Weber. Ind. Stm/., V. p. 410 et 41G
5. Je ne saurais, évidemment, poursuivre cette assertion dans le détail: mais je veux du moins emprunter aux usages des indigènes de l'Amérique deux spécimens cpii montreront l'étonnante conlormité de ces pratiques à des siècles et un hémisphère de distance. Avant l'accomplissement d'un rite religieux quelconque, « tout le peuple jeûnait deux jours, pendant lesquels les hommes se tenaient séparés de leurs femmes et ne mangeaient d'aucune viande assaisonnée d'ail ou de sel » (.\costa, cité par A. Lang, op. cit., p. 262). Observances préliminaires à la fête de nubilité de la jeune fille en Californie: s'abstenir de toute nourriture animale durant trois jours et s'enfermer dans une hutte : Ploss, (k(.^ Klm/, £.'' éd., II, p. 432.
JEUNE ET ABSTIXENXE 353
à provoquer l'état extatique'. Que si le rituel védique présente souvent le jeûne sous la forme altérée d'abstention de mets salés. — ainsi au rite de l'entrée à l'école, des noces, des funérailles, — ou d'abstention de viande, on observera que la superstition d'abstinence de sel, quel qu'en puisse être le motif originaire, se rencontre un peu partout- ; quant à celle de viande, elle se ramène, selon toute apparence, à la terreur qui émane de l'àme de l'animal sacrifié '.
Au point de vue des théologiens du Véda, le jeune ou
1. En faveur du premier de ces motifs militerait l'interdiction de manger, le soir, du mets qu'on doit présenter en oblation le lendemain: en faveur du second, la forme que revêt le jeune dans le rituel des funérailles (voir notre section des obsèques, et les institutions parallèles, extérieures à l'Inde, qui y sont relatées). Sans vouloir ni pouvoir insister ici sur cet éclieveau de problèmes, je me borne à signaler une information fort topique que nous donne Wilken sur les Néo-Zélandais {Rec. rolon. internat. .YV, p.399) : celui qui accomlîlit le rite de la taille des cheveux ne doit pas manger tout seul; il faut que d'autres le nourrissent. L'interdiction procède manifestement de la crainte des esprits malins qui entourent et menacent le célébrant ; ih., p. 352. Or ce jeûne de la taille des cheveux rappelle tout un ensemble de pratiques pareilles consacrées par le rituel védique. — Pour être complet, je mentionnerai encore : le jeune préalable à l'ingestion de certaines substances saintes, afm que celles-ci, restant pures et sans mélange, .sortissent leur pleine efficacité (de ce type je n ai point actuellement, en ce qui concerne l'Inde, de documents exprès à citer;; et le jeune après ingestion d'un mets défendu, jusqu'à ce que les entrailles soient vidées (Âpast. Dh. I. 9. 27. 3, Gant. 23. 23). — [M. O. oublie d'ajouter que le jeune, une fois introduit par <iuelque motif religieux, a pu devenir, et en fait est devenu, eu égard à l'imprévoyance bien connue du sauvage, un moyen préventif, efficace et nécessaire, contre la disette, moyen dont l'aristocratie intellectuelle du clan (chefs et prêtres) a dû largement user: c'est ce qui a fait la grande fortune de cette institution. — V. H. ]
2. Voir les faits coUigés dans Frazer, Totemism, p. 44, n. 6, et cf. Hehn, das Sah, p. 14. Selon Âpast. Dh. II. 6. 15. 15. les mets salés sont exclus du sacrifice len Grèce aussi, Hehn, p. 25). Je ne saurais ici tenter d'approfondir cette proscription: il se peut, pour le dire en passant, que la stérilité des terrains salés et l'impotabilité de l'eau de mer aient fait envisager le sel comme un agent de désolation et de mort. Mais, en sens inverse, le rituel védique nous le donne pour un emblème d'abondance nourricière et de richesse en bétail : Çatap. Br. V. 2. 1. 16 ; etc.
3. Une prescription qui met bien en relief le caractère impur et
OLDENBERG. — Véclcc. 23
l'abstinence comporte une double explication. D'une part, c'est une forme essentielle delà macération ascétique: «le jeune, c'est tout le tapas», dit un de leurs traités'. INIais, d'autre part, lorsqu'il précède un sacrifice, on le considère surtout comme un procédé de bonne compagnie envers les dieux que le fidèle se dispose à traiter: «un homme serait déjà mal venu à manger tandis que d'autres ne mangeraient pas; à plus lorte raison, s'il mangeait tandis que les dieux seraient sans nourriture" ».
A la catégorie du jeûne nous rattacherons encore un rite fort curieux. Le sacrifice solennel du vàjapëija ou «breuvage de vigueur » comprend une onction du sacrifiant ou, plus exactement, une sorte de baptême par affusion, analogue au sacre royal; ce sacrement doit le remplir de force et d'invincible puissance. A cet effet, on mêle dans un vase de l'eau et du lait; puis, selon les uns, dix-sept substances alimentaires diverses ■': selon les autres, toutes les substances alimentaires possibles, sauf une seule. « Celle qu'il ne prend pas, qu'il déclare y renoncer, qu'il s'en abstienne sa vie durant: ainsiil nevapointii la fin*; ainsi il vit longtemps^» On retrouve cette même prescription dans la construction de l'autel d'Agni: le sol sur lequel il s'élèvera est passé à la charrue et ensemencé de toutes sortes de graines; «ce sont toutes les plantes, et toutes les plantes sont tous les aliments, et par là il (le prêtre) place en lui (le sacrifiant) tous les aliments; mais il (le prêtre doit en enlever un, et de celui-ci il
dangereux de l'alimentation carnée, est celle qui interdit la récitation de certains passages particulièrement sacrés du Véda, a lorsc^u'on mange de la viande, dans les banquets de mort et de naissance » : Çàidch. G. S. VI. 1. 7.