Cf. supra, p
l'iNDF AXriEN'XE ET LE RIG-VÉDA 11
prt's, des superstitions mortuaires, démoniaques et mai<i(iues, une représentation si adéquate et vivante, qu'il nous soit permis de négliger les compléments dont nous sommes redevables aux Védas postérieurs. Le peu même que le Rig- Véda nous en révèle ne semV)le pas exempt d'alliage, et l'on y croit reconnaître l'influence du sentiment exclusif qui sévit dans ses couches sous-jacentes : ainsi, dans les chants funéraires du livre X et dernier, la croyance à l'immortalité de l'ame se nuance de l'orgueil propre à une aristocratie sacerdotale, sûre du haut accueil que préparent à ses membres leurs divins amis dans les palais célestes ; des âmes qui habitent le^ entrailles de la terre, de celles qui enveloppent du murmure de leur vol les tombes et les demeures humaines, de celles qui s'incarnent en des corps d'animaux, des apparitions spectrales, rien à peine ne transpire dans ces hymnes consacrés à la mort.
Un dernier mot sur le Rig Véda : dans les myriades de concepts qui s'en dégagent, ceux qui procèdent authentiquement de la croyance populaire se mêlent, souvent sans dis tinction possible, à ceux qui relèvent de la spéculation artificielle des écoles sacerdotales ou, simplement, d'un accident de l'imagination du poète. La nature du travail littéraire tel qu'on l'a décrit plus haut, les rivalités entre poètes et familles de poètes, ce milieu, enfin, de surenchère mystique et verbale, tendaient à favoriser les fantaisies individuelles et les créations éphémères. Aux données anciennes, devenues banales, un groupement nouveau pouvait prêter un tour plus piquant ou plus mystérieux : reconnaître au passage ces éclairs de style, ce n'est pas toujours tâche possible ; et pourtant, c'est la condition fondamentale au défaut de laquelle nous devrions perdre l'espoir de jamais voir clair dans la mentalité religieuse des contemporains du lîig-Véda. L'historien a mieux à faire, que d'aligner, comme en un index, toutes les conceptions, soit courantes, soit isolées, qu'il rencontre à la lecture de ces hymnes' : ce
1. C'est là, si je ne me trompe, le défaut capital du grand ouvrage
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qu'on exige de lui, c'est un dessin qui en marque la réelle perspective, qui ne confonde pas, dans un système arbitraire, le fond constant avec les jeux d'esprit issus par hasard d'un cerveau de poète. L'application de ces principes de méthode ressortira maintes fois, je l'espère, de mes recherches ultérieures.
Le Ya.iur-Yéda,
Ce sont les prêtres récitants et les chantres; — le hôtar et ses acolytes, Tudgâtar et son quatuor, — qui empruntent au Rig-Véda les stances par lesquelles ils célèbrent les dieux et les invitent au sacrifice. D'autres prêtres, voués aux fonctions matérielles du service di\in. — l'adhvaryu et ses aides, — accompagnent leurs manipulations de formules en prose (//''(/"••<')' bénédictions ou exorcismes. Le j/"j"x., en général, ne s'adresse pas, du moins directement, aux dieux, mais à l'ustensile que l'officiant tient en main, à l'opération qu'il est en voie d'accomplir ; on y désigne les objets sous des noms mystiques, cpii expriment leur vertu propre ou la grâce divine dont ils s'imprègnent ; on y envisage les phases du sacrifice comme des représentations symboliques de la vie de l'univers, à laquelle les unit un lien mystique ; on y applique en propres termes, au bien-ctre du laïque sacrifiant, à la ruine de celui « qui nous hait et que nous haïssons», tous les actes du drame qui se joue sur la scène du sacrifice. Si le prêtre s'empare de ([uelque accessoire,
de Berjïaigne, la Jli^Iii/ion rOcUijuc — l.e temps a iiian(|iu' ii Ber^aigne pour onlonnor les matériaux (ju'il avait (-(imuieiicé ])ar accuuiuler. — \ . II. j
1. Sur le sens exact de ce tenue, cf. Z"il^r]n-lfL di-r M(>i';/''/ilaiii/. des., XLII. p. 2l5,u.x'.Au surplus, il ne manque pas non plus de lormnles de ce genre dans le rituel des récitants et celui des chantres; mais elles y sont visiblement bien moins nombreuses, et. comme les lonclions propres de ces deux sortes de ])rëtres les reléguaient au rangde simples accessoires, elles n'ont pas été litt('rairement lixées d'aussi ))()iuie heure (pui" la liturgie de l'adlivaryu.
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c'est « ;i rinvitation du dieu Savitar, avec les bras des AçvJns, par les mains de Pûshan». Au van de roseau tressé il dit: « La pluie t"a fait croître. )> Au grain qu'il y dépose pour le repas rituel : « 'Ju'il t'accueille, celui que la pluie a fait croître. » Et il en sépare la baie en disant : « Arrière le démon, arrière les monstres. » Après l'arrivée du chariot qui amène les éléments du repas, il touche l'épaulière du joug et murmure : « Tu es l'épaulière du joug rJ/mi') : nuis au nuiseur {dhnnyï (Uulvrnntam) ; nais à qui nous nuit ; nuis à qui nous nuisons. » En versant l'eau sur la farine pour l'apprêt du gâteau : (( Les eaux se sont unies aux plantes', les plantes au suc. Que les riches s'unissent aux mobiles', les douces aux douces. » On comprend sans peine l'esprit de ces substitutions : en décrivant sous toutes ses faces l'essence intime des objets, elles accroissent l'efficacité du charme qui en doit émaner.
Il est fort proljable que la liturgie des Indo Mraniens avait déjà des formules de ce goût; car l'Avesta nous en a conservé un bon nombre, de style absolument védique'. Que du moins elles fussent en usage dès le temps du Rig-Véda, c'est ce dont nous avons de sûrs garants'. Mais la comparaison des recueils même les plus anciens de //''(/'.-.s '' avec le Ivig-Véda accuse un très frappant contraste : on y' voit poindre des concepts nouveaux, foisonner tel mot que le lîig-Véda ne connaît point du tout, ou ii peine dans sa dernière période''. A la différence du texte du Rig-Véda, dont la fixité nous étonne à bon droit, ces menues oraisons,
1. C'estii-diro « avec lu farine » qui est d'origine végétale.
2. Les <( riches » ce sont les eaux ; quant aux « mobiles », il faut bien que le mot désigne la farine, mais conuuent ? — [D'habitude, en effet, ce sont les êtres animés qui seuls sont dits « mobiles », mais l'exception faite ici pour la farine se conçoit aisément — V. H.]