‹ La religion du VédaChapitre 25 sur 380 · Surr/'d Doo/.'fi oj'the Ea^t, XXX. p. xxxiv · texte numérisé non relu

Surr/'d Doo/.'fi oj'the Ea^t, XXX. p. xxxiv

-c- LES SOURCES

rature narrative et le théâtre, fournissent aussi leur contingent à cette restitution de l'esprit religieux de l'Inde.

On ne s'attardera point à définir ici la part de chacun de ces derniers ouvrages dans l'ensemble de la tâche : elle ressortirait du présent livre tout entier, s'il avait été donné à un seul auteur de parcourir en plus d'un sens un domaine d'une 'aussi considérable étendue. Un exemple entre cent : rien n'éclaire mieux la question de la survivance après le trépas, que la croyance aux esprits ; or, sur cette croyance, que saurions-nous, si nous nous en tenions au Véda ? Il faut descendre jusqu'aux recueils bouddhiques de contes de revenants [Pëtavatthu] et similaires, mais, — bien entendu, — ne jamais oublier dans cette extrémité que ces témoins déposent plusieurs siècles après l'événement et que leur autorité est sujette à caution.

Le Véda et l'Avesta.

La littérature avestique est trop proche parente de celle du "Véda, pour qu'on se flatte d'être complet sur l'une sans avoir au moins donné un coup d'œil à l'autre.

On constate aujourd'hui, à la fois dans ces deux domaines scientifiques, une assez forte tendance à les tenir séparés : la langue seule en fait l'unité, si l'on en croit certaine école', et la langue est, de tous les éléments de la vie d'un peuple, incontestablement le plus tenace ; quant à la littérature, elle doit s'expliquer indépendamment et par elle-même, le Véda par le Véda, l'Avesta par l'Avesta. Appelée à réagir contre les excès d'une comparaison hâtive et superficielle, qui réalise l'unité en négligeant les particularités nationales, on doit s'attendre à ce que cette doctrine à son tour, comme toutes les doctrines de réaction, pèche gravement par l'excès contraire.

A n'envisager d'abord que la langue, il n'est pas exagéré de

\. Pischel et Geldner, Vedlscke Stuciwn, I, p. xxix.

LE VÉDA ET l'aVESTA 23

dire que tels chapitres de lAvesta ressemblent plus à la première manière du \'éda, que celle-ci à la langue du Mahabhârata. Le sanscrit et le zend ne sont, phonétiquement, guère plus éloignés l'un de l'autre, que deux dialectes grecs, ou le français du provençal ; les relations grammaticales, la syntaxe encore fort simple, le vocabulaire sont essentiellement identiques ; bien plus, certains tours d'expression sont en faveur dans le Véda et l'Avesta, qui ne se retrouvent plus dans le sanscrit postérieur. Ce n'est pas assez de dire qu'on peut traduire mot pour mot, rien qu'en observant les substitutions constantes de voyelles et consonnes, une strophe avestique en védique' : il faut ajouter que le résultat de ce petit travail est souvent une strophe védique aussi juste de correction et de style que conforme à l'esprit général de la poésie des "Védas'.

1. Bartholomœ, HandbucJi (1er altii-anischen Diah'hte, p. v. Cf. Mills, Festrjruss an Roth, p. 193 sq.

2. Les formules de prose qui, dans l'un et l'autre culte, accompagnent les bénédictions et les exorcisraes, me paraissent également se ramener à un même type originaire. Le prêtre avestique, en puisant l'eau bénite y^aothra) au moyen du double vase affecté à cet usage, récite : « Pour donner paix aux saints et aux justes, je te puise )> (fragment 7 Westergaard). A l'arbre où il va cueillir les branches pour le baresman, il dit : « Hommage à toi, bon et saint arbre, que Mazda créa » (Vend. 19. 18). En apprêtant le haoma, il frappe successivement du pilon les quatre faces du mortier et dit : « Un coup contre le maudit Angra-Mainyu... Un coup contre Aeshma à l'arme meurtrière... Un coup contre les démons de Màzana... Un coup contre tous les démons et malins ennemis «le \'arena » (Yasna 27. 1). Quiconque s'est rendu familière la langue des r/oy'u.s védiques la reconnaîtra d'emblée dans cette phraséologie : cf. supra, p. 13. En voici d'abondant quelques spécimens empruntés à diverses phases de la liturgie védique. — « En vue de l'inépuisabilité de la mer, je vous pui.se. » — « Tu es protection, donne-moi protection ; hommage à toi, ne me fais point de mal. » — « Brûlé est le démon, brûlés les esprits impurs. » — « Banni est Araru de la terre, de l'emplacement du sacrifice des dieux. » — J'irai plus loin : il se pourrait même à la rigueur, soit dit en passant, que les énumérations doctrinales ci-de3.sous et similaires relevassent d'une même forme d'exposition primitive. Avesta (Yasna 10.16) : « A cinq choses j'appartiens, à cinq choses je n'appartiens pas ; à la bonne pen.sée j'appartiens, à la mauvaise pensée je n'appartiens pas; à la bonne parole j'appartiens,

Mais la forme n'est pas seule en cause, et les concordances de fond, soit mythologiques, soit religieuses, lui cèdent à peine en précision. Quoi de plus naturel ? Admettons un instant, dans toute sa radicale crudité, la proposition de nos contradicteurs :1e Védaet l'Avesta nous attestent chacun une nation distincte, un caractère national parfaitement tranché' ; mais, là même où l'isolement historique imprime à un peuple une orientation nouvelle, a-t-on jamais vu ce mouvement aboutir à quelque création ex nihilo d"un patrimoine intellectuel tout entier ? Fatalement les débris ou les vestiges du passé, soit épars, soit encore agglomérés, surnageront dans le présent. Si considérable que nous apparaisse la révolution religieuse qui pour nous, à tort ou à raison, se rattache au nom de Zarathushtra, elle ne doit pas nous faire méconnaître le fond inébranlable de conceptions mythiques et de rites traditionnels qui en fait l'assise, et qui, dans les profondeurs d'un lointain passé, constitue l'unité primitive delà religion de Zarathushtra et des croyances védiques. On s'en convaincra par quelques exemples.

Indra, dira-t-on, le protagoniste de la mythologie antique, a presque disparu de l'Avesta. Il est vrai ; mais Verethraghna tient sa place, et mieux que sa place, puisque son nom même

à la mauvaise parole je nappartiens pas : » etc. Livres bouddhiques [Vinaya-Pitaka, Maharcuind 1.36): « Un moine affecté de cinq qualités ne doit pas accomplir la consécration : sa moralité nest point parfaite, sa contemplation n'est point parfaite... Un moine affecté de cinq qualités peut accomplir la consécration : sa moralité est parfaite; » etc. Ou bien encore {CulUu'cujfja IX. 3) : Il y a un refus illégitime de confession, un légitime: il y a deux... trois (ainsi de de suite jusqu'il dix) refus illégitimes de confe.ssion, dix légitimes ^suit rénumération, toujours avec jiixtapo.sition des contraires). Ces cas sont légion : citons-en un encore. Vendïdàd 13. 44 : Un chien a l'essence de huit sortes de gens : l'e-S-sence d'un prêtre, l'es-sence d'un guerrier, etc. (suit le détail). Livres bouddhiques (cf. Oldenberg, Bouddha, trad. Foucher, p. 102 : Il y a sept .sortes d'épouse qu'un homme peut avoir; qui sont ces sept ? celle qui ressemble à une homicide, celle qui ressemble à une femme de rapine, celle qui ressemble à une grande dame, etc.

Page 1