‹ La religion du VédaChapitre 181 sur 380 · FEU MAGIQUE · texte numérisé non relu

FEU MAGIQUE

Feu magique. Jonchée sacrée et feu sacré. La triade des feux sacrés.

L'etlinologie nous fait remonter à une forme absolument primitive du culte, qui comportait bien un sacrifice et un feu sacré, mais où celui-ci n'était pas encore un feu de sacrifice. L'oblation prenait une autre voie que celle du feu pour se rendre auprès du dieu ou du génie. Quant au feu, qu'on n'avait point encore promu à l'office de messager entre les liommes et le monde surbiunain. il n'était (ju'un feu magique chargé d'écarter les démons.

Ce feu magique, dans le culte véditiue, se confond avec l'incarnation plus récente du l'eu messager du sacrifice, et il nous est, à nous, d'autant plus difficile d'en opérer la distinction, que de très bonne heure sans doute ces deux entités cultuelles avaient déjà partiellement mêlé et échangé leurs attributs. Dans un culte aussi encombré d'oblations de toute sorte que celui qui nous occupe, le seul -fait de la présence simultanée d'une offrande à effectuer et d'un feu allumé de\ait fatalement entraîner pour conséquence l'usage de mettre l'offrande au feu. Par contre, le feu magique demeure reconnaissable dans les rites de nombre de peuplades demi-sauvages, auxquelles le feu de sacrifice est inconnu, et chez qui les actes de quelque importance se passent en présence d'une flambée : à l'accouchement, brûle un feu qui défend la mère et l'enfant des embûches des mauvais esprits ; la cérémonie d'admission de l'adolescent parmi les adultes, l'accomplissement de pratiques usuelles, telles que la coupe des cheveux, les oblations aux dieux et aux génies, les funérailles, exigent le voisinage d'un feu qui les garde des incursions démoniaques. Quiconque, instruit des fonctions de ce feu par une enquête promenée par toute la terre, abordera ensuite le rituel du Véda, y reconnaîtra aisément le feu magique en maint endroit, voire en mainte place où ce rituel prescrit

pourtant de verser dans le feu quelque libation : ainsi, les mœurs hindoues ont conservé, non seulement la «maison de raccouchce » (suti/,-â[/r//a^ ), distincte de tous les autres appartements, mais aussi le « feu de l'accouchée )) [mtihfnjni) tel que le prati(juent les sauvages. (( On enlève le feu sacré domestique, et l'on apporte le feu de l'accouchée : on ne l'emploie que pour chauffer » [les vases, etc.]'. Mais cette fonction utilitaire n'exclut pas ses attributs magiques : l'auteur poursuit : (( Ce feu ne sert à aucun rite sacré, hors l'enfumage : on enfume l'enl'ant au mo\cn de menu blé mêlé à la graine de moutarde. » Suit une série de formules contre les mauvais génies, qu'a envoyés le roi des génies, qui rodent la nuit par le \illage, qui boivent dans des crânes : qu'Agni leur brûle le foie, le cœur et le poumon.

Comme sur la naissance, ainsi veille le feu sur les phases essentielles de la vie de l'Hindou. (k)u'on lise la description de la taille des cheveux', qui constitue aussi, chez beaucoup de tribus à l'état de nature, une fête de famille d'une capitale im[)ortance : on y verra un feu allumé; puis, tout autour, des vases contenant des objets de bon augure, et les divers ustensiles requis pour l'opération, rasoir, miroir, etc. On mouille d'eau tiède les cheveux du jeune garçon, et on les rase en récitant des stances de bénédiction. D'une oblation quelconcjue à répandre dans ce feu, il n'est point du tout question. Si d'autre part, en se plaçant au point de vue du Véda seul, on était tenté d'expliquer ici la présence du feu par l'analogie d'autres cérémonies où figurassent une offrande et conséquemment un feu d'offrande, on irait contre les données de l'ethnologie, qui nous reportent ici à un feu

1. Cf. Jintainineut : Weber, Ahliamll. ih'r Ilrrl. A/.ad. dcr ^\V.s•.«., phil.-liist. hln.-'.-'e, 1867, p. 266 sqq. ; Ploss, </as Weih. II, p. 42 scicj. Sur le feu magique «le raccouchée, voir aussi Frazer, .lonrinii oj't/if Anthropolo!/. In^tituti-, XV, p. 84, n. 7. — (Sur le feu défensif contre démons et sorciers, Tylor, Ciril. priniit ., trad. Brunet-Barbier, II, p. 253 sq. — V. H.]

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