Ait. Br. VIII. U
LE PLIOMITA 321
la reine et un serviteur; le mauvais cliapelain partager le sort du mauvais roi tué par son peuple; partout enfin, le chapelain, côte à côte avec le roi, comblé de richesse et de splendeur. Il n'est pas douteux que tel ne fût déjà le lot du purôhita védique : dès ce temps, la dignité de chapelain est pour tout l)rahmane le but suprême de ses efforts. Mais le plus haut sommet où Ton puisse atteindre, — et nous savons que plus d'un l'atteignit, — c'est de cumuler les fonctions de chapelain de deux ou tïois royaumes : trait caractéristique en ce qu'il montre à quel point s'était élevé le prestige sacerdotal, dominant de haut les individualités princières encore à l'état d'ébauche. Il tombe sous le sens que ces postes n'étaient guère accessibles qu'aux plus habiles et aux moins scrupuleux des intrigants, à qui ils conféraient une influence prépondérante dans toutes les cabales de cour.
C'est sur le purôhita, « le gardien du royaume «, — ainsi le nomme une ancienne formule, — que repose, au témoignage déjà du Rig-Véda, toute la prospérité foyale : « il règne en sécurité dans sa demeure paisible, pour lui coule sans cesse la nourriture gonflée d'abondance, devant lui de bon cœur s'inclinent ses sujets, le roi devant qui marche un brahmane », y est-il dit (IV. 50. 8), avec claire allusion au nom du purôhita, qui signifie « placé devant ». Les récits ni les textes juridiques ne circonscrivent, à vrai dire, le champ d'activité politique ou même l'office public qui lui est assigné : les contours en sont fuyants, à l'image de l'organisation générale de l'État hindou, qui n'obéit encore à aucune règle ferme. Le chapelain doit connaître les lois et l'art de gouverner, présider à l'expédition de toutes les affaires publiques, conseiller le roi, et le roi suivre ses conseils. On nous le montre instruisant le souverain, lui enseignant surtout les saintes écritures, rendant en son nom la justice, soit criminelle, soit civile. En cas de décès du prince, si la transmission du pouvoir soulève des difficultés, il prend de sa propre autorité les mesures requises par la situation.
Ces droits et devoirs du chapelain n'appartiennent qu'ac-
OLDENBERG. — VédcC. 21
cessoirement à notre sujet: ce qui nou:^ importe, c'est sa fonction sacerdotale, fondement primordial de toute sa puissance. Il n'y a sans doute aucune exagération à dire qu'au point de vue du culte il est un altcr ego du roi. Le lecteur se souvient peut-être de cette invocation à Agni, où l'on remplace les noms des ancêtres du sacrifiant par ceux des ancêtres de son chapelain. Au sacrifice du cheval, du moins selon certains théologiens, il y a des ohlations que le roi doit accomplir sur les feux sacrés de son purôhita'. Le jeûne expiatoire imposé au roi pour manquements dans l'administration de la justice criminelle, est obligatoire en même temps pour le chapelain -. Alais surtout c'est lui seul qui a la haute main sur tous les sacrifices ou les actes de. culte, cruels qu'ils soient, accomplis par le roi. Les textes brahmaniques ne tarissent pas de variantes sur ce thème unique: les dieux luttent contre les démons, ils vont avoir le dessous; ils s'adressent à leur chapelain, qui est le dieu Brhaspati : « Trouve pour nous un sacrifice de par lequel nous remportions la victoire sur les démons. » Un sûtra l)ouddhique^ raconte qu'un roi du temps jadis, à la suite de grands triomphes, se résout à offrir un sacrifice qui, dit-il, (( me soit à joie et bénédiction pour une longue durée «: il fait venir son chapelain, le consulte sur la solennité qu'il doit célébrer; celui-ci la lui enseigne et profite de la circonstance pour développer quantité de considérations morales et édifiantes'*. Dès le Rig-Véda (X. 98), le purôhita Dêvâpi obtient j)our son prince une prière magique à l'effet de faire tomber la pluie et l'insère dans un sacrifice. Dans l'Atharva-Véda (IIL 19), le purôhita se