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LE MONDK DIVIN ET LE MONDE MOKAL

effleuré plus haut; les éléments en sont connus et tout à portée. (-)n adresse à Agni des invocations du même j^enre (jue les prières à \'aruna : on le prie de pardonner la faute, de ne pas faire expier au suppliant la faute d'autrui, de le délivrer des liens du péché, afin qu'il devienne innocent au regard d'Aditi. La seule différence, à ce point de vue, entre les deux dieux, c'est (|ue ces sortes de prières sont relativement rares dans les hymnes à Agni. tandis qu'elles constituent le fond même de ceux (jui sont consacrés à Varuna. De plus, le caractère particulier de chacun appelle naturellement quelques nuances d'expression : Varuna est le témoin le plus élevé, Agni, au contraire, le témoin le plus prochain des actions bonnes ou mauvaises des hommes. Le dieu qui habite les demeures humaines, Tintermédiaire entre la terre et le ciel, se trouve être, parlàmème,rintermédiaire naturel entre la vertu ou le péché des hommes et la justice des dieux : il informe donc les dieux supérieurs des faits et gestes des mortels, et, fidèle ami des hommes, uni à eux par un commerce immémorial de chaque jour, il intercède pour eux auprès des dieux. — « Comment, 6 Agni, nous accuseras-tu devant Varuna, de- \ant le Ciel? Quel de nos péchés? Comment parleras-tu au miséricordieux Mitra, à la Terre? Que diras-tu à Aryaman? (|ue diras-tu à Bhaga'? » — ((0 Agni, écarte pour nous la 'olère du dieu Varuna... Sois-nous, o Agni, le plus proche avec ton assistance, tout proche au lever de l'aurore. Kiche en grâces, sacrifie pour nous à Varuna et fais-le nous franchir. \'iens ici pour exercer la miséricorde. Laisse-toi invoquer de nous. » — (( Qu'il nous délivre de l'artifice de Varuna, de l'artilice du dieu-. »

Nous ne saurions parcourir ici toute la série des divinités, en relevant pour chacune d'elles les témoignages, — plus ou moins fréquents, plus ou moins rares, mais en général plutôt

1. R. V. IV. 3. 5. L énumération dos dieux a qui doit parler Agni poursuit dans les stances ultérieures; mais Indra y manque (l'obrvation est de Bergaipne, III, p. ~06l. ■2. R. V. IV. 1. 4-5, I. 1:^8. 7.

rares, — de ses attaches avec le bien ou de sa haine contre les pécheurs. Bornons-nous sur ce sujet à la figure divine la plus marquante, pour accuser le contraste qui Toppose à Varuna ' .

Indra, lui aussi, apparaît çà et là poursuivant le crime. Comment, d'ailleurs, le dieu puissant serait-il exclu de ce domaine d'activité? comment le frappeur gigantesque, le dispensateur dos grâces, ne frapperait-il pas les méchants, ne répandrait-il pas ses grâces sur les justes? « Il les a tous, ceux qui avaient commis de grands péchés, percés à mort de ses traits, avant qu'ils s'en doutassent. » Il se proclame luimême « le meurtrier de celui qui n'apporte point de lait d'offrande, de riiomme qui change la vérité en mensonge, qui suit les chemins tortueux, qui vient à vide » ; et il est intéressant de constater ici la confusion caractéristique des méchants et de ceux qui ne sacrifient point. C'est aussi dans un hymne à Indra (IV. 23) (ju'on lit l'éloge du Rta et de ses solides forteresses, du Rta dont la voix pénètre jusque dans l'oreille des sourds. Et l'on dit à Indra, comme à Varuna : (( Xe nous frappe point pour un péché, ni pour deux ou trois, ni, ô héros, pour un grand nombre-. » Mais la rareté même de pareilles invocations parmi la masse énorme des hymnes consacrés à Indra, indique à elle seule qu'il ne s'agit point ici d'un caractère inhérent à la nature du dieu; ce n'est qu'ornement accidentel et accessoire, emprunt au personnage des Âdityas. Indra, en tant qu'il châtie le pécheur, n'est point tout à fait l'Indra véritable : celui-ci est le protecteur du sacrifiant, l'ennemi de l'avare qui ne pressure j)oint de sôma '. On nous dit bien qu'il anéantit l'orgueilleux enflé de ses succès; mais, s'il le fait, ce n'est pas à titre de serviteur

1. Bergaignc m'a devancé .siir ce terrain. Voir sa magistrale étude: III, p. 200-209.

2. R. V. II. 12. 10, X. 27. 1, IV, 23. 8 .sqq., VIII. 45. 34.

3. R. V. V. 34. 4, il est dit tout crûment : « il ne recule pas devant faute et péché [de l'homme] », c'est-à-dire que les péchés d'un homme ne rempèchent pas de taire alliance avec lui. Il est vrai que tous les poètes ne tiennent point pareil langage : cf. Dergaignc, III, p. .^:01.

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de réternelle cMinité, c'est en sa (jualité de haut seigneur qui ne saurait souffrir qu'on osât niarclier de pair avec lui.

Au surplus, les passages védi(iues (pii placent Indra en contraste direct avec Varuna montrent assez clairement que le sentiment de l'Inde ne confère point au iiremier la souveraineté véritable sur le juste et l'injuste. On en peut déjà voir un vague indice dans les textes qui nous donnent Indra pour l'adversaire et le vainqueur de ceux qui violent la loi de Mitra et Varuna [II. V. X. 89. 8 9) : le péché, on le voit, est une offense, non à Indra lui même, mais à ces deux dieux, ordonnateurs primordiaux du bien moral; et ce n'est qu'à leur suite, sous leur impulsion, qu'intervient Indra pour mettre son bras vigoureux au service de leurs grandes lois. Voici qui est plus catégorique encore et tout à fait décisif. — « O Aditi, Mitra et Varuna, ayez pitié de nous, quelque faute que nous ayons commise envers vous! Puissé-je, 6 Indra, sans peur, atteindre la vaste lumière! Que les immenses ténèbres ne nous enveloppent point !)) — (( Que la colère de Varuiia nous épargne! qu'Indra nous ouvre un vaste espace ! » — Partout où il figure en face des Adityas, puissants par la colère et par la merci pour la défense du droit, Indra nous apparaît sous des traits bien différents : peu soucieux de péché ou de vertu, il est le généreux ami de ceux qui l'honorent; il relève d'un monde divin dont la fin première était d'assouvir le désir naturel dont les hommes poursuivent la puissance et la richesse; monde indifférent à celui des idées morales, qui n'entra que lentement en contact avec elles et n'en fut jamais que superficiellement effleuré.

1. K. V. II. ^7. 11, VII. 81. 2. Cf. Berj^'aigne, III. p. 207.

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