‹ La religion du VédaChapitre 231 sur 380 · Taitt. Samh. III · texte numérisé non relu

Taitt. Samh. III

3. Vfijas. Samh. 1. 18. — Ce sont des familles sacerdotales du temps jadis.

LA DÏKSHÂ ET LE MAIN SACRIFICIEL 345

ment le tapas de la « riuintuple chaleur )) : lascète est assis sous Tardeur du soleil entre quatre feux orientés suivant les points cardinaux. Un texte jaina dépeint l'ascète, « raidc comme un pilier, le regard fixé sur le soleil, se laissant brûler à découvert par ses rayons' ». Le bénéfice de cette cruelle pratique, à laquelle s'en joignent d'autres accessoires, jeûnes, veilles, retenir son haleine', etc., c'est une illumination et une puissance surnaturelles et multiformes. « Les dieux sont entrés en eux », dit le lîig-Véda (X. 136. 2) de ceux qu'a saisis le vertige extati(iue; et ce passage, isolé dans le recueil, y est l'expression d'un concept qui pénètre la religion tout entière, depuis le culte des plus grossiers sauvages jusqu'aux manifestations religieuses les plus élevées. Le RigA'éda nous montre un poète (VIIL o9. 6 qui, dans une vision enfantée par le tapas, plonge au passé le plus lointain de l'humanité et assiste aux créations des ancêtres, des premiers sacrifiants. De l'âme emplie de tapas naissent le rêve et (( la parole, fille du tapas, qui pénètre chez les dieux ». De par lo tapas, celui qui a pratiqué un tapas austère monte jusqu'au soleil : c'est après avoir accompli cette pénitence qu^Indra l'a conquis. Au roi qui a ravi la femme du brahmane on rappelle les sept Rshis, a'ieux des familles brahmaniques, « qui se sont assis pratiquant l'ascétisme » : la vertu magique de l'ascétisme inhérente au brahmane sera funeste à celui qui l'a offensé. L'ascétisme [tapas] rend possible les œuvres les plus prodigieuses : c'est en le pratiquant que la déesse Ashiakâ a enfanté la majesté d'Indra; les Rshis en sont nés'; les Brâhmanas fourmillent de légendes qui ra-

1. B/(a;/acati, II, 1, G5 : Weher, Ah/xinf/l. i/,'i- Berl. A/.ncf. der \\Vs>\,/)//,7.-/hs?. kl, 1866, p. 286.

2. Rite de tapas de lireinière importance. On croyait produire de la chaleur en retenant sa respiration: Baudliây. Dli. IV. 1. 24; et cf., dans la littérature bouddhi(iue, yinjjlùina-Nihàtja. vol. I, p. 244, etc. Il faut aussi tenir compte ici du point de vue préventif: en retenant son haleine, on évite le danger d'al)Sorber quelque suljstance nocive; cf. la section de la magie. '

3. A. V. XIX. 56. 5: Taitt. .\r. V. 6. 7: R. V. X. 151. 2, 167. 1, 109. 4 : A. V. III. 10. 12: R. V. X. 154. 5.

content comment Prajâpati, le dieu créatem-, accomplit le tapas et acquit ainsi la puissance de faire sortir de son être tous les êtres et tous les mondes ; un jour il le poussa si loin que de chacun de ses pores il jaillit une lueur, et ce furent les étoiles ^ D'autres récits des mêmes livres, également fort nombreux, mettent en scène telle ou telle entité mythique à laquelle, à la faveur du tapas, se révèle quelque nouveau mystère de la technique sacerdotale. Du sacrifiant qui passe à veiller la nuit qui précède l'allumage du feu sacré, — encore un exemple typique de macération introductive de grande solennité, — il est dit - : (( Par là il se dirige vers les dieux : uni aux dieux, s'étant donné de ia peine, riche en tapas, il allumera les feux. » Les textes bouddhiques montrent en vives peintures tout ce qu'au temps du Bouddha on attendait de révélations supra-sensibles, de ces pratiques ascétiques qui tuaient la chair.

Ces faits constatés dans l'Inde ne constituent qu'un cas particulier d'un type répandu sur tout le globe, et l'on sait que ce sont les formes les plus basses de la religion qui s'ingénient le plus à cultiver les communications extatiques avec les esprits. Il doit donc demeurer acquis, abstraction faite même de la val-eur positive des témoignages fournis par le Rig-Véda, que ce ne sont point là des innovations de date récente, mais au contraire des survivances d'antan, qui ont joué dans la primitive religion védique un rôle beaucoup plus considérable qu'il n'en saurait transparaître d'indices dans l'horizon circonscrit de la poésie sacerdotale. Dans cet ordre d'idées, citons encore un hymne du Rig-Yéda (X. 136), où, à la vérité, le tapas n'est point nommé, mais qui est tout imprégné de concepts voisins ou équivalents, le même auquel nous avons emprunté la mention de la présence réelle des dieux à l'intérieur de l'extatique. C'est un vivant tableau des élans orgiastiques du vieux monde védique, non encore ennoblis par cette aspiration à la délivrance finale qui émeut

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