‹ La religion du VédaChapitre 24 sur 380 · LITTÉRATURE XÉO-VÉDIQUE ET POST-VÉDIQUE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE XÉO-VÉDIQUE ET POST-VÉDIQUE

LiTTÉHATuui: Xl;o-Vkdique et Post A'kdique.

Les textes védiques postérieurs, rédigés en prose (Brâhmanas et Sûtras), ne contiennent guère que du rituel. A la suite de la dernière période delà poésie védique, la liturgie encore flottante du sacrifice solennel, de l'office du sôma, s'est fixée et à peu près figée' : les détails diffèrent à l'infini suivant les diverses écoles ; mais toutes s'accordent sur l'ensemble, tel que le décrit cette nouvelle et abondante littérature. C'est à elle, on ne saurait trop le redire, que nous devons, à elle seule que nous pouvons demander la clef de la liturgie plus ancienne, plus simple et moins rigide, pour laquelle furent composés les hymnes du Rig-Véda. L'antinomie constante entre le but de l'histoire religieuse, qui vise à pénétrer la plus haute antiquité, et la documentation historique, d'autant plus riche qu'elle est plus récente, impose donc sans cesse au chercheur l'examen d'une question préjudicielle : est-ce d'innovation, est-ce de la tradition primitive que relève, en tel et tel point, l'abondance de l'information ?

Tout le problème de la religion védique git dans cette alternative fondamentale. Il s'abuserait fort, qui en espérerait jamais la solution complète ; mais, certitude ou simple vraisemblance, les résultats partiels combleront les efforts. L'innovation se trahira par son affinité avec le courant d'idées dont nous aurons appris à démêler le caractère adventice et secondaire ; car il ne manque pas de conceptions religieuses dont on puisse affirmer résolument que, si elles étaient anciennes, les sources anciennes, en dépit de leurs insuffisances, en montreraient au moins une trace. D'autre part, le silence des documents nouveaux sur certaines conceptions antiques nous apprendra qu'elles étaient devenues incompatibles avec les idées, de nous bien connues, qui

1. Cf. Oldenberg, Zeilschrijlkhr Morgenlànd. Ges., XLII, p, 246^

dominaient la théologie plus moderne. Bien souvent, des survivances marquées d"un sceau indélébile, des affleurements de couches intellectuelles profondément enfouies, inexplicables pour l'âge néo-védique, se révéleront à l'œil exercé par l'analyse. Le témoignage comparé des autres nations, alliées ou même étrangères à la famille indo européenne', pourra servir à confirmer le caractère primitif d'usages et de croyances encore que tardivement attestés-.

Les Brâhmanas ne se bornent point à décrire les rites : ils prétendent les expliquer; il va de soi que rarement ils y réussissent. Le sens originaire delà plupart de ces pratiques était perdu pour les théologiens, leur horizon avait changé, et au surplus ils étaient trop de leur race et de leur pays, pour ne point tourner en raffinements spéculatifs sur les forces de la nature ou les fonctions de l'organisme humain toutes les particularités de la liturgie traditionnelle. Mais, en constatant cette incapacité générale trop manifeste, il ne faut pas oublier que les Brâhmanas ont encore sur bien des points beaucoup à nous apprendre : ces prêtres qui passaient leur vie sur l'emplacement du sacrifice n'étaient pas devenus à ce point ignorants de la vieille logique de leur art, que leurs interprétations doivent nous paraître négligeables, à nous modernes qui cherchons notre voie à travers ces étrangetés. Nous nous efforcerons donc d'en tirer tout le parti possible.

L'office solennel fut codifié le premier. C'est plus tard ^seulement que le culte domestique, — mariage, sacrements pour l'enfant et l'adulte, bénédiction de la maison, des cul-

1. On reviendra plus bas (p. 31) sur la valeur et la portée de ces rapprochements.

2. A titre d'exemple de cette double induction antithétique, appliquée il un seul et même rite, je mentionne ici la consécration {diks/ul) introductive du sacrifice de sôma : tout ce qui y gravite autour du couple divin Agni-Vishuu est innovation pure; mais le concept central, le tapas ou charme ascétique, avec les observances qui s'y rattachent, est d'antiquité immémoriale. Voir plus bas, dans la section du culte, la description de la di/a-ha.

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turcs, des troupeaux, —émergea dans la littérature', et nous n"en .-ivons même aucune description technique en forme de BrâlunaïKi-. Les livres qui traitent de ces matières, dits Gril) a Sutras', tiennent de fort prés auxDharma-Sûtras ou maniiels de droit' ; mais ceux-ci ont rompu tout lien avec le rituel proprement dit et se bornent à une exposition sommaire du droit et de la coutume, soit prives, soit publics, l)i<'n (|ue toujours envisagés au point de vue théorique des écoles de bralunanes. Tous ces ouvrages sont de nature à apporter des éléments de solution aux problèmes qui vont nous occuper.

Malheureusement, jusqu'au siècle du Bouddha, Tlnde n'a point d'histoire ; à plus forte raison les divers documents énumérés ci-dessus n'en sauraient-ils avoir, à part quelques renseignements épars et pour nous presque sans valeur. Il est à peine besoin d'insister sur les déplorables conséquences d'une lacune aussi énorme, et par ailleurs si intéressante, en ce qu'elle projette un jour éclatant sur la nature spéciale du génie hindou : en chronologie, rien qui tienne debout ; dans l'histoire de la civilisation, aucun parallélisme à établir entre les institutions et les événements. Force est de se rabattre sur la littérature du vieux bouddhisme, qui raconte et souvent poétise la vie du Bouddha, de ses disciples et de ses contemporains, riche en récits où l'histoire s'enlace incessamment à la légende. Les grandes épopées, puis la litté-

1. Aussi bien les stances composées à l'intention de ces rites sontelles pins modernes que celles du sacrifice de sôma: voir sur ce point, suj.ra, p. 7, et Ohlenhevg, Sar/-ed Boohf of thc Eu.<t, XXX, p. ix sq. W. \\n;mev {Fctiturusii an Roth. p. 64) a écrit que le rituel f/i'/it/a nu du culte domestique «est, à n'envisager de part et d'autre que les grandes lignes, par la forme comme par le fond, antérieur au rituel du sôma » ou du grand sacrifice à trois feux ; mais, si la proposition doit s'entendre de la rédaction littéraire de l'un et de l'autre, je la tiiMis pour absolument erronée.

2. A très peu <rexcei)tions près : Sarred Duo/,:-< of t/if> Erif^t, XXX, p. xvni sq.

'A. .Soit « Précis du rituel domestl(|ue ».

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