifeste dans l'ensemble du panthéon védique. Si les agents surnaturels causent beaucoup de désordres, on ne les impute en général qu'aux bandes de menus démons, lutins, génies des maladies et autres ; car, à en juger par les apparences, les maladies et les fléaux ne semblent pas relever d'entités naturelles ni d'un gouvernement régulier, mais bien plutôt de la malice imprévue et fantaisiste de petits êtres agissant chacun à sa guise : aussi le type des démons malfaisants s'est-il, dans ce domaine, conservé essentiellement intact. Au surplus, les agents naturels les plus élevés et souverains, soleil, feu, orage, étaient les fondements constitutifs du bien-être de la vie humaine. Aussi, de tous les dieux suprêmes du Véda, n'en est-il qu'un seul, Rudra, chez qui le pouvoir nocif soit prépondérant. D'autres agents malfaisants, tels que Vrtra, le malin qui retient les eaux captives, assez fort pour oser tenir tête à Indra et mettre en fuite les dieux par son seul grondement, sont toujours censés vaincus ou même anéantis, et ne vont à rien ]3lus qu'à accroître encore le concept de la toute-puissance tutélaire de ces dieux qui ont su détruire à jamais le mal.

Il va de soi que la bienveillance d'un dieu comme Indra doit s'entendre au sens et dans les conditions habituelles de la bienveillance d'un homme : elle exige réciprocité, et n'est exempte ni de changement ni même de caprice'. Indra est l'ami du sacrifiant, du pressureur de sôma ; mais celui qui ne sacrifie p)as, l'avare, il le tue, il détruit toutes ses richesses. Aussi sensuel, à l'occasion, qu'il est d'ailleurs grand buveur et parfois sujet aux suites fâcheuses de l'ivrognerie, il ne se faitpas plus faute que les dieux d'Homère de jouer et d'abuser

1. La documentation du Rig-Véda sur ce qui va suivre se trouAc en très grande partie colligée dans la Rdl'jion Védique de Bergaigne, III, p. 203 sq.

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les humbles mortels pour assouvir ses passions'. Il est prompt à la colère, et le Rig-Véda n'ignore point que son amitié est inconstante : « Qui pourrait donc le louer, qui le combler d'offrandes et de sacrifices, à ce point que le miséricordieux le bénit toujours et le fit invincible? Comme on intervertit en mareliant l;i po-ition des pieds, ainsi, de par son art, il fait premier le dernier. 11 est dit héros, capturant les puissants l'un aprè-^ 1 autre, les emmenant à la file. Qui est prospère, il le hait, lui le roi des deux mondes; Indra tire à soi les domaines des hommes. 11 rejette l'amitié des uns; avec les autres il marche par élans irrésistibles. Renversant tout ce qui ne le suit pas, Indra s'avance fougueux à travers nombre d'automnes » ( Iv.V. VI. 47. 15-17). Toutefois la haine d'Indra « contre quiconque prospère » est une donnée à laquelle il convient sans doute de ne point attacher une spéciale importance. En principe, celui que hait Indra, c'est le superbe, l'impie, le riche avare, ses victimes habituelles; ici, le poète, arrêtant sa pensée sur l'instabilité des choses humaines et la toute-puissance divine qui joue avec les destinées, exagère l'idée courante jusqu'à dire que le dieu hait les heureux. Sur cette phrase unique, perdue dans l'immensité du lîig-Véda, il ne faudrait pas s'ingénier à construire un système qui introduisit dans la conception du monde védique l'idée étrangère de la « jalousie des dieux » . En contraste avec les dangers dont la colère d'Indra menace les méchants, se manifeste, avec plus de relief encore, la confiance en son inépuisable merci, sentiment naturel au dévot ami d'Indra. — (( Il ne rabat rien des v^mx » de celui qui le prie. — « Xul ne saurait dire : Il ne donne point. » — « Comme le ciel d'orage verse ses ondées, Indra répand ses trésors en bœufs et chevaux. » — Les citations de ce genre pourraient se prolonger à l'inlini. Mais on en dit autant, dans une moindre mesure peut être, de tous les autres dieux, en y ajoutant gà et là quelques traits individuels

1. On a vu qu'il sct.luit ki pau\ rc Aluilya en empruntant les traits de son époux.

conformes à la nature du dieu dont on fait l'éloge : d'Agni, l^ar exemple, avec une nuance particulière d'intimité, parce qu'il est l'hôte divin du foyer domestique. Le ton général est celui de la confiance dans la grâce des dieux, si souvent éprouvée.

Il n'y a d'exception que pour Rudra\ le dieu dont l'arc lance sur les hommes et les bestiaux les flèches des noires maladies : par lui, le monde des puissances cruelles, confiné d'ordinaire dans la sphère des démons inférieurs, s'élève jusqu'à celle des grandes divinités. Par les précautions que les sacrifiants se voient obligés de prendre contre les atteintes du dieu redoutable, le culte de Rudra ressemble tout à fait à celui des esprits malins et à celui des morts -. Ce n'est pas à dire que le ton des hymnes qui lui sont adressés diffère entièrement de celui des invocations aux dieux bienfaisants. On conçoit sans peine que la crainte inspirée par un dieu sinistre se traduise bien moins en paroles qu'en actes ; et d'ailleurs, Rudra, qui sait guérir les maux qu'il envoie, n'est point dépourvu de qualités bienfaisantes, auxquelles se réfère naturellement le poète désireux de le louer. Mais, malgré tout, la terreur (|ui l'environne éclate de prime abord dans les chants à sa louange : on le supplie de ne tuer grand ni petit, pèrenimère, ni le suppliant lui-même, d'épargner les bœufs et les chevaux, d'envoyer ses armées en quête d'autres victimes ; il est formidable comme une béte féroce. 11 se peut bien parfois qu'une méprise excite sa colère, par exemple un hommage maladroit, une prière inopportune alors qu'il est occupé à recevoir les vœux d'autres sacrifiants'; mais, d'une façon générale, l'accent de ces supplications désolées est celui de gens qui se sentent exposés, sans avoir commis aucune faute graAC, sans y avoir même donné le moindre prétexte, à ses assauts furieux.

Le caractère ou le tempérament particulier de chacun

1. Et aussi, mais dans une moindre mesure, pour les Marats; mais ou sait qu'ils passent pour fils de Rudra: Bergaigne, III, p. 154.

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