Cf. Darmesteter, Z. Â., I, p. lxx
jecture: celles, par exemple, de Vâtarcrak/isha « attiseur de feu » et del'agnîdh « allumeur de feu », de Vâsnatare « laveur», qui lave et filtre le haoma, et du pôtar (( clarificateur » védique. Mais la liste avestique ne vaut pas seulement par les noms qu'elle contient : elle vaut par ceux qui n'y figurent point. Il y a un zaotar ou prêtre récitant, il n'y a pas de chantres proprement dits: détail de j^remier ordre, si l'on en rapproclie la liste des plus anciens officiants connus du Rig-Véda, où ne figurent pas davantage les trois chantres de la commune liturgie védique.
Quelles sont, maintenant, les notions concrètes qui répondent aux sept noms ci-dessus énumérés? et quels indices en peut-on tirer qui éclairent la progressive évolution du culte?
Avant tout se détachent en vigueur deux noms de première importance, qu'au surplus les listes en prose placent en tête : ceux dahotai-et doïad/u-art/u. La distinction entre eux est aisée et claire : l'un récite ; l'autre accomplit la besogne matérielle. Le nom du Jiûtar ou « verseur)) semble remonter aune époque où un seul et même prêtre cumulait les fonctions de louer le dieu, de l'inviter au festin et de lui verser les oblations. Cette simplicité primitive se maintint intacte pour les petites offrandes ; mais pour les grandes^ à commencer sans doute parcelle de sôma qui servit de modèle aux autres, les attributions se scindèrent, ainsi qu'on l'a vu, dès avant la période indo-éranienne, il y eut un prêtre récitant, un prêtre opérant; et, au mépris de l'étymologie, l'ancien nom du récitant-opérant d'autrefois demeura au récitant de la nouvelle liturgie. C'est à celui-ci qu'il incombe de dire de mémoire, à chacune des phases essentielles du sacrifice de sôma, les stances par lesquelles on célèbre les exploits, la puissance et la majesté du dieu qu'on invoque, en le con-
1. C'est la distinction que marque la liturgie technique par les termes respectifs de Juhôtaijas et yajatayas. Pour celles-ci, il faut le concours du hôtar qui récite et de ladhvaryu qui manipule. Les autres ne requièrent qu'un seul prêtre, qui toutefois se trouve être radhvaryu : transport qui s'explique tout naturellement parla nature des fonctions de cet otliciant.
viant au festin et lui transmettant les vœux du sacrifiant. Cette poésie {iiktha), à laquelle, dès l'époque du Rig-Véda, s'associe l'idée d' « ivresse » [madaY, s'entremêle d'invocations en prose, où se reconnaissent çà et là des fragments informes de vers : le dieu y est désigné par ses titres honorifiques et convié à venir s"enivrer au sôraa-. Pour clore, le hôtar s'écrie: « Hé! nous rendons hommage à un tel! » {jjê 7/ajàmahêy; et Tadhvaryu verse dans le feu la libation.
Les menues offrandes ne requièrent aucune récitation, mais simplement l'exclamation ci-dessus. Le rituel récent, qui a conservé en grand nombre les offrandes de cette espèce*, distingue d'autres cas, également fort fréquents, où le hôtar doit accompagner son oblation de la récitation de deux stances isolées : les termes de la première [purônuvâh-ijâ] convient le dieu à s'approcher ; ceux de la seconde [ijôjjja]^ à manger ou à boire ce qu'on lui présente. Il semble que celle-ci ait chronologiquement précédé l'autre : elle serait une sorte de développement de la simple formule r/ê yajâmahê. Des séquences de stances de cette nature, spécialement affectées à certaines séries d'oblations, constituent un des éléments caractéristiques de la poésie du Rig-Véda*.
1. Cf. Hillebrandt, Be:;;L'nber[/er's Beitrâr/<;, IX, p. 192 sq.
2. On serait tenté de croire que ces invitations, dites aussi « annonciations » (nicid), nous ont conservé le noA-au primitif autour duquel se sont agglomérées les longues récitations ; et, de fait, elles portent le cachet de l'état de nature, en ce qu'on y constate l'usage de désigner par leurs « laudatory naines » les êtres à qui va l'offrande. Mais il est impossible d'admettre, avec Haug (Ait. Br., introd., p. 36), que les nivids soient anciennes dans la forme où elles nous sont parvenues.
3. Il s'y joint l'appel d'offrande cashat, qui équivaut à ca/.shat et doit signifier quelque chose comme « grand bien [lui] fasse » (?). J'omets sur tous ces rites les détails secondaires.
4. Voir les exemples dans Hillebrandt, Neu- und Volîinondsopfer, p. 94 sq., etc.
5. Cf. Oldenberg, Zcitschr. der Morr/. Gex., XLII, p. 243 sq. — Dans le rituel postérieur, les longues séquences du sacrifice de sôma, qui prennent en quelque façon la place des purônuvàkyâs (cf. Kâty. IX. 13. 33, et Geldner, Ved. Stud., II, p. 152), ont également pour répons régulier une stance yàjyâ.
De stances d'introduction correspondantes, au contraire, ce recueil n'en a point encore, ou du moins il ne nous offre que les premiers rudiments de ce type liturgique'.
Il est à peine besoin d'ajouter que le hôtar, outre ces récitations qui font partie intégrante du sacrifice, en accomplit quantité d'autres moins importantes : d'abord, la grande invocation matinale aux déités du matin, qui précède le sacrifice de sôma ; puis, mainte courte récitation qui correspond à telle ou telle menue phase de l'œuvre sainte'. Ceux qui composèrent ces prières si variées, ce furent sans doute, essentiellement, ceux mêmes qui les récitèrent, et nous pou vons nous représenter les Rsliis de l'ancienne tradition védique, soit comme des hôtars, soit du moins comme redevables de leur inspiration poétique aux circonstances où ils ont rempli cet office. Il n'est pas douteux non plus que le prêtre qui savait composer ou réciter la parole élevée et sonore à laquelle condescendait le dieu, ne dût être, au sentiment des premiers âges, le premier parmi les officiants^ : s'il en eût été autrement, comment aurait-on tenu le hôtar pour l'humaine incarnation d'Agni le prêtre-dieu ?
Lorsqu'on veut louer le hôtar, on dit que sa langue est belle; de ladhvaryu, on dit que ce sont ses mains. L'adhvar5'u ne parle pas, à cela près qu'il accompagne de formules de bénédiction, de propitiation, de conjuration du mal*, chacun des actes de son minutieux ministère. Les détails du sacrifice ne le concernent pas seul : suivant une division du travail commandée sans doute beaucoupplus par les nécessités pratiques que par une rigoureuse théorie, il les partage avec d'autres
1. Oklenberg, loc. cit. — Je crois que Bergaigne [Rer-Ji. f'ur l'hir^t. (le la lit. céd.,p. 13 sq.)s"est montré trop large dans l'appréciation de ces rudiments de formules introductives.
2. Voir pour plus de détails: Oklenberg, lor. cit., p. 242 sq. ; Bergaigne, op. cit., p. 15 sq.
3. [Cela n'est point sûr: il l'est, sans doute, pour le Rig-Véda : mais précisément le Rig-^'éda est le Véda du hôtar, et son témoignage est récusable. Cf. Henry, lierue critique, LU, p. 261.— V. H.].
4. Ces formules sont presque toujours en prose. Cf. au surplus supra p. 12 sq.
prêtres, et notamment avec l'agnldh, dont il va être question. Mais, d'une manière générale, c'est bien lui qui occupe le centre du sacrifice envisagé comme (cuvre manuelle : il a la haute main sur l'entretien des feux sacrés, l'apprêt de la jonchée, le rangement et le nettoj^age des vases sacrés, la cuisson et la présentation des gâteaux, le pressurage, le filtrage et la libation du sôma.
A la suite de ces deux éminents personnages, plaçons en tête de leurs confrères le prêtre que nous venons de nommer, Vagrndh ou (( attiseur de feu ». « Il attise les feux », dit un Brâhmana' ; et en fait, les textes lui assignent diverses fonctions relatives au feu ; il le nettoie, il y met une bûche, et ainsi de suites Mais, dans l'ensemble de sa charge, on peut le définir comme un auxiliaire de l'adhvaryu' : dans beaucoup de menues opérations, qui ne requièrent qu'un petit nombre d'officiants, on voit l'adhvaryu et l'agnldh, en tant que prêtres servants, opposés ensemble auhôtar'. Il y a notamment, au sacrifice de la nouvelle et de la pleine lune, un rite où le hôtar place l'une de'ses mains sur l'épaule de l'adhvaryu, l'autre sur celle de l'agnïdh, et leur donne ainsi le signal de s'asseoir' : frappante image de l'identité de situation de ces deux officiants".