‹ La religion du VédaChapitre 153 sur 380 · A. \-. V. 30.4, Vin. 7. 3, etc · texte numérisé non relu

A. \-. V. 30.4, Vin. 7. 3, etc

1. A. V. i;. io. 8. — Très commune.'^ sont les prières de ce genre: que celui qui cherche à charger un autre des torts issus du péché, se fasse tort à soi-même: que la malédiction se retourne contre son auteur: que le propre péché du su])pliant aille s'attacher à qui lui veut du mal (Bergaigne, III, p. 190 sq.l. Autant de formules qui impliquent, plus ou moins vague, la conviction que le péché a une vertu spécifique par laquelle il atteint l'homme qui s'expose à en être pontamjné.

LE ^rONDE DIVIN F.T LE MONDE ^rORAL 247

le monde du bien » (A. V. VI. 119). Du ton le plus calme dont on traite une affaire, sans ombre d'émotion intime, on lui adressait cette prière : « Le péché que nous avons commis par adjuration, conjuration ou contre-conjuration, en dormant ou en veillant, toutes les mauvaises actions, ces odieuses, qu'Agni les expulse loin de nous ' ! »

On méconnaîtrait néanmoins la variété des courants d'idées (jni se croisent dans le Véda. si l'on s'avisait de faire tenir dans des formes aussi extérieures de magie ou de liturgie expiatoire toute la pensée religieuse de l'Inde antique en matière de péché et d'ex[)iation. Nous avons, de ces prctrespoètes, des etïnsions touchantes, où s'exhale de l'âme bourrelée le sentiment profond de la conscience de ses péchés. Là où règne cet esprit, il ne s'agit plus de quehjue su!)stance pcccative et impersonnelle, ni des moyens de s'en débarrasser, soit par opération magique, soit par inter\"ention d'une di\inité : il n'est plu-< ([uestion ([uc d'apaiser la colère des dieux «pli châtient le [jéché; et nous nous trouvons ainsi amenés ;'i considérer l'autre face du concept moral. La faute iu)us est apparue jusqu'à présent comme une entité indépenilante. (pii agit de son pouvoir |)ro[)re; voyons la maintenant dans ses ra|)ports avec la colère divine, avec l'intervention des dieux pour le maintien de Tordre et du droit"-.

L'impersonnelle loi physii^ue et morale de l'univers ^lita)

1. Encore qu'ici la libcratiDii soit subordonnée à l'action d'un dicni, fie.*; deux concepts de faute ((ue nous avons distingués c'est néanmoins le premier qui domine: la faute ajjit par son propre pouvoir, et non en provoquant le courroux du dieu; celui-ci n'intervient que de par .sa vertu d'écarter une puissance nocive. Cf. infra p. 218.

:.'. On peut dire, d'une manière générale, que la première conception règne dans l'Atliarva-Véda. la seconde dans le Rig-Véda. 11 faut donc, ici comme partout, se garder de conclure de l'âge des textes ii celui des sentiuunits qui les inspirent. Cette divergence entre les deux Védas s'explique de la façon la plus satisfaisante i)ar la nature même de leur contenu respectif : dans des chants magiques, où le péché et ses suites, connue totu aiUre mal. .s^nt censés céder au charme (jui les bannit, le mal moral revêtira nécessairement un toiU autre aspect iiue ilans des h\ unies (pii exaltent l(>s dieux supérieurs et mettent dès lors leur action en plein teliet.

s'identifie avec les ((commandements de Varuna »' : demtl'ine. le péché est une transg;ression des commandements ou ordonnances de ce dieu. On le prie en ces termes : « Si. [)ar inattention, nous a'^ons violé tes ordonnances, ne nous fais point de mal, ô dieu, en punition de ce péché » [êiuni. R. V. VII. 89. 5). Les liens ou lacets où le pécheur se prend, et (jui. nous l'avons vu, ne sont autre chose que le péché lui-même, sont en même temps les liens de Varuna : c'est lui qui les a tendus ; il y tient serré le coupable. Le même poète qui, dans la citation ci-dessus, adjure les dieux Sôma et Rudra de détacher (( le péché que nous avons commis et qui durement lie notre corps », poursuit en disant : « Délivrez-nous du lien de Varuna. » A cette donnée, extraordinairement fréquente, des lacets de Varuna, viennent s'en ajouter d'autres, d'ailleurs analogues, notamment celle delà colère du dieu, toujours intimement liée à celle du péché : « Je cherche à connaître ma faute... Les sages sont unanimes à me dire : C'est Varuna qui est irrité contre toi-. » Dans sa colère, il envoie au coupable la maladie', le livre aux coups de ses ennemis, abrège sa vie, précipite à l'abime les impies; et les sinistres esprits de ruse {druhas) qui le servent, lui et Mitra, poursuivent les péchés des hommes*.

Il peut sembler que cette souveraineté de Varuna, que servent des esprits de ruse et à qui le rusé même ne saurait échapper, accuse encore quelque vague survivance de bassesse et de grossièreté primitives. On surnomme les Âdityas « infaillibles et trompant eux mêmes »'; on parle de leur « puissance miraculeuse par laquelle ils savent tromper ». de leurs « lacets qui sont ouverts pour le trompeur » ; on

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