‹ La religion du VédaChapitre 187 sur 380 · FEUX SACRÉS · texte numérisé non relu

FEUX SACRÉS

de brûler les objets qui, pour avoir servi aux rites sacrés, ont subi le conta^e de certaines puissances mystiques et sinistres, pourrait trouver son application dans la question même qv ' nous occupe, celle de la genèse du feu du sacrifice. On pourrait en effet se demander s'il ne constitue pas la transition, ou tout au moins une des transitions concevables, entre l'usage de servir simplement l'oblation aux dieux, et celui de la verser dans le feu à leur intention'. Que faire de ces offrandes dont Tessence intime était censée consommée par les dieux ? Tout ce qu'un dieu a touché est danger pour l'homme : quoi de plus simple que d'écarter le danger en consumant l'objet offert ? Mais, lorsqu'il se consume, cet objet redouté, qui disparaît de terre, s'en va en tourbillon de fumée vers le ciel, où résident les principaux représentants de la divinité : ainsi, la transition entre bannissement par le feu et oblation ignée s'établit d'elle-même et tout naturellement. Il y a, toutefois, dans cette cohésion logique, un détail contradictoire : les dieux sont censés assis sur la jonchée, et on leur envoie leur repas en fumée dans leur demeure céleste ; mais le culte n'en est pas à une contradiction près, et, si la première manière de voir est de beaucoup la plus profondémont enracinée, la seconde n'en est pas moins assez abondamment représentée dans le Rig-Véda\ Le contraste n'est

prescription rituelle dans l'ordre que donne à Cunda le Buddha mourant, d'enterrer les restes du repas qu'il lui a servi, dernier repas du Buddha sur terre: Mahâparinihhâna-Sutta, p. 41 Childers. — Il est d'ailleurs ditlicilede tracer exactementle départ entre crémation et inhumation: les deux procédés entrent en concurrence autre part encore que dans la sépulture humaine: dans le rituel du sacrifice du bœuf à Rudra, on lit que « les entrailles ensanglantées sont jetées au feu ou enfouies en terre », Pârask. 111. 8.12. — Mentionnons enfin l'ablution, le procédé qui consiste à faire dissoudre et emporter par les eaux, soit les substances impures, démoniaques et morbides, soit aussi, ce qui au fond revient au même, les fluides issus du contact immédiat du monde divin, fluides imprégnés d'un caractère tout spécialement sacré et, par conséquent, dangereux. On trouvera plus loin le bain sacrificiel arabhrtlta (dans la section de la, dik.'</iâ).

1. L'anahse des matériaux sémitiques a inspiré à Robertson Smith la même conjecture: Rflif/ion ofllie Scinites, I, p. 367.

2. 'Voir les textes coUigés par Bergaigne, Bel, Vcd., I, p. 71,

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nulle part plus frappant que dans ce passage, où un poète delà famille des Vasishthas semble s'ingénier à passer de l'une à l'autre (R. V. VII. 11. 5s : (( OAgni, amène ici les dieux, afin qu'ils mangent le mets d'offrande. Puissent-ils, Indra à leur tête, trouver ici leurs délices ! Apporte cette oblation au ciel, aux dieux. Et vous, protégez-nous toujours et nous donnez le bien-être! »

L'analyse précédente nous a amenés à reconnaître dans le culte védique le maintien de deux types fonctionnels du feu, tous deux ancêtres prol)ables du feu du sacrifice : le feu magique, qu'on allume auprès de l'œuvre pie pour en écarter les esprits malins ; et le feu chargé de dévorer les reliefs de l'oblation, que le contact des dieux a rendus redoutables aux hommes. Un troisième rite, également conservé dans le culte védique, mérite de tenir une place dans l'évolution dont nous poursuivons l'histoire : c'est l'usage de brûler certaines parties du corps de la victime, afin d'attirer les dieux par l'appât de l'odeur'. L'on ne doit pas oublier, enfin, que certaines offrandes s'adressaient au dieu Agni lui-même, et qu'alors il était tout indiqué de les verser en lui, c'est-à-dire au feu. Alais il ne nous est permis que de jeter en passant un coup d'œil sur ce que le rituel védique peut encore contenir de survivances propres à éclairer la question de l'origine du sacrifice et des feux qui y président ; il ne nous appartient pas de pénétrer plus avant un ensemble de rites qui remonte bien au delà du Véda.

Allons au fait : quels sont les rites proprement védiques qui concernent le feu du sacrifice-? Ici nous rencontrons tout d'abord la distinction capitale du sacrifice à un seul feu et du sacrifice ;l trois feux. Le premier, le plus simple, est aussi le plus ancien ; mais de bonne heure-'se développa

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