‹ La religion du VédaChapitre 229 sur 380 · Cf. supra, p. 20, n · texte numérisé non relu

Cf. supra, p. 20, n

3. Sur tout ce qui suit, consulter, outre les sources : Weber, Ind. Stud., X, p. 3o8 sq. ; Lindner, die Dlksliâ (Leijjzig, 1878).

4. Quelques textes prescrivent en outre une ou deux peaux d'antilope que le sacrifiant revêt par dessus ses habits. La fourrure d'antilope noire, accessoire très important du rituel sacrillcatoire, liasse dans les Bràhmanas pour une incarnation de la sainteté [bràhman]. S'y asseoir, s'en envelopper, c'est donc probablement, dans la pensée de rage védique, s'imprégner du fluide matériel de sainteté ; c'est ainsi qu'en s'asseyant sur la i^eau d'un bouc, animal très lascif, on s'imprègne de puissance génératrice, Çat. Br. V. 2. L M. Cf. la description du bra/imacârin, A. V. XL 5. 6, « couvert de la peau d'antilope, dî/.nhita, à longue barbe ». La corne d'antilope, dont il vp, être question, a évidemment, elle aussi, mie semblable vertu, soit de sanctification, soit d'exorcisme : aussi l'emploie-t-on, au sacre royal, en la promenant sur les membres qu'on vient d'asperger, Çat. Br. 'V. 4. 2. 4, Kâty. X"V. 6. 8. ^- Comparer l'emploi de souliers en peau d'antilope, prescrit Taitt. Sainh. V. 4. 4. 4. — Le rôle assigné à la peau d'antilope noire ne remonterait-il point, par hasard, à Tinter-

LA DÎKSIIÂ F.T Lr BAIN SACRIFICIIil. 341

pend une corne d'antilope qui doit lui servir à se gratter s'il en éprouve le besoin. Il demeure assis en silence jusqu'au .oucher du soleil; alors il prend un peu de lait cuit, aliment prescrit pour la dikshâ. et passe la nuit, soit à veiller, soit à tlormir dans sa cabane, en se recommandant à la protection d'Agni qui doit écarter loin de lui les embûches des esprits malins'. Ces observances en impliquent encore beaucoup d'autres accessoires : telles, l'obligation de bégayer en parlant, et celle de fermer en poing les trois derniers doigts. KUes durent plus ou moins de temps, selon qu'on s'en rapporte aux diverses autorités, mais, suivant certaines, jus- (ju'au total épuisement corporel du patient -.

A un ou deux passages près, d'ailleurs fort douteux, le Rig-Véda parait ignorer la dîkshâ'". Ce qui intéressait les poètes, c'était la louange des dieux, et non ces survivances

vention si fréqaente de la couleur noire dans les cultes primitifs (vêtements noirs, etc.), partout où il importe de déjouer les embûches les démons en se rendant invisible? Observer, par exemple, que, les rebuts du sacrifice étant la part des démons, on la leur jette sous la peau dantilope (Hillebrandt, -V. u. Vmondsop/fr, p. 171): n'est-ce ])as qu'entre eux et les hommes il faille fendre un voile qui les aveugle? Ou bien faut-il voir là quelque vague reflet de totem? iCf. supra p. 7:-'i. [ — Cette dernière conjecture est aussi arbitraire (|u'inutile. — V. H.]

l.Taitt. Sauih, VI. 1.4. 5 sq. Sur l'obligation de veiller: Maifrây. Samh. III. 6. 3: Apast. Çr. .S. X. 12. 6: etc.

2. Le sacrifice de sôma n'est pas le seul acte religieux qui comporte une « retraite » ou préparation de ce genre. Le novice qui a rompu son vœu passe la nuit qui précède le rite purificatoire exigé pour la circonstance, à veiller près du feu, enveloppé d'une peau dantilope noire, dont il sort à l'aube en rampant: Baudhây.Dh. IIL i. 4. Le jeûne et autres observances figurent souvent parmi les apprêts des cérémonies du culte: voir la section suivante.

3. R. V. VIL 33. 13, et cf Pi.schel-Geldner, Ver/. StwL, I, p. 260. Peut-être au.ssi IX. 83. 1, où on lit que « celui qui est crû, dont le corps n'est pas pénétré d'ardeur », ne saurait avoir part au sôma (sur la diksliâ en tant qu'imprégnation d'ardeur, voir plus bas). D'autre part, le rite du bain final ùnfra p. 347 sq.), qui est en corrélation intime avec ladikshâ, est mentionné VIII. 03. 23 : car il n'v a pas la moindre raison de douter que le mut aralihrthn ne figure dans cette stance avec l'acception constante que lui donne la littérature postérieure: cf. Ludwig, R. V'., V, p. 186. .S'il en fallait une preuve de plus, on la trouverait dans le mot nirumpnnas de la stance 22: formation inten-

de pratiques magiques qui s'appliquaient iDeaucoup plus à un homme qu'aux dieux, à plus forte raison qu'à un certain dieu en particulier. Or il n'est pas douteux que la dikshâ ne nous reporte à un type traditionnel de sorcellerie primitive ' : on y reconnaît tous les caractères des rites encore usités parmi les peuplades sauvages ou demi-sauvages pour provoquer nm état extatique propre à étal3lir la communication avec les dieux ou les esprits. Les procédés à cet effet sont constamts: immobilité contemplative en un lieu solitaire ; réclusion dans une cachette où ne sauraient atteindre les agents de troubles; macérations corporelles de toute sorte, bains de vapeur, et surtout jeûnes, car « ventre toujours j)lein n'a pas d'yeux pour le mj'stère », disent les Zoulous*.

sive sur lia, racine pil (?), ou quel qu'en soit d'ailleurs le sens, il est certain du moins que ce mot relève essentiellement de la nomenclature afférente au bain du sacrifice: cf. Vâj.Sarah. 8. "27.

1. J'estime que, dans l'interprétation de la diicshâ, il n'y a aucun, comjjte à tenir de la tradition des Brâhmanas, suivant laquelle elle symboliserait un état d'embryon ; l'avablirtha, de son côté, figurerait la naissance: Ait. Br. I. 3. 22. On ne voit pas du tout pourquoi le sacrifiant serait métamorphosé en embryon pendant la durée du sacrifice, et les rites de la dikshâ cadrent aussi malaisément que possible avec ce concept. 11 semblerait même qu'il fût encore inconnu des théologiens qui composèrent les formules liturgiques de la cérémonie; car elles n'y contiennent, autant que je puis démêler, pas la moindre allusion. La question changerait de face, si l'on pouvait prouver qu'au R. Y. VII. 33. 13 (cf. supra p. 341, n. 3) jâtau fût l'équivalent de dlkshitau; mais cela me paraît assez douteux. — [Si pourtant l'une au moins des origines du culte doit être cherchée dans le symbolisme solaire, si le sacrifiant voilé de la peau noire représente le soleil enseveli dans les ombres de la nuit, qui se lèvera glorieux au moment précis où commencera le sacrifice, on voit que ce concept de l'embryon peut remonter à une très antique tradition. Si l'on songe que le soleil avec ses rayons est souvent figuré par un animal cornu (taureau, bélier, etc.), on sera fortement tenté de voir aussi dans la corne d'antilope une survivance, désormais incomprise,

■de symbolisme solaire. — V. H.]

2. Voir sur ce sujettes faits recueillis en abondance dans: Tylor, Civilisation primitive, trad. Barbier, II, p. 527 sqq. ; A. Lang, Mythes, trad. Marillier, p. 105 sq. Chez les indigènes de la côte N.-O. de l'Amérique, le sorcier invité à une fête s'y prépare en jeûnant jusqu'à l'inanition et s'enfermant dans le coin le plus sombre de sa hutte; car l'usage exige qu'il y comparaisse hâve et décharné:

LA nÏKSHÂ ET LE lîALN SACUIFK lEL 343

Le jeune jusqu'à épuisement ', c"est aussi, on vient de le voir, l'essence même de la dikshâ, et le motif de l'extase s'y trahit également, si je ne me trompe, au moins en un trait de survivance, le bégaiement du consacré-. Si elle est poussée trop loin, disent les textes', elle fait évanouir les forces vitales. (( Il est enseigné ceci : quand le consacré maigrit, alors il devient pur pour le sacrifice ; quand sa peau colle contre ses os, alors...; quand on ne peut plus voir le noir de ses yeux, alors... ; gras il entre en dikshâ, maigre il sacrifie'.»

Ce motif, toutefois, ne paraît pas le seul : il s'accompagne, dans la dikshâ primitive, du motif de réchauffement, qui s'efface dans les descriptions actuelles du rite rajeuni. La peau d'antilope, le voile sur la tête, le voisinage du feu : autant de procédés calorifiques ; joint qu'on enseigne une formule à proférer au cas où le patient entre en transpiration". Mais la considération capitale en ce sens, c'est que

Ausland, 1890, p. 260. De nos jours encore, en Ecosse, « on enveloppait une personne dans la dépouille d'un bœuf fraîchement tué », et on la confinait en un lieu désert pour appeler l'inspiration (Lang, p. 102). — Cette retraite dans l'obscurité, ce confinement sous une peau de bête relève sans doute de l'ensemble de mesui-es préventives, développées à l'infini dans le culte ijrimifif, qui ont pour but de protéger les suppliants contre toutes les influences nocives dans les occurrences particulièrement solennelles ou hasardeuses. C'est ainsi que, chez les Indiens, on noircit le visage de la femme qui a ses règles et on la cache sous une couverture de tente en cuir : Ploss, clas Kincl, 2* éd., II, p. 434. On trouvera maintes autres coutumes de ce genre colligées notamment par Wilken, /.Vc. colon, internat., III-IV.

Page 1