LE MONDE DIVIN ET LE MONDE MOKAL
de> dieux suffit donc à expliquer la fonction propice ou dé- :>astreuse qu'on leur attribue. Nous avons maintenant à nous demander (piel rôle on assigne aux concepts de bien ou de mal moral et de péché dans les relations qui unissent les hommes aux dieux.
Il est incontestable ([ue les notions de juste et d'injuste tirent leur principe de la vie sociale, et sont, à l'origine, absolument indépendantes, soit de la croyance aux dieux, soit des rudiments de cette croyance. A tout prendre, on ne verrait pas pourquoi les esprits ou, plus particulièrement, ces esprits doués d'une ])uissance très supérieure qui se nouiment dieux seraient, plus (|ue les hommes eux-mêmes, amis du droit et ennemis de l'injustice. Mais l'évolution histori([uc a tôt fait de franchir la limite qui sépare ces deux domaines, et d'établir, sinon en règle constante, du moins en thèse générale, une liaison entre le bien moral et la divinité : les dieux passent alors pour amis du droit ; et, chacun d'eux ayant sa propre sphère d'activité dans le concert universel, il est naturel que tel ou tel d'entre eux assume par là même la tache de prêter son bras robuste à la défense du droit contre l'iniquité.
Il ne nous incombe point de poursuivre cette évolution morale jusqu'en ses phases primitives. Essayons d'envisager le stade auquel elle est parvenue à l'époque védique.
La pliysionomie des dieux n'a d'éthique que des traits superficiels. Pour la conscience religieuse, la donnée essentielle, c'est que le dieu est un puissant ami : si les louanges qu'on lui adresse exaltent son pouvoir au delà de toute mesure, il n'en est pas de même de sa valeur morale. Tous les dieux, il est vrai, et sans exception, reçoivent des épithètes telles que « vrai, non trompeur » ' ; mais combien plus fréquentes celles de « grand, redoutable » ! Il en ressort simplement que le dieu, tout comme l'homme vertueux ou à peine davantage, est capable de bonté et de justice ; et ce qu'on vient de lire des faits et gestes d'Indra montre assez à quelle