‹ La religion du VédaChapitre 172 sur 380 · Apast. Dh. I. 10. 2S · texte numérisé non relu

Apast. Dh. I. 10. 2S

6. On impose aussi au coui)alile une demeure isolée, rupture du

SACRIFIf'R F.T CHARMKS KXPIATOIKR?; 277

runique raison d'rtre : le péché sera peut être expié dans hi suite; mais, ])our l'instant, il a mainmise et prise al)solue sur la personne du coupai)le, et cette possession doit en quehpie sorte vtvo exposée aux re^jards du public'.

Tous ces procédés de bannissement du crime, par combustion, a1)lution ou autrement, sont, on le voit, identiquement les mêmes (|uc ceux [)ar lesquels ou conjure les maladies : c"est (|u"ils relc\cut de la croyance d'un à^'e qui voyait avant tout dans la faute une substance nocive attachée au coupable, su!)stance du même ordre qu'une morbidité quelconque, et susceptible du même traitement. Aussi le terme védique de prâi/arcittri ou pvCiijarcittl-^ celui qui répond le mieux au sens de notre mot (( expiation », est-il en fait beaucoup plus compréhensif : il embrasse les oblations ou toutes autres observances, prescrites non seulement en cas de péché grave ou véniel, de négligence dans les pratiques religieuses, d'irrégularité commise, soit par faute ou force majeure, dans le cours normal d'un office liturgi([ue, mais encore en toute occurrence de sinistre présage, si, par exemple, la femme ou la vache a des jumeaux, ou si quelqu'un entend parler de soi comme s'il était mort, ou en mille autres pareilles circonstances ; car, en matière d'événements omineux, l'imagination et la lucrative technique des brahmanes ne le cèdent en rien à celles de leurs collègues de l'Occident.

commerce des hommes, etc. : Apast. Dh. I. 9. ;24. 1.3, 10. ;J8. 13, 29. 1; Mann, \1, 47 ; etc.

1. La conîessii)n publique et la imlilioité universelle (|ui résultent, par exemple, du lait de porter une peau d'âne ou de chien, n'exclut nullement, d'ailleurs, la po.ssibilité de croire que cet usage soit issu d'un rite consistant à porter la peau d'un animal de sacrifice, .soit, dans ce cas particulier, de la victime d'un sacrifice expiatoire: cf. R. Smith, Relifjion o/'îhc Sumitcs, I, p. 416 sq. Entait, le novice qui a violé son vœu de continence sacrifie un âne ; infra p. 2S2.

2. Ne .se lit pas encore au R,. V. — Mot à mot « souci de |l)onne] continuation » ?

Part respective du sacrifiant et des officiants

DANS les mets DU SACRIFICE.

Un trait essentiel du sacritice hindou, qui dailleurs se retrouve dans celui de maint autre peuple, c'est que les mets offerts ne reviennent pas exclusivement aux dieux, mais que les hommes en prennent une part : soit celui qui fait les frais du sacrifice, si toutefois il est brahmane et, à ce titre, capable d'affronter des agapes qui dépassent les forces humaines ' ; soit, avec lui, ou sans lui, les prêtres qui dans ce dernier cas le représentent. La formule afférente à cette consommation, assez moderne dans sa teneur actuelle, remonte certainement pour le fond à une haute antiquité : c'est « l'appel à Ida », c'est-à-dire à l'incarnation divinisée de la vache et à l'abondance de nourriture qu'elle tient en elle^ « Appelée est Ida... qu'Ida nous appelle. Appelées sont les vaches, avec le lait qu'on mêle au sôma : qu'elles m'appellent, les vaches, avec le lait qu'on mêle au sôma. Appelée est la vache laitière, avec le taureau : qu'elle m'appelle, la vache laitière, avec le taureau. Appelée est la vache, dont l'empreinte de pas est beurre: qu'elle m'appelle, la vache », etc. Cette litanie nous reporte à un temps de vie pastorale, et à une forme de sacrifice où figuraient les aliments procurés par la vache et peut-être la vache elle-même,

1. Cette restriction n'apparaît que dans les textes relativement modernes, et l'on peut se demander si elle était déjà connue du R.. V. Eu égard à l'ensemble des faits, je pencherais pour l'aiïirmative.

2. Sur Idà-vache, cf. supra p. 60. La littérature védique moderne nous fournit sur cette déesse une très abondante documentation, d'où j'extrais les quelques données suivantes : invocation à la vache qualifiée Ida dans les yajufi, Vàj. Samh. 3. 27, Taitt. Sanih. VU. 1. 6. 8, Àpast. Çr. S. VI. 3. S, etc. ; formule de 1" « appel à Ida » (cf. supra) « appelée est la vache dont la trace de pas est beurre », Àpast. Çr. S. I. 7. 7; le beurre dans la trace de pas, signe caractéristique de la déesse Ida ; elle est née d'une oblation de beurre, lait aigre, crème aigre et fromage blanc, composée par Manu, et le beurre liquide stagne dans la trace de^on pied, Çat. Br. I. 8. 1.

PART REi=;PECTIVE DU SACRIFIANT ET DES OFFICIANTS. 279

à titre de dons offerts à la divinité. A la fin de la récitation, les prêtres et le sacrifiant consomment chacun sa part des mets consacrés'. Les mêmes règles, en général, soit dans l'oblation de gâteaux, soit dans le sacrifice sanglant, président à la distribution de ces parts : le rite montre que partout le sens de cette partie de la cérémonie est conçu comme identique. Au sacrifice de sôma aussi, les prêtres et le sacrifiant reçoivent leur portion de la liqueur enivrante.

(^uel était-il donc, le sens attaché par lantiquité à cette participation des hommes au repas des dieux ? Ici se présente à nous une théorie à laquelle un exégête de premier ordre, trop tôt enlevé à la science-, a été conduit par la considération des usages rituels analogues des peuples sémitiques : l'idée fondamentale du sacrifice ne serait point celle d'un tribut payé par l'homme à la divinité, mais celle d'une communion entre eux, d'une sorte de parenté de sang qui reposerait sur leur participation commune à la chair et au sang de la victime; c'est plus tard seulement que se serait substitué à ce concept originaire celui d'un présent à offrir au dieu par l'acte de sacrifice.

En ce qui concerne le rituel védique, le seul qui doive nous occuper ici, il m'est impossible de découvrir, soit dans les cérémonies elles-mêmes, soit dans les stances ou les formules qui les accompagnent, la moindre allusion à une pareille façon de concevoir le repas du sacrifice comme repas d'alliance ou instauration d'une parenté de sang. Tout d'abord, on ne boit pas le sang de la victime : on le répand en offrande aux démons. Puis, dans les oblations aux dieux, le style des invocations est tout différent de celui qu'exigerait la théorie de la communion. On ne dit jamais: « Dieu un tel. mange avec nous, afin de devenir un des nôtres. » On répète à satiété: « Dieu un tel, agrée, mange, bois ce que nous te donnons; prospère et fais nous prospérer'. » Et la

1. Voir: Hillel,>randt, .\eu- uiul VoUinoiuhopl'er. p. 122 et 125 sq.; Schwab, Thifi-op/er, p. 148.

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